Turquie : il y a de (...)

Turquie : il y a de l’eau dans le gaz entre l’Europe et Erdogan

Un dangereux bras de fer sur fond de gisements gaziers oppose Athènes et Ankara.

83 millions d’habitants, un PIB de 860 milliards de dollars, la Turquie
est un état puissant situé à la charnière de l’Europe et de l’Asie et qui regarde aussi vers ce Moyen-Orient étrange et complexe. Une position géographique à la fois stratégique et inconfortable lorsque l’on a pour voisin la Syrie, l’Irak à portée de missiles, et plus au nord la Georgie et l’influent voisin russe...
Tournant radicalement le dos à l’héritage laïc de l’Ataturk qui avait voulu au XXème siècle arrimer le pays à l’Occident en rupture avec le passé impérial ottoman et islamique de son pays, Recep Tayyip Erdoğan qui est aux affaires depuis 2003 a installé un pouvoir autocratique.
Une tentative de coup d’État en 2016 a conduit à des purges (plus de 50 000 arrestations dont des députés de l’opposition), au licenciement de 100 000 employés du secteur public (enseignants, militaires) et à la mise en place de réformes sécuritaires. La Turquie a longtemps frappé à la porte de l’Europe, sans jamais être admise pour ne pas respecter les principes de liberté d’opinion et les droits de l’homme. Aujourd’hui, des avocats, des journalistes et des citoyens sont emprisonnés pour des motifs politiques, malgré les protestations internationales.
Condamné à une fuite en avant, critiqué mezza vocce par une opinion apurée, Erdogan continue à diriger le pays d’une main de fer en maniant le bâton à l’intérieur, les forces armées et une diplomatie fluctuante selon ses intérêts à l’extérieur. Bien que membre de l’OTAN, la Turquie est devenue une alliée aussi imprévisible qu’incontrôlable. Elle n’hésite plus à s’affranchir des règles de l’organisation pour mener seule - sous le regard au mieux neutre sinon "bienveillant" de Moscou - des raids militaires dans sa zone d’influence. Ce cavalier seul a provoqué le diagnostic de "mort cérébrale" de l’OTAN par Emmanuel Macron, formule choc qui n’a rien changé sur le terrain. La France a envoyé des avions de combat et des navires sur place pour soutenir la Grèce, ce qui a provoqué l’ire d’Erdogan, invitant sur un ton menaçant Macron à ne pas jouer avec le feu et le traitant dans un langage peu diplomatique "d’ambitieux incapable". La Turquie dispose d’une armée de terre puissante et supérieure à l’armée grecque. En revanche, dans les airs, son matériel est largement dépassé. Malgré la crise, la Grèce a acheté 18 Rafales à Dassault. Pour une livraison rapide, certains appareils seront pris sur ceux actuellement en service dans l’armée de l’air française, qui seront remplacés par de nouveaux dont la fabrication va être lancée.
Ces avions de dernière génération vont donner l’avantage du ciel à Athènes,
tandis qu’Ankara négocie l’achat de nouveaux avions avec Moscou.
’Le peuple turc est un grand peuple qui mérite autre chose" a déclaré
Emmanuel Macron, allusion directe aux actions du gouvernement turc.
Pas vraiment de quoi "rabibocher" les positions des "parties"... La querelle va bien au-delà des intérêts gaziers de la Grèce et de la Turquie : c’est l’influence de cette dernière sur la région qui est en cause, sans que "l’Occident" ait de réels moyens de pression sur Ankara depuis le retrait piteux des états-Unis décidé par Donald Trump.

Photo de Une : illustration DR

deconnecte