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Monaco - Jean-Pierre Petit : Le monde se fragilise, mais les marchés ne sont pas encore au bord du précipice

Réunis à Monaco, vendredi 11 septembre, pour la rentrée économique, les décideurs de la Principauté ont entendu un diagnostic à contre-courant : si la conflictualité mondiale s’installe et que la France décroche, les marchés financiers ne donnent pas, à ce stade, de signal de rupture. L’économiste Jean-Pierre Petit recommande néanmoins une posture prudente, notamment face aux valorisations de la tech et aux espoirs placés dans l’intelligence artificielle.

La géopolitique se durcit, la dette française continue de progresser et les taux réels américains remontent. Pourtant, le scénario d’un choc financier majeur n’est pas celui que privilégie Jean-Pierre Petit.

Invité pour la neuvième année consécutive par le Monaco Economic Board (MEB), en partenariat avec Jutheau Husson, le président des Cahiers Verts de l’Économie a livré, vendredi 11 septembre à l’Hôtel Hermitage Monte-Carlo, une lecture à plusieurs vitesses de l’économie mondiale.
Son principal message tient dans ce paradoxe : un environnement politique et géopolitique de plus en plus instable ne se traduit pas nécessairement, pour l’instant, par une rupture sur les marchés.

La nouvelle normalité de la conflictualité

L’économiste a d’abord replacé la période actuelle dans une perspective historique. Les conflits de longue durée ne constituent pas une anomalie, a-t-il rappelé, citant notamment les affrontements entre la Grèce antique et la Perse ou encore la guerre de Cent Ans. La nouveauté réside davantage dans la multiplication des formes de confrontation, avec le développement de conflits hybrides appelés, eux aussi, à s’inscrire dans la durée. Cette évolution mettrait particulièrement sous pression les démocraties occidentales. Selon Jean-Pierre Petit, leur capacité d’action se trouve freinée par leurs propres mécanismes institutionnels, tandis que les régimes autoritaires bénéficient d’une plus grande rapidité de décision et peuvent s’appuyer sur le contrôle de ressources stratégiques. Une divergence de fonctionnement qui dépasse désormais la seule question militaire : elle touche directement à la compétitivité économique et à la capacité des États à adapter rapidement leurs politiques.

Fragile France

C’est sur la situation française que le diagnostic de Jean-Pierre Petit s’est fait le plus sévère. L’économiste anticipe une poursuite de la hausse de la dette publique, jusqu’à environ 130 % du PIB à l’horizon 2030, et estime que la France souffre d’un décrochage désormais structurel. Dépenses publiques difficiles à réduire, lourdeur administrative et perte d’efficience : autant de facteurs qui, selon lui, limitent la capacité du pays à retrouver des marges de manœuvre. Jusqu’à évoquer le risque d’un « scénario argentin », expression volontairement choc destinée à illustrer la possibilité d’un déclassement économique prolongé. Cette inquiétude sur la trajectoire française contraste toutefois avec son appréciation de l’économie mondiale, jugée globalement plus robuste.

Les États-Unis continuent de tirer la croissance

À l’échelle mondiale, le tableau apparaît en effet moins sombre. La dynamique économique reste soutenue, notamment par les gains de productivité et la rentabilité des entreprises américaines. Même le calendrier politique américain ne constitue pas, à ses yeux, un argument suffisant pour adopter une position franchement baissière. Les élections de mi-mandat de 2026 pourraient provoquer de la volatilité, mais l’histoire boursière montre plutôt un effet favorable des périodes de cohabitation politique sur les marchés d’actions, selon les observations rappelées par l’économiste. Le point de vigilance se situe davantage du côté des taux et des valorisations.

Des marchés chers, mais pas encore au sommet d’une bulle

La remontée des taux longs, et notamment celle des taux réels américains, constitue un signal à surveiller. Elle renchérit le coût du capital et peut, à terme, peser sur les valorisations des actifs risqués. Jean-Pierre Petit ne considère pourtant pas que ce mouvement annonce nécessairement une forte correction des actions. Les marchés sont chers, mais ils ne seraient pas encore entrés dans la phase terminale d’une bulle. La principale source de risque se concentre selon lui sur les valeurs technologiques et, plus largement, sur les anticipations associées à l’intelligence artificielle. Une comparaison avec la bulle internet des années 1990 doit toutefois être maniée avec précaution : le marché actuel effectuerait encore un tri entre les entreprises capables de transformer leurs investissements dans l’IA en revenus et celles dont les valorisations reposent davantage sur des promesses.
Autrement dit, le sujet n’est pas tant l’IA elle-même que le prix payé pour ses perspectives de croissance.

Le message adressé aux investisseurs est moins spectaculaire que le diagnostic géopolitique : ne pas chercher à prédire le prochain krach. À six mois, Jean-Pierre Petit recommande une allocation « neutre », aussi bien sur les actions que sur les obligations. Il identifie néanmoins quelques poches d’intérêt, notamment les petites capitalisations européennes, et conseille de conserver des positions sur l’or et le cuivre. Une stratégie qui traduit une conviction finalement assez nuancée : malgré l’accumulation des risques politiques, budgétaires et géopolitiques, les fondamentaux économiques mondiaux ne justifieraient pas encore de sortir massivement du marché.

Photo de Une : ©Sébastien Darrasse / MEB