"Relance verte" : annoncée mais déjà menacée par le principe de réalité ?


Economie


14 mai 2020

Un nécessaire "green deal"

C’est le p.d.-g. de Danone, l’un des groupes alimentaires les plus puissants au monde employant 100 000 personnes, qui l’affirme : cette crise nous montre "la nécessité d’aller vers une économie plus résiliente, vers une relance verte". Pour lui, le plan d’investissement massif dans les énergies renouvelables appelé communément "Green Deal" peut être une solution pour relancer la machine sur un modèle différent et respectueux de l’environnement.

Des majors s’engagent

"Le modèle de l’industrie agroalimentaire actuel n’est plus tenable", et c’est pourquoi Danone et d’autres grands groupes ont publié récemment une tribune appelant à une mobilisation collective pour faire de la relance économique un accélérateur de la transition écologique. Une cinquantaine de dirigeants de la banque et de l’assurance (AXA, BNP-Paribas, etc.) et de l’industrie (Renault, Véolia etc.) ont rejoint le mouvement pour une relance verte. Ils espèrent un effet d’entraînement des autres acteurs économiques.

Risque de famines

À l’international, les organismes s’inquiètent des conséquences de la crise qui, de sanitaire au départ, est devenue économique et bientôt alimentaire. Les fermetures de frontières, la hausse des prix agricoles risquent d’entraîner des famines en Afrique. Pour le Programme alimentaire mondial, le nombre des affamés pourrait passer rapidement de 135 à 250 millions.

Objectif neutralité carbone

Avant la pandémie, la commission de Bruxelles annonçait un plan "pour une Europe durable" doté de mille milliards "au moins" d’ici à 2030. Le prix à payer pour atteindre la neutralité carbone à la moitié de ce siècle, mais il est à craindre que cette crise ait quelque peu rogné cette ambition.

Le pétrole, le "renouvelable"...

Avec la baisse de la demande, les prix des énergies fossiles se sont effondrés, le pétrole brut atteignant même un taux négatif (!) à New York. Or, il est à prévoir que le pétrole demeurera peu cher tant que la machine mondiale n’aura pas retrouvé son rythme, et que donc il viendra concurrencer les énergies renouvelables... Il faudra donc payer plus cher pour être plus vertueux : ce n’est pas gagné, alors que les États se retrouvent avec des milliards de dettes supplémentaires pour supporter les entreprises
et l’emploi...

Le danger de la dette

Pour l’économiste Thomas Piketty et quelques autres, la puissance publique devra "jouer un rôle central pour relancer l’activité et l’emploi (...) en investissant dans de nouveaux secteurs (santé, innovation, environnement). Concrètement, il faut créer des millions d’emplois et augmenter les salaires dans les hôpitaux, les écoles et universités, la rénovation thermique des bâtiments, les services de proximité". Il préconise de mutualiser le taux d’intérêt de la dette des 27 pour éviter une dérive spéculative comme pour la crise de 2008.


Jean-Michel Chevalier