Pour l’économiste Éric Heyer : « Il faut éviter une seconde vague de confinement pour la survie des entreprises »


Economie


4 juin 2020

Éric Heyer était l’invité du Club Immobilier Côte d’Azur pour évoquer la sortie de crise

Comment le rebond va-t-il s’effectuer (en France et dans le monde) ?

Cette question primordiale ne possède pas encore de vraie réponse. En effet, les situations française et mondiale peuvent encore évoluer, en bien comme en mal. « Il est clair que le commerce mondial va s’effondrer, mais pour la reprise, tout va dépendre du pays. Elle se fera ou non, en fonction de la manière dont chaque pays va se redynamiser et faire face à la pandémie  » indique Éric Heyer. Les politiques ont mis en place toutes les mesures nécessaires pour aider les entreprises à s’en sortir « ce qu’il faut à tout prix éviter, c’est la crise financière dans les pays développés et une crise monétaire dans les pays émergents.  » Si une crise financière mondiale venait à apparaître, la reprise économique serait plus que complexe.

Les entreprises peuvent-elles s’en sortir ?

« Pour l’heure, on assiste à un choc. Aussi bien des demandes que des offres  » détaille Éric Heyer. D’un côté, un choc des demandes apparaît, celles-ci sont en baisse et d’un autre côté, un choc des offres se crée, car les sociétés doivent faire leur maximum pour attirer les clients et relancer leur activité. Les clients ne sont pas toujours au rendez-vous et les offres des fournisseurs, les besoins en matériaux, etc, risquent de coûter plus chers. «  La question que l’on se pose est : lequel des deux va connaître une inflation ?  », il est encore trop tôt pour le dire. En revanche, ce qui est sûr, d’après le spécialiste, « c’est que pour la survie des entreprises, il faut éviter une seconde vague de confinement. » Même si une grande majorité des sociétés du pays vont réussir à se remettre tant bien que mal de cette période de non-activité, le ’’stop and go’’ c’est-à-dire, un nouvel arrêt forcé, serait ’’mortel’’ pour elles, aussi bien au niveau des perspectives d’avenir que des stocks.

Les banques vont-elles supporter la situation ?

Du côté des banques, aucun souci à se faire. « Celles-ci sont soutenues par les banques centrales, les prêts étant intégralement garantis par l’État, nous ne devrions pas voir naître une crise économique comme celle de 2008  » explique l’économiste. Si les banques s’en sortent, il y a une forte possibilité de permettre une reprise d’activité normale pour une grande partie des entreprises. Il se peut par contre que l’on assiste à une sorte de pré-sélection des clients en cas de demande de prêts « il serait fort probable que les banques accordent plus facilement des prêts aux entreprises pour les aider à survivre, plutôt qu’aux ménages qui veulent acheter une maison  » ajoute-t-il. Les consommateurs ont cependant un rôle important à jouer dans cette reprise économique : « N’oublions pas que près de 55 millions d’euros de consommation empêchée ont été épargnés ces derniers mois  », les consommateurs vont vouloir dépenser leur argent « je pense qu’aujourd’hui, il est important d’aider l’offre, même si en temps normal je suis plus pour aider la demande. Il faut que les ménages supportent leurs entreprises. »

Existe-t-il des plans spéciaux de reprise ?

Effectivement, le gouvernement français a mis en place des aides sociales, financières et des plans de reprise adaptés en fonction de secteurs d’activité. La restauration, le tourisme, l’événementiel, etc. vont pouvoir bénéficier de mesures spécifiques. « Toutes les mesures n’ont pas encore été définies, la reprise doit se faire progressivement. » Pour certains secteurs, cette reprise sera beaucoup plus lente et difficile « même si les ménages sont riches en ce moment, cela ne suffira pour permettre la survie des sociétés de certains domaines et pour éviter la faillite le gouvernement doit effectivement s’adapter et agir en conséquence.  »

Qu’en est-il de la question des chômeurs ?

Durant la période de confinement, on avait estimé le nombre de chômeurs à un nombre très élevé. Au final, on n’a constaté pour l’instant’’que’’ 800 000 chômeurs « tant mieux, on peut dire que la situation a été positive. » Or les impacts économiques plus forts de la crise sont prévus pour le mois de septembre, cela veut dire que d’ici trois mois, certaines entreprises risquent de ne pas survivre à la situation et par conséquent, fermer définitivement, mettant au chômage leurs salariés. « Une nouvelle hausse du nombre de chômeurs pourrait effectivement avoir lieu dans quelque temps. Tout dépend de la survie des entreprises, qu’il va falloir soutenir au maximum. »


Marion Rolland