L’artiste designer Coun illumine Lascaris
- Par Jean-Michel Chevalier --
- le 12 août 2026
Avec sa structure gonflable géante rouge et rose – un homard qui n’avait pourtant tué personne – suspendue au plafond des appartements royaux du château de Versailles, Jeff Koons, présenté comme l’artiste contemporain le plus cher du monde, avait provoqué un scandale dans le monde des arts il y a une quinzaine d’années.
Rien de tel avec le Niçois Coun, qui investit pour quelques mois le vénérable palais Lascaris dans la vieille ville. Il y a accroché dans ce décor baroque au premier sens du terme – salons luxueusement décorés de meubles d’époque, escalier central – ses créations qui n’ont pas la monumentalité de celles de Koons mais qui, comme elles, télescopent les époques et les esthétiques.
Loin des augustes portraits et sculptures des personnages de la galaxie Lascaris, Coun propose des œuvres de dimensions plutôt modestes. Elles s’insèrent sans difficulté sur les murs, un peu comme si elles avaient toujours été là... Sauf que non : le travail de ce designer formé à Turin est fait de couleurs vives, avec un graphisme résolument ‘moderne’.
est fait de couleurs vives
©JMC
Dans ce palais à l’atmosphère étouffée et un brin compassée, il est le petit-fils ‘punk’ qui s’invite chez ses ancêtres, des gens hautement respectables et peu suspects de la fantaisie que l’artiste déploie. Il y apporte un brin de l’impertinence et de l’humour de la bande dessinée et du Pop Art. Une fraîcheur trouvant sur les vieux murs toute sa place, car les tableaux de Coun ont été réalisés spécialement pour le lieu.
Pour les visiteurs d’aujourd’hui, le Niçois a aussi réalisé des livrets pédagogiques pour aider à la compréhension « visuelle et symbolique » du palais Lascaris. Il y déploie des dessins volontairement simplifiés des plafonds décorés qui permettent de les appréhender plus facilement pour un ‘humain’ du XXIe siècle dont les codes sont assez éloignés de ceux du XVIIe lorsqu’ils ont été peints.
Il y a du Matisse et du Tintin dans les traits et les couleurs de Coun, avec un poil d’irrévérence pour pimenter cette œuvre originale qui relie des mondes que rien en principe ne rapproche. Les réactions du public prouvent l’intérêt de cette démarche. Et celui d’une visite pour redécouvrir en même temps ce palais trop méconnu des Niçois eux-mêmes et le travail d’un créateur en phase avec son époque et sa ville.
