Sécurité : les annonces concrètes du Premier ministre depuis Nice


Economie


31 juillet 2020

La réponse n’a pas tardé. Quelques jours après la fusillade intervenue en pleine journée devant un supermarché du quartier des Moulins à Nice, le Premier ministre Jean Castex, le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin, et le ministre de la Justice Eric Dupond-Moretti ont débarqué dans la capitale azuréenne ce week-end pour une visite sur le terrain. Un déplacement groupé peu fréquent en province, et qui revêtait ici une symbolique particulière. Celle de la République faisant rempart face à un banditisme s’incrustant dans les secteurs les plus sensibles de notre société.
Une réponse donc à des actes criminels, à la fois par le "sabre" (police, gendarmerie, douanes, etc.), mais aussi avec le glaive et la balance de la Justice représentés par le garde des Sceaux. La présence de ce dernier pour affirmer que notre état de droit ne cédera pas un pouce de terrain aux bandes et autres dealers qui pourrissent la vie d’une immense majorité de Niçois qui n’aspirent qu’à vivre en paix.

Une "remise à flot"

Cette "triple" visite ministérielle avait donc une dimension éminemment niçoise. Comme le maire Christian Estrosi l’avait réclamé avec beaucoup d’insistance par médias interposés, le Premier ministre a donc annoncé que les effectifs de la police nationale vont être "remis à flot" dans la capitale azuréenne, avec l’arrivée rapide de soixante policiers.
Plus de 90 postes ont en effet été perdus ces dernières années, malgré la venue des précédents locataires de Beauvau, Gérard Collomb puis Christophe
Castaner, qui avaient déjà en leur temps visité le quartier des Moulins. Sans que leurs bonnes intentions ne se traduisent par des mesures concrètes satisfaisantes.
Jean Castex a donc annoncé le versement d’une prime aux policiers après deux années de présence sur le bord de la Grande Bleue pour motiver les "troupes" alors que le prix de la vie dissuade des fonctionnaires (pas seulement dans la police) de postuler pour Nice. Pour le même salaire, le pouvoir d’achat est évidemment très supérieur dans des villes comme
Limoges, Nevers ou Saint Dié.
Ces nouvelles affections de policiers à Nice s’inscrivent dans le cadre plus général du renfort de l’action pénale de proximité voulue par le Premier ministre. Pour lui, cela est "nécessaire à la répression des infractions du quotidien et à la prévention des récidives". Il a ainsi annoncé, après des expériences déjà menées dans plusieurs villes, la généralisation à partir de septembre des amendes pour consommation de stupéfiants (PV de 200€, ramené à 150€ avec un paiement rapide ou majorée à 450€ si elles ne sont pas acquittées sous 45 jours), une mesure qui aura aussi pour effet de désencombrer les audiences des tribunaux judiciaires et apportera "une sanction sans délai".
Pour assurer une présence plus forte sur le terrain, Christian Estrosi veut recruter 80 policiers municipaux supplémentaires (actuellement 550 postes "ouverts" dont 380 armés, 206 ASVP), ce qui fait déjà de la PM de Nice l’une des plus importantes de France. Dans cette entreprise, il a obtenu le soutien de Jean Castex qui a aussi accepté à titre expérimental une augmentation de leurs prérogatives (accès à des fichiers, etc., voir ci-dessous).

Hôtel de police, prison

La transformation de l’ancien hôpital Saint-Roch en hôtel des polices nationale et municipale bénéficiera aussi de crédits inscrits dans le plan de relance. Après ses rencontres avec les policiers au CADAM puis à la Préfecture, le Premier ministre est venu visiter le bâtiment dont le réaménagement va coûter 200 millions, avec une clé de répartition Ville, Métropole et état.
Enfin, Jean Castex n’a pas pu ne pas découvrir le dossier de la future maison d’arrêt, inscrite dans les "priorités" de l’ancienne garde des Sceaux, mais toujours au point mort au niveau local.

Police municipale : compétences étendues

Cela s’appelle battre le fer pendant qu’il est chaud : dix-huit maires de droite, parmi lesquels ceux de Nice, Cagnes-sur-Mer, Saint Laurent-du-Var et Saint Raphaël (Var), ont signé une tribune dans le JDD du 26/07 pour réclamer l’extension des pouvoirs de leurs polices municipales. Ils souhaitent notamment que leurs hommes aient accès à différents fichiers, puissent réaliser des contrôles d’identité ou fermer des établissements "posant des problèmes récurrents de tranquillité publique ou ne respectant pas les arrêtés municipaux "(...) En tant que maires, nous sommes confrontés chaque jour à la diversité des préoccupations légitimes de nos concitoyens. Depuis plusieurs années, nous nous battons pour que la sécurité, qui est d’abord de la compétence de l’État, soit assurée avec force et autorité pour que les délinquants et les trafiquants de drogue soient inquiétés dans notre pays".


Jean-Michel Chevalier