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11 janvier 2018

Petits meurtres silencieu
Petits meurtres silencieux dans le grand jardin français
Jean-Michel Chevalier
Les Petites Affiches

Les Trente Glorieuses sont loin derrière nous, qui permettaient à chacun d’avoir du travail et surtout d’en vivre dignement, bénéficiant d’une hausse régulière du sacro-saint pouvoir d’achat. Depuis cette époque que seuls les plus de 70 ans pu connaître, le tissu social français a continué à s’effilocher. Il laisse maintenant apparaître des trous béants dans sa trame.
Un portrait trop noir ? Hélas non ! Il suffit de jeter un œil sur les derniers chiffres publiés par l’INSEE qui, dans leur sécheresse, dessinent le portrait (cruel) d’un pays qui laisse de côté des pans entiers de sa population.
Des exemples ? Les retraités, les chômeurs en fin de droits, les jeunes, et les paysans dont on découvre que 30% d’entre eux ne gagne selon la MSA que... 350 euros par mois.
Oui, il n’y a pas de faute de frappe, on n’a pas oublié un zéro : 350 euros, 350 balles, dont quelquefois une seule va parfois dans nos campagnes se loger dans une tête désespérée.
L’image des gros tracteurs 4x4 industriels labourant les champs de la Beauce est trompeuse. Elle peut faire croire à l’opulence, mais elle cache la réalité d’un troupeau de petits paysans, disséminés partout sur le territoire, qui ne se rappellent à notre bon souvenir qu’à l’occasion de manifestations.
L’INSEE a fait ses calculs : 1 281 défaillances d’exploitations - liquidations, redressements, placements en sauvegarde - ont été enregistrées ces douze derniers mois, soit + 6,7% par rapport à la même période de 2016, qui n’était déjà pas un bon millésime.
Les états généraux de l’alimentation qui viennent de se terminer ont certes ouvert des pistes intéressantes - lutte contre le gaspillage, orientation vers le bio, "encadrement" (tout relatif) des prix pratiqués par la grande distribution - mais les bonnes intentions affichées ne sont pas à la hauteur des espérances et surtout des besoins du monde agricole, tenu sous perfusion par des subventions ou des reports de charges, bref par des mesures technocratiques et artificielles.
Alors que les enjeux sont énormes : des terres à protéger de la
surexploitation, une alimentation saine, un environnement à préserver, des professionnels qui doivent pouvoir vivre de leur labeur. Et, pour le plaisir, tous les paysages à entretenir, pour que notre jardin commun ne devienne pas une jachère ou une jungle, alors même que des millions de personnes sont victimes de la faim aux portes de l’Europe.
Espérons que les états généraux de l’alimentation aient semé les graines d’un futur meilleur, dans lequel nos paysans pourront continuer à creuser leur sillon.
Cependant, rien n’est moins sûr...

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