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7 novembre 2019

Julian Assange subit-il
Julian Assange subit-il des conditions de détention inhumaines comme l'estime l'onu ?
Jean-Michel Chevalier
Les Petites Affiches

Le fondateur de Wikileaks croupit dans une prison de Londres en attendant une audience sur son éventuelle extradition vers les USA. L’ONU s’inquiète de sa santé physique et psychologique.

"En danger"

Le rapporteur de l’ONU sur la torture, Nils Melzer, s’est inquiété vendredi 1er novembre dans un communiqué de la "détérioration continue de la santé de Julian Assange depuis son arrestation et sa détention au début de cette année". Le fondateur de Wikileaks, accusé d’espionnage par Washington, se trouve actuellement incarcéré à Londres où sa vie serait en danger" selon le représentant des Nations Unies.

"Torture psychologique"

Pour le rapporteur, Assange présente "tous les symptômes typiques d’une exposition prolongée à la torture psychologique, une anxiété chronique et des traumatismes psychologiques intenses". Pour lui, il "continue d’être détenu dans des conditions d’oppression et d’isolement et de surveillance non justifiées par son statut de détenu".

"Détenu volontaire"

Sujet australien, Assange a passé sept ans dans l’ambassade
d’Équateur à Londres. Il était venu s’y réfugier après un mandat d’arrêt pour viol (contesté par l’intéressé) émis par la Suède. Pendant tout ce temps, la police a fait le pied de grue devant la résidence diplomatique, prête à interpeller le patron de Wikileaks s’il s’aventurait au dehors. La situation aurait pu rester bloquée encore longtemps si Quito n’avait fini par lâcher ce "détenu volontaire" dans son ambassade.

Extradition ?

Le 1er mai 2019, la justice britannique a condamné Assange, 48 ans, à cinquante semaines de prison pour la violation des conditions de sa liberté provisoire, lorsqu’il a été se réfugier à l’ambassade d’Équateur. Peine qu’il est en train de purger dans des conditions contestées par le rapporteur de l’ONU. Assange devra encore attendre le mois de février prochain pour que soit tenue l’audience devant étudier la demande d’extradition présentée
par les USA.

175 années de prison

Tandis que la justice suédoise a rejeté le mandat d’arrêt émis pour viol,
l’administration américaine continue à réclamer son extradition pour le
juger de faits d’espionnage et pour avoir divulgué des milliers de câbles diplomatiques et des documents confidentiels concernant des opérations militaires en Irak et en Afghanistan. Pour ces faits, Assange risque jusqu’à 175 ans de prison s’il est traduit devant un tribunal américain.

"Violation des droits"

Les autorités britanniques ont déjà fait savoir qu’elles n’extraderont pas le patron de Wikileaks vers un pays où il risque la peine de mort. En attendant, le rapporteur de l’ONU et les médecins qui l’ont examiné ont estimé que "à moins que le Royaume-Uni ne change d’urgence de cap et n’améliore sa situation inhumaine, l’exposition continue de M. Assange à l’arbitraire
et aux violations de ses droits pourrait bientôt lui coûter la vie" selon des propos rapportés par la presse.

Déstabilisation

La Commission nationale consultative des droits de l’homme considère qu’un isolement de longue durée (détenu seul dans sa cellule, dans un quartier spécial, à l’écart le reste de sa détention) a "des effets dévastateurs" : altération des sens, déstabilisation des repères spatio-temporels, décompensation psychologique, etc.

L’Europe fronce les sourcils

Le comité de prévention de la torture du Conseil de l’Europe réclame - sans beaucoup de succès - que l’isolement ne soit utilisé qu’à titre exceptionnel, que sa durée soit la plus courte possible et avec des voies de recours effectives. La Grande-Bretagne n’est évidemment pas la seule à être visée, mais pour le cas Assange elle se trouve sous pression après l’intervention publique du rapporteur de l’ONU...

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