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Alpes-Maritimes : ces nouveaux ravageurs sous haute surveillance

Scarabée japonais, cochenille tortue du pin, aleurode épineux du citronnier… Plusieurs insectes nuisibles font aujourd’hui l’objet d’une surveillance particulière dans les Alpes-Maritimes.

« Aujourd’hui, l’ennemi public numéro un en santé des végétaux, c’est Popillia japonica, le fameux scarabée japonais. »

Fabienne Blanchon, chargée de mission en gestion des foyers d’organismes nuisibles réglementés en santé des végétaux au SRAL PACA, ne tergiverse pas. Dans les Alpes-Maritimes, comme dans le Var, l’arrivée de nouveaux organismes est particulièrement surveillée. La situation géographique du département, les échanges avec l’Espagne et l’Italie, importantes zones de production de végétaux méditerranéens, mais aussi son climat doux peuvent favoriser leur introduction et leur installation.

Popillia japonica adulte ©DR

Le scarabée japonais concentre aujourd’hui une grande partie de l’attention. Très polyphage, il peut s’attaquer à plus de 400 plantes. À l’âge adulte, il dévore les feuilles ; ses larves s’attaquent quant à elles aux racines des gazons irrigués, notamment sur les terrains de sport et les golfs. Pour le repérer, les services de surveillance multiplient les pièges. « En retravaillant le dossier Popillia, je comptabilise plus de 200 pièges en PACA, dont 86 dans le 06 », précise Fabienne Blanchon. Plusieurs dispositifs existent et les quelque 129 pièges évoqués lors de l’entretien ne représentaient donc qu’une partie des données disponibles. Malgré ce dispositif, identifier les foyers reste délicat.

« On cherche une aiguille dans une botte de foin », résume-t-elle. Et la surveillance pourrait s’inscrire dans la durée : « Je pense que Popillia japonica va nous occuper pour les dix prochaines années.

 »

Des pins également touchés

Autre sujet de vigilance : Toumeyella parvicornis, la cochenille tortue du pin. Présente depuis 2021 dans le golfe de Saint-Tropez, elle est désormais également détectée dans les Alpes-Maritimes. À ce jour, l’infestation y est confirmée uniquement à Grasse et Mouans-Sartoux. Les signalements effectués dans les autres communes se sont révélés négatifs, précise Fabienne Blanchon. La cochenille touche notamment les pins parasols et les pins maritimes. Elle produit du miellat, une substance collante qui peut se déposer sur les terrasses, le mobilier ou les véhicules stationnés sous les arbres. Sur ce miellat se développe ensuite la fumagine, un complexe de champignons noirs qui accentue encore les salissures. Le problème ne se limite toutefois pas aux désagréments pour les particuliers. «  Le second impact, c’est bien sûr l’affaiblissement des arbres, avec une possibilité de mortalité », explique Fabienne Blanchon. Dans le golfe de Saint-Tropez, où la cochenille est installée depuis plusieurs années, des mortalités sont aujourd’hui observées. À terme, une inquiétude existe également pour la filière sylvicole.

Les agrumes ne sont pas épargnés

Aleurocanthus spiniferus ©DR

Les particuliers et les producteurs peuvent aussi être confrontés à Aleurocanthus spiniferus, l’aleurode épineux du citronnier. Déjà présent notamment du côté de Menton, mais aussi à Nice et Mandelieu, il s’attaque aux agrumes, à la vigne ainsi qu’à différentes plantes ornementales. Ses larves se développent sous les feuilles et produisent, elles aussi, du miellat et de la fumagine. Pour les producteurs d’agrumes, sa présence peut donc entraîner des traitements et des opérations de nettoyage supplémentaires. Des discussions sont par ailleurs en cours avec l’INRAE et la profession autour d’un projet visant à développer des moyens de lutte biologique contre cet organisme. À ce stade, il s’agit bien d’un projet et non de travaux de recherche déjà engagés.

Attention aux souvenirs de voyage

Pour limiter l’arrivée de nouveaux ravageurs, la prévention passe aussi par des gestes très simples. Fabienne Blanchon insiste notamment sur les végétaux et les fruits rapportés de voyage. Boutures, petites plantes ou fruits exotiques peuvent constituer des voies d’introduction d’organismes nuisibles. « Ce geste n’est vraiment pas anodin  », insiste-t-elle. Le risque est d’autant plus difficile à maîtriser que certains organismes peuvent être présents sans être immédiatement visibles.

Le grand public peut aussi jouer un rôle dans la surveillance. Une photographie prise avec un téléphone et un signalement peuvent permettre aux services compétents de disposer d’informations supplémentaires sur la présence éventuelle d’un insecte. « On est tous responsables, à la fois de ce qu’on pourrait introduire, mais aussi de la surveillance  », résume Fabienne Blanchon. Dans un département au climat favorable et situé sur un important axe d’échanges de végétaux, la vigilance ne repose donc pas uniquement sur les pièges et les inspections de terrain.

Photo de Une : Toumeyella parvicornis, la cochenille tortue du pin est désormais également détectée dans les Alpes-Maritimes. © SRAL DRAAF PACA