Economie

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6 juillet 2017

Sincèrement, vous prêterie
Sincèrement, vous prêteriez de l'argent à un panier percé ?
Jean-Michel Chevalier
Les Petites Affiches

Il y a bien longtemps que la France n’est plus un exemple de vertu en matière de comptes publics. Sans remonter jusqu’à Colbert, il était une époque où les budgets étaient votés à l’équilibre, voire même en excédent. Alors que depuis quarante ans, au moins, notre pays doit emprunter pour boucler ses fins de mois...
Imagine-t-on un ménage obligé d’aller taper son banquier chaque année pour joindre les deux bouts, grossissant la dette en capital et intérêts à la façon d’une boule de neige ?
Et surtout, imagine t-on la réponse dudit banquier devant ce panier percé ?
C’est pourtant ce que la France fait avec une constance coupable, malgré les promesses des politiques qui se sont succédé au pouvoir depuis Georges Pompidou. Avec parfois, reconnaissons-le, des circonstances atténuantes, comme les chocs pétroliers de 1973 et 1979 qui déséquilibrèrent une économie jusque là prospère, ou la grande crise des subprimes qui faillit emporter le système bancaire et avec lui le dépôt des épargnants.
Mais pour le reste, le manque de courage politique a provoqué ces dérapages successifs devenus maladie chronique.
La semaine dernière, un nouveau cap des tempêtes a été franchi avec ce constat accablant de la Cour des Comptes, qui a relevé que pour la période 2017-2018 le déficit ne serait pas de 2,8% comme annoncé (et promis à Bruxelles) mais de 3,2%. Et qui a estimé dans son rapport cinglant que cette glissade relevait de"l’insincérité des comptes".
"In-sin-cé-ri-té" : oui, vous avez bien lu. Le poids du mot, le poids des maux. Une accusation grave, signifiant aussi duperie, malhonnêteté auprès des Français et des Européens, et j’en passe.
À en croire les Sages, les grands argentiers de l’équipe gouvernementale précédente se sont arrangés d’une situation pourtant alarmante qui est tombée d’autant plus mal que nous étions en année électorale...
Outre que le contribuable devra mettre une fois de plus la main à la poche pour boucher le tonneau des Danaïdes, "l’insincérité des comptes " va nous coûter cher. Notre dette se finance en effet aux trois quarts à l’étranger. Si la signature de la France est jusqu’à présent appréciée au vu de ses capacité de remboursement, les cartes viennent d’être rebattues, et pas vraiment à notre avantage.
S’il y a évidemment de la posture chez Edouard Philippe lorsqu’il pique une colère froide et parle de "chèques en bois" tirés avec légèreté sur des comptes déjà dans le rouge, le Premier ministre a bien raison de pester contre ce dilettantisme coupable qui économiquement ruine notre pays, et moralement sa réputation en renvoyant encore au lendemain des efforts que nous aurions déjà du accomplir depuis longtemps. La nouvelle équipe a promis de prendre ses mesures, sans augmentation d’impôts, pour que le seuil des 3% de déficit soit contenu. Il en va de la
crédibilité de notre pays et de la "qualité" de sa signature pour que la France ne soit pas l’ami insincère de l’Europe.

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