Retour à l'école : encore

Retour à l’école : encore plus de questions que de réponses…

Les écoliers, les collégiens et les lycéens vont-ils retrouver leurs salles de classe dès le lundi 11 mai au matin comme l’a annoncé le président de la République dans sa dernière allocution télévisée ? Peut-être, si d’ici là les chiffres du coronavirus ne flambent pas. Mais cette mesure est loin de faire l’unanimité chez les parents, les enseignants et même dans le corps médical. Des parents sont inquiets pour la santé de leurs petits. Ils considèrent ce retour en classe ou dans les crèches comme prématuré alors que l’on n’a encore que peu de certitudes sur l’évolution de l’épidémie. D’autres estiment que renvoyer les enfants à l’école a pour but - inavoué - de libérer les adultes pour « relancer l’économie » et sortir du déconfinement qui a mis le pays au point mort.

Une prise de risque « inutile » ?

Des médecins enfoncent le clou. Ils considèrent que des enfants risquent de « ramener le virus à la maison » comme l’a indiqué le docteur Jean-Paul Hamon, président de la Fédération des médecins de France, parlant même de « risque inutile » alors que, dans le même temps, les étudiants du supérieur ne retrouveront pas leurs facultés et écoles avant la prochaine rentrée.
Le ministre de l’Education nationale a tenté de rassurer les uns et les autres lors d’une intervention en direct dans le journal de 20 heures sur France 2. Une opération de déminage délicate tant il reste de zones floues dans ce dossier. Il a expliqué que la sortie serait « progressive » et que l‘on ne retrouverait pas le 11 mai « la situation d’avant du jour au lendemain. Nous avons deux semaines pour préparer cela. Ce sera forcément allégé ».

Concertation, interrogations…

Jean-Michel Blanquer a indiqué qu’il va ouvrir les discussions avec les fédérations de parents et les syndicats d’enseignants pour définir les conditions de reprise, les organisations à mettre en place. Concrètement, il n’a pas apporté de solutions clé en main et les questions continuent à se poser : quelles écoles vont rouvrir, quels horaires, des classes partagées, quid des cantines et des internats, les enfants porteront-ils des masques, comment être sûr que cela ne relance pas une seconde vague épidémique, les gestes barrière seront-ils respectés par les plus petits ?
Seule certitude  : « mai et juin ne seront pas des mois normaux. Ce sera forcément des petits groupes et une approche personnalisée  » a résumé le ministre. « On regarde ce qui se passe dans les autres pays, par exemple le Danemark est en train de déconfiner, d’autres pays le feront dans les semaines qui viennent ».

Limiter la fracture sociale éducative

Parmi les arguments avancés par le président, ceux de vouloir réduire les inégalités est entendu par tous. Selon Blanquer « 5% des élèves sont en dehors des radars  » et n’ont pu être contactés, et parmi eux beaucoup de lycéens des filières pro. Les conditions de la poursuite des enseignements est bien différente selon les milieux sociaux, la disponibilité ou pas des parents. Il est aussi patent qu’un bon nombre de jeunes a totalement décroché et que cette situation leur est très préjudiciable. "Trop d’enfants, notamment dans les quartiers populaires, dans nos campagnes, sont privés d’école sans avoir accès au numérique, et ne peuvent être aidés de la même façon. C’est pourquoi nos enfants doivent pouvoir retrouver le chemin des classes" a déclaré le président. Cette mesure concerne 12 millions de jeunes en France.
« On nous dit que tous les lieux publics sont fermés, les cinémas, les salles de spectacle, mais pas les écoles alors que l’on sait que c’est un lieu de haute transmission, de haute contamination  » proteste la secrétaire générale du Snuipp-FSU, Francette Popineau, qui dénonce « un manque de précaution », une «  contradiction totale avec le reste. Il va y avoir une forte incompréhension de la part des enseignants, on a l’impression d’être sacrifié sur l’autel de l’économie  ».

En résumé

- Crèches, écoles du primaire, collèges et lycées : réouverture « progressive » espérée à partir du 11 mai, par petits groupes. Il sera tenu compte de la situation pandémique pour autoriser ou pas la classe selon les régions et les villes.
- Enseignement supérieur : plus de cours « physiques » cette année dans les grandes écoles et facultés. Validation des examens en « présentiel » ou en visioconférence selon les cas. Beaucoup d’incertitudes encore pour les étudiants.
- Ecoles, apprentissage : poursuite des cours sur internet, validation par contrôle continu le plus souvent. Chaque établissement est un cas particulier.

Photo de Une : Illustration DR

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