Marco Orlando : « Avec Entre Head, je me suis senti compris pour la première fois en vingt ans »
- Par Olivia Oreggia --
- le 5 octobre 2026
Difficultés financières, redressement judiciaire, burn-out, pensées suicidaires… comme de nombreux chefs d’entreprise, Marco Orlando a vécu des années très sombres jusqu’à sa rencontre avec Entre Head. L’association est née à Nice en 2020 pour aider les dirigeants à sortir de l’isolement. Selon ses mots, parce que ses membres parlent le même langage, elle lui a littéralement « sauvé » la vie.
Qu’est-ce qui vous a poussé à vous tourner vers Entre Head ?
- Marco Orlando : J’étais chef d’entreprise dans le bâtiment, la plomberie, le chauffage, la climatisation. J’avais deux entreprises, 17 employés. Tout se passait très bien. J’ai vendu l’une des deux en 2008 et tout allait toujours très bien jusqu’en 2011. Je suis tombé en redressement judiciaire à cause d’un client qui ne me payait pas. J’en suis sorti mais deux ans plus tard, j’ai fait un burn-out.
Comment ce burn-out s’est-il manifesté ?
– J’avançais comme une machine, sans me rendre compte de ce que je faisais. Je ne me posais pas la question de savoir si j’allais bien ou pas, jusqu’au jour où ma tête a dit que je ne m’avancerais plus. Un vendredi matin, je suis resté comme une enclume devant mon bureau pendant une heure. J’ai ensuite dormi pendant trois jours. J’étais incapable de retourner travailler. Moi qui suis sportif, je ne faisais que canapé-frigo, frigo-canapé, dormir… Je me demandais juste comment j’allais avancer si, effectivement, je n’étais plus capable de gérer mon entreprise.
Est-ce que vous en montriez des signes avant d’arriver à cette situation extrême ?
– Non, j’étais un pitbull. Ce n’est pas une image, c’est nécessaire. J’ai subi ainsi pendant deux ans. Je me suis retrouvé endetté financièrement. J’ai alors décidé de vendre mes deux voitures et les quatre bricoles que j’avais pour assurer les salaires de mes employés et j’ai fini par fermer mon entreprise en 2019. J’ai alors passé six mois à rien faire. J’ai ensuite rouvert une boîte, mais tout seul.
Dans quel état étiez-vous à ce moment ?
– Avoir réussi à signer un marché m’a remis dans un bon état... Quand l’aspect financier va bien, tout va bien. J’ai alors repris le cycle perpétuel du chef d’entreprise et je suis reparti comme ça pour trois ans. Là, en revanche, j’ai pratiqué du sport, je prenais du temps pour moi. Mais en 2023, mon corps a dit stop… Je n’avais plus envie de rien, ni d’être chef d’entreprise, ni de travailler, je trouvais tout détestable. J’étais incapable d’aller chercher des marchés, financièrement, ça s’est écroulé.
Tout était très noir. J’étais au bord du précipice. La question était de savoir si je devais ou non m’obstiner à me dire que je n’avais pas envie de crever. C’est la seule chose à laquelle je pouvais me raccrocher : je ne voulais pas que mon fils souffre à cause de moi.
Vous avez eu des pensées suicidaires ?
– Oui. Quand on est au bout de nous-mêmes, on ne s’accroche plus à rien. Et on le cache. Quand on me demandait comment j’allais, je répondais « bien ».
Parce que vous pouvez dire que vous êtes suicidaire, que votre boîte ne va pas bien, que vous n’avez envie de plus rien… on va vous répondre que ce n’est pas grave, que ça va passer.
Vous avez finalement eu un sursaut en demandant de l’aide…
– J’ai fini par appeler une amie, Sabrina Chibane qui fait partie d’Entre Head, qui m’a écouté et m’a mis en relation d’urgence, avec Laurent (Tissinié, fondateur de l’association, NDLR) et d’autres membres de l’association. Autour d’un café, je leur ai exposé ma situation. Je ne voulais pas de gens empathiques face à moi. Et ça a été vraiment formidable, j’ai eu des gens qui m’ont écouté, compris, qui m’ont aidé à trouver des solutions.
Diriez-vous qu’Entre Head vous a sauvé ?
– Oui ! J’étais d’abord effrayé par cette belle énergie que je cherchais depuis longtemps. C’est-à-dire que je me suis retrouvé face à des gens intelligents, capables de comprendre, d’analyser et surtout, d’avoir le même langage. Je me suis senti compris pour la première fois en vingt ans.
Comment allez-vous aujourd’hui ?
– Je vais à 90 % bien. Mon corps n’accepte pas encore tout ce que j’ai envie de faire dans ma tête. Je suis borderline équilibré. Je comprends et j’accepte ma phase négative. Quand ça ne va pas, je vais nager, je vais faire du vélo, je prends le soleil.
Professionnellement, j’ai vendu mon entreprise fin 2025. Je suis aujourd’hui un apprenti de l’investissement financier. J’y travaille depuis un mois et demi.
Je vais avoir 60 ans. Je pense que la vie est belle. Et quoi qu’il arrive, si je me retrouve avec pas grand-chose mais heureux, ça me va.

