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24 mai 2017

Représidentialiser une
Représidentialiser une fonction abîmée par l'hyper communication
Jean-Michel Chevalier
Les Petites Affiches

À chaque président de la Vème, sa communication. Il y eut d’abord le côté jupitérien du général de Gaulle, sa parole forte qui tonnait avec l’autorité du personnage historique de l’homme du 18 juin, avec le sens de l’image ("un quarteron de généraux à la retraite", "sauter comme un cabri", pour finir par "la chienlit" de mai 68). Puis celle toute en rondeur de Georges Pompidou, fin lettré également, qui savait se tirer de situations épineuses avec élégance. Au besoin par une pirouette poétique, citant spontanément en conférence de presse des vers d’Éluard pour se sortir d’affaire.

Ensuite Valéry Giscard d’Estaing, son phrasé inimitable - ou plutôt si, tellement imité ! - sa parole précise et technocratique, extrêmement politique, avec ce brin de condescendance qui lui fut toujours reproché.
Le Sphinx Mitterrand, funambule du verbe, était capable de formules assassines (le "mais oui monsieur le Premier ministre" de la campagne présidentielle de 1988). Aussi littéraire que Pompidou et de Gaulle, avec en plus le côté patelin du gros chat que l’on croit ronronnant au coin du feu mais qui décoche un coup de griffe rapide et précis.
Chirac, l’homme sympa, fut lui aussi un redoutable communicant. On lui doit "le turlupin" pour qualifier Jean-Jacques Servan Schreiber, éphémère ministre des réformes en 1974 (déjà !) et le génial "abracadabrantesque" et autres "ça fait pschitt" soufflés paraît-il par Dominique de Villepin.
Habile négociateur, il s’est quand même pris quelquefois les pieds dans le tapis, mais au final a mené une carrière exceptionnellement longue et fructueuse.
Avec Nicolas Sarkozy, on débarque de plain-pied chez les Tontons flingueurs, version plutôt hard : les "on va nettoyer au Karcher", "casse-toi pauvre con" et le "croc de boucher" promis à de Villepin en ont fait ce personnage clivant, adoré ou détesté avec la même force, se jetant sur tout pour hyper-communiquer jusqu’à la saturation. En cinq ans, François
Hollande n’a pu chasser le naturel qui est toujours revenu au galop avec la petite phrase, la petite blague, les confessions irréelles à des journalistes qui ont écrit que vraiment "un président ne devrait pas dire ça".
Et Emmanuel Macron ? Son entourage assure qu’il va communiquer seulement à bon escient. C’est à dire peu, l’exact contraire de ses deux prédécesseurs. S’il tient cette ligne, cela l’aidera à "représidentialiser" une fonction affaiblie par une "peopolisation" certes dans l’air du temps, mais qui ne convient pas à la dignité nécessaire au locataire de
l’Élysée. Surtout quand il a face à lui plus de trois millions de chômeurs et un risque terroriste mortifère.

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