6 mars 2026
L’association Une Voix pour Elles vient au secours des femmes victimes de violences conjugales et de leur(s) enfant(s)
L’association Une Voix pour Elles vient au secours des femmes victimes de violences conjugales et de leur(s) enfant(s). Elle leur fournit une assistance matérielle et logistique afin qu’elles puissent quitter leur domicile.
« Tu n’es pas seule » : c’est le message d’Une Voix pour Elles pour dénoncer les violences et pour inciter les femmes à agir.
Tout a commencé en 2019 dans un petit local. La cofondatrice de l’association, Loëtitia Mas, y confectionnait des kits d’hygiène pour les hôtels secours et les foyers. En 2020, pendant la période du Covid-19, les membres de l’association ont pu constater sur le terrain une augmentation des demandes d’aide : de nombreuses femmes sollicitaient un accompagnement pour récupérer leurs affaires personnelles et leurs meubles, faute de moyens logistiques et afin d’éviter de devoir retourner à leur domicile. C’est dans ce contexte que l’association a renforcé ses actions : préparation et distribution de kits d’hygiène et organisation de déménagements d’urgence pour mettre les victimes à l’abri. « C’est primordial d’être là quand elles ont décidé de partir parce qu’il est très difficile de prendre cette décision. Il faut savoir que sept allers-retours sont parfois nécessaires avant le départ définitif quand il a lieu. Au début, nous utilisions nos propres moyens pour les déménager », explique Peggy Lefebvre, présidente de l’association.
« Nous agissons suite à une prescription délivrée par un organisme associatif ou une assistante sociale. Nous déclenchons le processus soit pour un déménagement d’urgence pour un nouveau logement soit pour un entreposage gratuit des meubles dans un box. Même si on doit garder les meubles huit mois on n’abandonnera pas la bénéficiaire tant qu’elle n’aura pas trouvé un logement définitif », détaille Peggy Lefebvre. Une Voix pour Elles (UVPE) a déjà procédé à plus d’un millier de déménagements, distribué près de 14 000 kits et accompagné 1 819 bénéficiaires. « Le chemin est très long avant qu’une femme décide de partir car elles sont souvent isolées et ont tout perdu. Nos coordinateurs suivent un protocole précis : ils recueillent les informations essentielles en amont et déterminent le moment le plus sûr pour intervenir. Un questionnaire type permet de cadrer l’intervention, de sécuriser l’équipe et surtout de protéger la bénéficiaire », poursuit Peggy Lefebvre. Un savoir-faire que l’association est en train d’essaimer au niveau national.
L’association a bien grandi depuis ses débuts : à Nice, UVPE compte désormais trois salariés, deux volontaires en service civique et près de 80 bénévoles dans les Alpes-Maritimes. Un partenariat avec le Secours populaire lui permet de disposer d’une partie de ses locaux pour la ressourcerie et le stockage des dons (mobilier, vêtements, produits d’hygiène). L’association a ouvert une antenne à Marseille et intervient dans une bonne partie de la région Sud. En 2025, UVPE, soutenue par La Fondation des Femmes, a été lauréate de « La France s’engage », une distinction qui lui permet de bénéficier, pendant trois ans, de moyens humains et financiers dédiés au déploiement de son modèle à plus grande échelle, en proposant des outils de formation et des guides pratiques pour permettre à d’autres structures de répliquer le protocole. Le réseau « Elles déménagent » s’étend maintenant sur dix nouveaux départements et va continuer de s’étoffer. La présidente s’étonne encore : « Nous avons commencé dans un petit local et maintenant cela devient un réseau national. Mais même si on grossit, l’esprit famille demeure. La priorité, c’est la cause : porter la voix des femmes avant tout. Chaque décision est prise en pensant aux victimes. On a fait un sacré bout de chemin mais on a toujours besoin d’argent, de dons et de bénévoles. »
Pendant 12 ans, Audrey a subi des violences psychologiques, physiques et économiques jusqu’au jour où son conjoint est parti, la laissant sans ressources, elle et leurs enfants. Une Voix pour Elles lui a fourni l’aide et la force nécessaires pour se mettre à l’abri.
