OCIN2O détecte en une minute ce que la loi ne peut encore sanctionner
- Par Gilles Carvoyeur --
- le 2 juillet 2026
C’est pour répondre à cette faille que la société Olythe, basée à Aix-en-Provence, a développé OCIN2O, un dispositif de détection du protoxyde d’azote dans l’air expiré, comparable dans son usage à un éthylotest.
Grâce à une technologie infrarouge non dispersive (NDIR), le capteur cible la molécule de N2O en une minute et jusqu’à 4 heures après inhalation (dans une fenêtre compatible avec une approche de dépistage routier), y compris à de faibles concentrations
L’analyse de l’air expiré présente un double avantage. Elle est non invasive et immédiatement exploitable lors d’un contrôle routier. « C’est un échantillon simple à prélever, facile à utiliser pour les forces de l’ordre, et surtout adapté à une substance qui disparaît vite de l’organisme », explique Guillaume Nesa. Compact et portatif, OCIN2O a été pensé pour une utilisation opérationnelle sur le terrain, là où les chiffres du baromètre montrent que l’urgence se joue avant tout au bord de la route.
DÉTECTION POSSIBLE
La solution d’Olythe repose sur des bases scientifiques solides. Contrairement à certaines idées reçues, encore largement répandues, le protoxyde d’azote est détectable après consommation. La littérature scientifique et les données toxicologiques montrent que le N2Opeut être mesuré dans l’air expiré, mais aussi détecté dans le sang, avec une cinétique d’élimination offrant une fenêtre de détection exploitable.
Une étude récente publiée dans Forensic Science International (Jiménez et al., 2025) démontre que le protoxyde d’azote reste détectable dans l’air expiré jusqu’à 90 minutes après inhalation, avec des concentrations mesurables. Des travaux antérieurs en anesthésie (Einarsson et al., 1993) confirment une élimination pulmonaire progressive et quantifiable. Enfin, ces résultats sont corroborés par les résultats préliminaires d’une nouvelle étude de l’Université d’Aarhus (Danemark), qui établit que des traces de protoxyde d’azote restent détectables dans l’air expiré jusqu’à 4 heures après la consommation. La solution développée par Olythe a déjà été testée par des forces de l’ordre en Belgique et au Danemark, avec des retours jugés positifs, démontrant que des outils concrets existent pour rendre enfin visible un danger encore largement sous-estimé au volant.
À ce jour, l’absence de solution de dépistage reconnue limite les capacités d’action des forces de l’ordre. Le délit de conduite sous emprise du protoxyde d’azote, annoncé par le gouvernement, risque de se heurter à des difficultés d’application sans outil opérationnel pour le constater. Pour Olythe, l’enjeu dépasse l’innovation technologique : il s’agit d’assurer la cohérence entre législation et contrôle routier.
« Rendre délictueuse la conduite sous protoxyde d’azote serait un grand pas en avant. Mais sans outil de dépistage reconnu, on laisse les forces de l’ordre démunies face à un quart de jeunes qui ont déjà eu un accident sous emprise », conclut Guillaume Nesa.