Les festivals craignent

Les festivals craignent la fausse note

C’est l’été, mais le ciel n’est pas toujours bleu au-dessus des festivals. En cause, la progression exorbitante des cachets des artistes d’aujourd’hui qui font passer ceux des générations 1980-2000 pour d’aimables amateurs.

Les divers frais connexes d’organisation (location de matériels de scène, de son, d’éclairage…), de sécurité et d’assurance ont eux aussi subi une inflation proportionnelle au budget artistique. À tel point que l’équilibre financier de ces rendez-vous estivaux est fragile, quand il n’est pas menacé.
« C’est celui qui vient qui paie », a expliqué Maître Denis Del Rio lors de la présentation du Nice Jazz Fest 2026. Ce qui est exact dans de nombreux cas. Mais pas toujours, car les collectivités mettent souvent la main au portefeuille. Elles offrent aussi des moyens techniques pour l’organisation de ces événements qui bénéficient à l’économie locale. L’adjoint à l’animation niçois justifie le raccourcissement à trois jours du Nice Jazz Fest par une volonté d’économies. Plus c’est court et moins cela coûte… Contrairement aux frais d’exploitation qui ont augmenté de 80 % en cinq ans, aux assurances de 50 % depuis le Covid, aux salaires et hébergements des techniciens et artistes, etc.

Des augmentations exponentielles

Du « coût », le tarif des tickets suit cette courbe exponentielle (+ 60 % en dix ans alors que l’inflation était faible) sans que, jusqu’à cette année, cela ait une incidence sur la fréquentation. Le Nice Jazz Fest, Jazz à Juan, Les Vieilles Charrues, les Eurocks et beaucoup d’autres ont toujours leurs publics et enregistrent même des soirées « sold out » pour des stars aux cachets astronomiques. Mais gare à l’arbre qui cache la forêt : en 2024, la moitié des festivals était dans le rouge malgré une fréquentation de 90 % de leur jauge. Le déficit est couvert par des emprunts bancaires (qui ont leurs limites), les communes, départements et régions lorsque l’événement le mérite.
Les cachets des artistes ont donc doublé ou triplé en peu de temps. Ne vendant plus de disques, ou peu, les tournées leur permettent de gagner leur vie (et même très bien pour les grandes têtes d’affiche). Le « c’est celui qui vient qui paie » se traduit donc à Nice par le doublement du billet d’entrée (90 euros) pour pouvoir applaudir Sting. Les fans sont prêts à débourser beaucoup pour leur vedette favorite. Le prochain concert de l’Englishman sur la place Masséna reste, somme toute, assez accessible par rapport à d’autres dates, comme aux arènes de Nîmes (191 euros).
Mais les Régions qui promeuvent nos festivals pour attirer et retenir la clientèle touristique ont réduit de 66 millions d’euros leurs participations à ces événements (2024). L’État en fait de même et la situation des finances publiques n’inspire guère à l’optimisme.
Verra-t-on de grands rendez-vous estivaux disparaître quand ils ne pourront plus signer des stars devenues (beaucoup) trop chères ? Le prix des tickets est devenu hallucinant aux États-Unis, espérons qu’il n’en sera pas de même ici… Le montant des cachets ne dépend pas forcément de la jauge du lieu et le sponsoring ne peut à lui seul compenser. Des festivals devront forcément se réinventer sous peine de disparaître. Ce serait une catastrophe car ils font partie de l’exception culturelle française qui est - encore - enviée à l’étranger.

Photo de une : ©JMC