La société Cosma lève 2,05 millions d’euros pour développer ses drones sous-marins
- Par Valérie Noriega --
- le 7 septembre 2026
La société niçoise Cosma, spécialisée dans l’acquisition et l’analyse de données sous-marines par drones autonomes, a annoncé le 2 septembre une nouvelle levée de fonds de 2,05 millions d’euros. Avec cette opération, son financement atteint plus de 7 millions d’euros en dix-huit mois. Le tour de table réunit les investisseurs historiques Ifremer, Ternel, Wind Capital, Caisse d’Épargne Côte d’Azur et 50 Partners, auxquels s’ajoutent trois nouveaux entrants : Region Sud Investissement, Ring Capital et Sustainable Ocean Alliance. Les investisseurs historiques ont, selon l’entreprise, réinvesti au-delà de leur quote-part.
L’objectif est d’accélérer sur un marché où se croisent désormais enjeux industriels, environnementaux et de souveraineté : l’inspection et la surveillance des infrastructures critiques sous-marines.
Des drones pour voir ce qui échappe encore aux radars
Cosma développe ses propres systèmes de drones sous-marins autonomes et multi-capteurs, ainsi qu’une plateforme de gestion des données. Ces équipements permettent notamment d’identifier la biodiversité, les obstacles ou d’éventuelles menaces sur les fonds marins, avant des projets industriels, des opérations de protection ou des campagnes scientifiques. La société entend poursuivre ses déploiements dans des environnements particulièrement contraignants, où se combinent visibilité réduite, température, profondeur, courants, obstacles ou isolement. Ces conditions représentent aussi un enjeu technologique. Pour Cosma, l’ambition est de démontrer la capacité de ses systèmes à fonctionner dans ces milieux complexes tout en répondant à des besoins qui dépassent les seules études environnementales.
Du suivi environnemental aux infrastructures critiques
Le deuxième axe de développement concerne directement les infrastructures sous-marines sensibles. Cosma prévoit d’adapter ses solutions à différents modes de déploiement : depuis la côte, à partir de navires d’intervention ou encore embarquées sur des drones aériens. L’entreprise travaille également sur le positionnement en environnement privé de signal GNSS, ainsi que sur une gestion des données adaptée aux exigences de confidentialité renforcées de ses clients.
Cette évolution accompagne un changement de regard sur les fonds marins. Les écosystèmes benthiques comme les infrastructures qui les traversent restent encore imparfaitement observés, alors même que leur importance stratégique et environnementale s’affirme. « Je suis ravi du soutien de nos actionnaires historiques ainsi que celui de Ring, RSI et SOA pour continuer de mener activités opérationnelles et R&D en parallèle afin d’amener nos innovations au cœur des process industriels et de l’action de l’État en mer », souligne Frédéric Mittaine, CEO de Cosma.
La société entend enfin renforcer l’autonomie de ses systèmes. Cela passe par des capacités de guidage adaptées à des missions complexes, qu’il s’agisse de couvrir des zones abruptes, de suivre des lignes d’ancrage ou d’inspecter des structures horizontales, verticales ou hybrides. Cosma travaille également sur la fusion de capteurs, la reconnaissance d’espèces et de menaces ainsi que le suivi dans le temps des zones observées, grâce au time-lapse monitoring. L’objectif est d’obtenir des relevés plus précis, mais aussi plus pertinents et reproductibles.
Pour Timothée Poulain, partner chez Ternel, cette convergence constitue précisément l’un des intérêts du projet : « Mieux observer les écosystèmes benthiques et mieux protéger les infrastructures critiques, c’est le même déploiement, la même donnée. » L’investisseur estime que cette articulation entre environnement et souveraineté distingue Cosma : « Cette convergence civil – souveraineté – environnement est rare et [...] l’équipe a prouvé qu’elle était capable de passer du démonstrateur à des missions opérationnelles dans les environnements les plus exigeants. »
Une technologie au croisement du civil et de la défense
Cosma intervient aujourd’hui dans plusieurs domaines : études scientifiques, mesures d’impact environnementales, gestion des risques - notamment dans le cadre de la dépollution pyrotechnique - et inspection d’infrastructures.
Ses livrables comprennent notamment des reconstructions visuelles 3D géoréférencées des espaces immergés, enrichies de données sémantiques, de geopackages et de rapports d’analyse. Ces données peuvent servir à des applications civiles comme de défense. Avec ces 2,05 millions d’euros supplémentaires, l’entreprise entend donc poursuivre simultanément son développement commercial et ses travaux de R&D, en France comme à l’international. Un pari sur un monde sous-marin encore largement invisible, mais dont la surveillance devient progressivement un enjeu industriel, environnemental et stratégique.