Services à la personne :

Services à la personne : avec CareSphere, le Campus Sud des Métiers fait du terrain un laboratoire d’innovation pédagogique

Dans les Alpes-Maritimes, près des trois quarts des établissements de services et d’aide à la personne déclarent rencontrer des difficultés de recrutement. Une étude menée par la CCI Nice Côte d’Azur fait émerger plusieurs priorités pour adapter les formations aux transformations du secteur. Le Campus Sud des Métiers, géré par la CCI Nice Côte d’Azur, lance son laboratoire pédagogique CareSphere, visant à renforcer l’attractivité des métiers, enrichir les parcours de formation et accompagner l’acquisition des compétences indispensables.

Le secteur des services et de l’aide à la personne (SAP) se trouve confronté à une équation de plus en plus complexe : répondre à une demande d’accompagnement en hausse tout en attirant et en fidélisant des professionnels dans un contexte de pénurie de candidats. Dans les Alpes-Maritimes, une étude conduite par le Pôle Études & Data de la CCI Nice Côte d’Azur met en lumière les tensions de recrutement et les compétences que les employeurs jugent désormais prioritaires.
Réalisée dans le cadre d’un projet destiné à faire évoluer l’offre de formation du Campus Sud des Métiers (CSM), l’étude s’appuie sur une enquête auprès de 150 établissements du département, une dizaine d’entretiens avec des experts de la petite enfance, du handicap et du grand âge, ainsi que trois ateliers d’intelligence collective réunissant des professionnels des ressources humaines, de la formation, de la direction et de l’organisation.

Le recrutement reste le principal point de tension

Premier enseignement : 74 % des établissements interrogés déclarent rencontrer des difficultés de recrutement. Les professionnels citent principalement le manque de candidats motivés, le niveau de turn-over et des compétences jugées insuffisantes. La tension concerne l’ensemble des activités de la filière, avec un enjeu particulièrement marqué autour du grand âge et de la fin de vie. Ces activités représentent 54 % du chiffre d’affaires des structures interrogées, devant la petite enfance (26 %) et le handicap (20 %). Au-delà du nombre de candidats disponibles, les employeurs mettent donc en avant la question de l’adéquation entre les compétences détenues et celles requises sur le terrain. 69 % des établissements déclarent ainsi avoir des besoins en compétences numériques, notamment sur les applications et les outils digitaux, voire l’intelligence artificielle. Les compétences techniques - soins et manutention notamment - sont citées par 66 % des répondants.

Des outils numériques et responsables, mais adaptés au terrain

La transformation du secteur ne se limite pas aux compétences métier. Les pratiques liées au numérique et à la responsabilité environnementale progressent également dans les structures. Selon l’étude, 54 % des établissements interrogés se déclarent engagés dans une démarche de responsabilité sociétale et environnementale (RSE). Les initiatives portent principalement sur le choix de produits et d’équipements responsables et sur la gestion des déchets. Qu’il s’agisse du numérique ou de la RSE, les professionnels privilégient des solutions simples, directement utiles dans leur quotidien et accompagnées dans leur mise en œuvre. La formation doit ainsi tenir compte des contraintes opérationnelles propres aux métiers de l’aide et de l’accompagnement.

L’enjeu de la fidélisation passe aussi par la formation

Les ateliers menés dans le cadre de l’étude ont permis d’identifier plusieurs pistes pour améliorer l’attractivité et limiter les départs. L’accompagnement des nouveaux salariés dès leur prise de poste, l’adaptation du management, une meilleure visibilité sur les possibilités d’évolution et le renforcement de la cohésion des équipes figurent parmi les leviers cités par les participants. Sur les sujets numériques et environnementaux, les professionnels privilégient des formats courts, pratiques et réguliers, construits à partir de situations rencontrées dans l’exercice du métier. Une approche qui rompt avec des formations conçues uniquement autour de contenus théoriques. La réflexion sur la « formation idéale » fait également ressortir trois axes prioritaires : la psychologie et la gestion des situations complexes, l’humanité et la posture éthique professionnelle, ainsi que la communication professionnelle.

Former mieux, pas plus

Pour la CCI Nice Côte d’Azur, ces résultats renforcent la nécessité d’adapter les formations existantes. Les professionnels interrogés privilégient l’immersion, la mise en situation et l’acquisition de compétences relationnelles, complétées par des apports pratiques sur le numérique et la transition environnementale.
Les formats courts, le micro-apprentissage et les méthodes de ludopédagogie, notamment les jeux de rôle, sont ainsi identifiés comme des pistes permettant de rapprocher davantage la formation des réalités quotidiennes du métier. C’est dans cette logique que le Campus Sud des Métiers va mettre en place CareSphere, un laboratoire d’innovations pédagogiques consacré à la filière SAP. Le dispositif doit permettre d’expérimenter de nouvelles modalités d’apprentissage, notamment à travers la simulation, la réalité virtuelle et des méthodes interactives.
L’objectif est de donner davantage de place à l’expérimentation dans les parcours de formation et de mieux préparer les apprenants aux situations auxquelles ils seront confrontés sur le terrain.

Le projet CareSphere a été développé par le Campus Sud des Métiers avec le soutien financier de la fondation danoise VILLUM. Il constitue, pour la CCI Nice Côte d’Azur, le prolongement opérationnel de l’étude menée auprès des professionnels : partir des besoins exprimés sur le terrain pour faire évoluer les contenus et les méthodes de formation dans une filière confrontée simultanément au vieillissement de la population, aux tensions de recrutement et à la transformation des compétences.

Photo de Une : L’équipe Caresphere du Campus Sud lors de la présentation du projet à la presse ©O.Oreggia