« En 2023, mon ex-mari est parti du jour au lendemain. C’était une fois de plus : il nous laissait régulièrement pendant deux ou trois jours, il attendait qu’on soit sans ressources alimentaires et il partait avec tous les moyens de paiement allant même jusqu’à les bloquer sur mon téléphone. Plusieurs fois, je me suis retrouvée au supermarché à la caisse à ne pas pouvoir payer les courses… Il a, au fil des années, établi un climat permanent de tension, de peur et un contrôle sur moi et les enfants. Quand nous nous sommes rencontrés, il était gentil avec mes trois garçons (issus d’une première union ; le couple a eu deux enfants par la suite, NDLR), attentionné, présent, protecteur envers la famille. Je me sentais valorisée, aimée. Puis la relation s’est dégradée. J’étais professeur avec un salaire fixe, lui ne travaillait pas et ne percevait que des revenus aléatoires mais il était très dépensier. Il a commencé à vouloir régenter ma façon de dépenser l’argent. Au début, ce sont de petites remarques déguisées en conseils : tu ne devrais pas acheter ça, cela risquerait de nous mettre en difficulté. La violence s’est installée progressivement, insidieusement. Viennent ensuite les reproches présentés comme de l’inquiétude. Puis après cela, des exigences pour tout contrôler : mes fréquentations, mes horaires, mes activités, mes choix, mes relations avec ma famille. On finit par se disputer avec ses proches parce qu’on a des œillères et que la pression est trop forte. Au fond de soi, on sait que ce n’est pas normal, mais ça bascule et on ne s’en rend pas compte, on finit par tout accepter, ça glisse tout doucement vers une relation d’emprise. En fait je m’accrochais à une idée de lui, de celui qu’il était avant. On espère toujours que les choses vont changer.
Le tournant c’est quand cela touche les enfants, qu’il y a de la violence morale, verbale et physique. J’ai commencé à lui dire que j’allais partir car je n’en pouvais plus. Mais il continuait à me fragiliser, à nous garder dans ce climat d’intimidation permanente qui m’affaiblissait. J’étais dans un état d’épuisement psychologique car il réussissait à me faire croire que c’était de ma faute. Il parvenait toujours à retourner la situation contre moi et les enfants. Il y a eu des violences physiques, des menaces répétées, il a essayé de me pousser au suicide. Pendant le Covid, cela a été très dur, il s’acharnait contre mon plus jeune fils et lui disait que s’il parlait, il m’étranglerait. Par la suite je suis allée voir la police mais elle n’a pas pris en compte mes dépôts de plaintes disant qu’elles n’étaient pas recevables faute de preuves visibles. C’est la double peine de ne pas être reconnue comme victime parce que cela ne se voit pas. Quand il est parti en 2023, il a vidé le frigo. Comment peut-on faire ça vis-à-vis de ses propres enfants ? Il m’a laissée avec des dettes et des crédits, il a pris les disques durs avec les photos des enfants, de mes souvenirs. Je devais demander de l’aide, j’avais des enfants à nourrir et pas de travail car il m’avait interdit de travailler. On a honte de devoir demander mais pour survivre, j’ai récupéré des colis alimentaires. Je ne pouvais plus payer mon loyer, j’ai été sous le coup d’une procédure d’expulsion et c’est dans ce contexte que j’ai connu l’association Une Voix pour Elles : j’ai été écoutée sans jugement et avec respect dès le premier contact.
Et très rapidement les bénévoles sont venus à la maison avec des kits alimentaires et d’hygiène pour moi et les enfants. Dans ce kit, il y avait des produits de beauté. Ce qui peut paraître secondaire mais cela nous rappelle que malgré les épreuves endurées, nous avons le droit de prendre soin de nous. Ce n’était pas qu’une aide matérielle, j’ai eu l’impression de retrouver ma dignité. Après, il y a eu le déménagement et là encore ils étaient présents, ils se mobilisent, ils vous écoutent, ils sont discrets et profondément investis. L’association gère l’urgence mais continue à être présente par la suite. Elle a permis à quelques familles de se retrouver pour une semaine de répit dans la nature afin de faire une pause loin des tensions. Pouvoir rencontrer d’autres femmes permet de prendre conscience qu’on n’est pas seule. On a partagé des moments simples pour oublier un peu notre quotidien. L’association nous apporte dans la durée et nous permet de reprendre notre respiration. »
Marine Einaudi