Les conséquences du réchauffement climatique par le professeur Jean Jouzel


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16 mai 2016

Interview du Spécialiste Mondial des Analyses des Glaces de l’Antarctique et du Groenland.

Le réchauffement, c’est un mois de mai anormalement chaud ?

Le réchauffement climatique n’a rien à voir avec la météo ; il ne faut pas regarder sur un mois, mais à l’échelle planétaire. C’est un phénomène dont l’homme, par son activité, est responsable. En fait, le réchauffement est à peine perceptible dans le monde dans lequel nous vivons. Mais les jeunes d’aujourd’hui le connaîtront à la fin de ce siècle si l’on continue à émettre des gaz à effet de serre sur la même lancée.

Cela se traduira comment ?

Pas la hausse du niveau des océans, par celui des températures, par la sécheresse, des cyclones, des événements climatiques de type « cévenol » comme vous en avez déjà connu dans le Var et ici dans les Alpes-Maritimes en octobre dernier. Tout cela ne sera pas uniforme, mais l’Europe ne sera pas épargnée, en particulier le pourtour méditerranéen.

On reste les bras croisés ?

Non, la communauté scientifique a tiré la sonnette d’alarme dans les années 80. L’alerte a été prise au sérieux par les politiques qui ont créé le Groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat (GIEC) chargé d’établir le
diagnostic. Aujourd’hui, il y a un large consensus.

En effet, on entend moins les climato-sceptiques.

Du point de vue scientifique, leurs arguments s’étiolent. Ils sont toujours actifs, sauf qu’ils ne cherchent pas à être visibles, mais ils sont présents auprès des hommes politiques.

Concrètement, il n’y a pas beaucoup d’avancées pour réduire le réchauffement...

La COP 21 a pourtant été un succès : les pays développés vont verser 100 milliards par an à par- tir de 2020 pour aider les pays pauvres, les pays de l’OPEP ont accepté de ne plus extraire de pétrole d’ici 50 ans. Il y a une prise de conscience générale. Cela implique de changer de mode de vie, car on ne pourra pas réparer les dégâts causés depuis 200 ans.

« Il faudra changer de mode de vie »

A contrario, l’Allemagne rouvre ses mines de charbon, ce n’est pas terrible.

Effectivement, ce qui se passe en Allemagne est le résultat de l’exploitation du gaz de schiste qui a eu pour conséquence de faire baisser le prix du charbon. D’un point de vue économique, le charbon s’est donc retrouvé plus rentable. Je pense, malgré tout, que cette situation est transitoire car l’Allemagne parie sur le développement de l’énergie renouvelable. Et ce pays a pris un double engagement pour 2020 : la diminution du nucléaire et réaliser - 40% de dégagement de gaz à effet de serre.

Quelles autres conséquences le réchauffement aura t-il sur notre mode de vie ?

Selon les scénarios plausibles, la température moyenne pourrait grimper jusqu’à + 5 degrés. Il y aura toujours des endroits agréables à vivre pour quelques-uns, mais pas pour 6 ou 7 milliards d’individus qui verront leurs conditions se dégrader, ce qui amplifiera encore les injustices.

Et pour notre région ?

Une hausse assez nette des températures à la fin de ce siècle, qui bouleversera l’agriculture, l’accès à l’eau potable, ce qui pourra provoquer des déplacements de populations.

Il faudra donc s’adapter...

En tout cas, il faudra adopter un autre référentiel, aller de l’avant, développer des techniques, changer nos usages, faire de la recherche et de l’innovation. L’éolien, le solaire, les voitures électriques... les solutions sont là, il faut les mettre en œuvre. Pour les jeunes, c’est un projet exaltant. Je suis surpris que l’énergie solaire ne soit pas plus développée en Provence Alpes Côte d’Azur, ce serait une mesure de bon sens, une évidence.


Jean-Michel Chevalier