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Collectif Droits des femmes Alpes-Maritimes : « Quand les femmes s’arrêtent, tout s’arrête »

Le collectif Droits des femmes Alpes-Maritimes appelle à une grève féministe du travail, des tâches domestiques et de la consommation pour rappeler que « quand les femmes s’arrêtent, tout s’arrête ». Entretien avec deux de ses membres, Florence Ciaravola et Ariane Kuttel.

Le Haut Conseil à l’Égalité entre les femmes et les hommes vient de publier un rapport sur l’état des lieux du sexisme en France consacré à la menace masculiniste.


 Le masculinisme est un mouvement réactionnaire qui prône un retour à des rôles genrés traditionnels et qui refuse l’égalité homme/femme. Il se répand par le biais des réseaux sociaux. Il faut savoir que 66 % des jeunes hommes, entre 18 et 34 ans, sont capables de citer le nom d’un influenceur masculiniste. Cela commence par des discours de coaching d’aide à la séduction, des conseils de musculation et puis le contenu se radicalise de plus en plus pour en venir à la haine des femmes, des féministes, à proposer un modèle de domination masculine et de société hiérarchisée. En 20 minutes, un jeune peut être exposé à des contenus masculinistes. Les cibles sont prioritairement des hommes jeunes en situation de mal être et qui finalement transforment leur fragilité relationnelle en haine des femmes et des féministes. Nous demandons un renforcement des contrôles et de l’encadrement des réseaux sociaux et des influenceurs.

Courtesy Collectif Droit des femmes des Alpes Maritimes ©DR

Comment lutter plus largement contre toutes les formes d’inégalités entre les femmes et les hommes ?

 Notre but c’est de débinariser le monde, d’être moins dans une opposition masculin/féminin. Cela passe par l’éducation. Il y a les EVARS qui sont en place (Éducation à la vie affective et relationnelle, et à la sexualité ; programme de l’Éducation nationale au collège et au lycée, NDLR) mais il ne faut pas que ce soit juste des séances de temps en temps, il faut instaurer une ambiance égalitaire au quotidien, par exemple quand on s’adresse aux enfants, employer un vocabulaire égalitaire, « bonjour à toutes et à tous », respecter une équité dans la prise de parole entre les garçons et les filles. Il faut former le personnel enseignant mais aussi des crèches. Il faudrait aussi se diriger vers une littérature de jeunesse avec une écriture et des personnages plus égalitaires et qui casse les stéréotypes, penser l’aménagement des cours d’école, des crèches comme des espaces non genrés et, à une plus grande échelle, revoir l’aménagement des villes.

Courtesy Collectif Droit des femmes des Alpes Maritimes ©DR

Justement quel genre d’aménagement urbain égalitaire pourrait être envisagé ?

 C’est une vraie volonté politique. Par exemple, des villes comme Lyon, Bordeaux, Grenoble, Nantes ont une approche un peu plus genrée du budget. Des études ont montré que certains choix d’investissement peuvent contribuer à faire perdurer les inégalités : dans les dépenses sportives et culturelles, on constate que 75 % le sont en direction des hommes mais on peut changer les choses. En Suède, Umeå est une ville qui depuis 30 ans mène une politique féministe. Elle a modifié ses aménagements urbains pour que les femmes se sentent en sécurité le soir. Au niveau sportif l’équipe de foot féminine a autant de créneaux pour s’entraîner que les hommes. À Umeå, pas de statue de roi ou de général mais une statue représentant le mouvement #MeToo. À Nice, la plupart des statues érigées le sont souvent à la gloire des hommes, avec parfois à leurs pieds des femmes. Il faut savoir aussi qu’en France seulement 4 % des rues portent le nom d’une femme célèbre.

À gauche Florence et à droite Ariane, entourées d’un membre du collectif, soutenant Genevière Legay ©DR
Marche et village féministe le 8 mars

Le collectif Droit des femmes 06 organisera le 8 mars une marche au départ de la gare centrale de Nice, à 14h, jusqu’au Vieux-Nice. Un village féministe sera installé place du Palais de Justice : les associations, les syndicats et les mouvements politiques, membres du collectif y animeront des stands pour aborder des thèmes comme le masculinisme, les violences sexuelles et sexistes, l’éducation, le travail et les salaires.
14 h - Départ Manifestation Gare Centrale - Nice
16 h - Village féministe à l’arrivée de la manifestation - Stands et animations
Place du Palais de Justice - Nice

En 2025, 117 faits graves de violence envers les femmes ont été commis à Nice, ce qui équivaut à 1 tous les 3 jours. Les Alpes-Maritimes restent un des départements les plus touchés par ce fléau.

 Il faut prendre l’exemple de l’Espagne qui a adopté une loi cadre en 2004. Quand on arrive dans certaines villes espagnoles, il y a des panneaux qui indiquent «  Ville qui lutte contre les violences faites aux femmes  ». Partout, il y a des rappels de cette politique : aux abris-bus il y a les numéros d’urgence, beaucoup de brochures sont distribuées, ce qui crée une ambiance de prise en compte des violences sexistes et sexuelles et qui fait qu’on sait quel comportement adopter quand on est victime ou quand on est témoin. Nous demandons une loi cadre intégrale contre les violences sexistes et sexuelles, dotée d’un budget de trois milliards.

Selon l’INSEE, les femmes gagnent encore en moyenne 22 % de moins que les hommes. Que signifie le terme de plancher collant ?

 Les femmes occupent souvent des postes moins considérés, moins rémunérés que les hommes et elles sont souvent bloquées à des positions moins élevées, d’où l’expression de plancher collant. Elles assument les tâches domestiques, la charge des enfants et, plus tard, celle des personnes dépendantes. Autant de raisons qui les bloquent dans leur carrière. C’est pour cela qu’il faut renforcer les services publics et qu’il faut appliquer la directive européenne sur la transparence salariale : même rémunération pour un travail de valeur égale.

Propos recueillis par Marine EINAUDI

Courtesy Collectif Droit des femmes des Alpes Maritimes ©DR

Photo de Une : courtesy Collectif Droit des femmes des Alpes Maritimes ©DR