17 juillet 2026
Saint-Vallier-de-Thiey a été choisie, en avril 2021, pour faire partie du programme Petites Villes de Demain
Saint-Vallier-de-Thiey a été choisie, en avril 2021, pour faire partie du programme Petites Villes de Demain piloté par l’ANCT (Agence nationale de la cohésion des territoires). 1 600 communes en France sont inscrites, dont 5 dans le département. Quelles sont les actions concrètes que le bourg a pu mener grâce à ce dispositif ?
Sur la route Napoléon, à Saint-Vallier-de-Thiey, au cœur de l’été, la vie semble s’écouler paisiblement au son des cigales et à l’ombre des petites rues ombragées du centre historique : la carte postale s’étire… Et pourtant, ici, on ne se laisse pas vivre et on ne se repose pas sur les seuls atouts de jolie cité provençale.
Depuis longtemps, Saint-Vallier s’étoffe, se construit une identité, celle de pôle de centralité secondaire du moyen et du haut pays. Saint-Vallier-de-Thiey compte 3 700 habitants mais rayonne sur un bassin de population de plus de 10 000 âmes. Jean-Marc Délia, qui débute son quatrième mandat, a rendu le secteur autonome sur plusieurs points : « Lors de mes deux premiers mandats, on a réalisé les gros équipements pour asseoir la commune : la Maison de santé, le Centre culturel, une salle de spectacle, la médiathèque. En 2021, avec l’arrivée de Valérie, on a pu passer à une politique plus engagée, plus globale. » Valérie Bandecchi arrive donc en 2021 en tant que cheffe de projet « Petites Villes de Demain » : « C’est un programme de revitalisation global, l’objectif est de déclencher tous les axes de travail conjointement et non pas de prendre les dossiers, thématique par thématique. Il n’y a pas de financement spécifique, ce qui est financé par l’État à 75 %, c’est mon poste. » Et c’est de la vision de Valérie dont la commune avait besoin. « Le dispositif nous a apporté l’ingénierie qui nous manquait. Avec Valérie, on s’est posé, on a pu mettre en place un plan guide et s’y tenir. Le poste de cheffe de projet est la clé, le levier de cette politique. Elle assure l’animation tout au long du dispositif entre les élus et les différents partenaires financiers. Ce qui est compliqué pour une petite commune, c’est de connaître les différents acteurs qui peuvent intervenir en support ; je dis souvent que c’est quand même le "maquis" pour savoir qui peut financer quoi. Valérie évalue d’abord nos besoins et après on va chercher les moyens en fonction. »
L’idée de PVD (Petites Villes de Demain) est donc de travailler de concert sur toutes les thématiques identifiées sur la feuille de route de départ, qui n’est jamais figée. Depuis 2021, 40 actions ont été mises en œuvre, 38 sont déjà réalisées. Habitat, transition énergétique, commerce de proximité, alimentation : depuis 5 ans, tout est passé au crible.
La crainte de la paupérisation du centre historique, des logements vacants qui se dégradent ont été les points noirs qui ont tout de suite mobilisé les énergies : « Le maire a mis en place une politique de préemption de façon à surveiller les ventes pour les faire acheter par la commune et les rénover. Ensuite, la commune les met en location, à loyer modéré. On a acquis 5 logements depuis 2021, on en a déjà réhabilité 3… Réhabiliter des logements dans les centres anciens, cela coûte 7 000 euros du m². C’est bien là que le programme est utile car, pour un particulier, ce genre d’opération n’est pas rentable. C’est la force de la puissance publique et du dispositif PVD, sinon cela ne peut jamais se faire. » Dans le même temps, la construction de dix logements est lancée et le bailleur social en charge du programme neuf s’engage à réhabiliter deux immeubles dans le centre ancien. Tout s’imbrique et les choses avancent de manière concomitante. Le coup de pouce de la puissance publique s’applique aussi aux commerces du centre-ville. Des locaux fermés et des propriétaires qui refusaient de baisser les loyers pour faciliter l’installation d’un exploitant : « On a souhaité louer nous-mêmes pour sous-louer ensuite à des loyers plus bas pour mettre le pied à l’étrier à des commerçants qui n’auraient pas pu se lancer sans cela. Depuis, une boutique de couture a ouvert, une galerie d’art africain… Cela permet de diversifier les activités. On a pu remettre 485 m² de surfaces commerciales en activité. » détaille la cheffe de projet.
Valérie Bandecchi suit tous ces projets, elle s’informe, elle cherche les partenaires financiers pour soutenir cette revitalisation du cœur de ville.
« Rendre plus vert et plus solidaire », c’est aussi la philosophie de PVD qui appelle à travailler sur les thématiques du développement durable.
En 2023, la ministre a demandé d’ajouter un nouvel axe de travail au programme PVD : la transition énergétique. Et, une fois de plus, pour la mise en œuvre, Valérie sait s’adapter : elle expérimente et se forme pour appliquer ensuite le principe : « On a décidé de travailler sur la diminution des températures dans les écoles. On ne voulait pas nécessairement passer par la clim’. On a eu la possibilité de faire des expériences pour bien identifier nos besoins et on a intégré le projet RACINE (Recherche sur l’adaptation aux canicules à l’intérieur de nos écoles) pour travailler sur la low-tech *. Il y avait 15 écoles dans le dispositif et j’ai été formée directement à la thermique du bâtiment. J’ai appliqué les principes du bureau d’études dans nos écoles. J’ai travaillé en binôme avec l’élu à la transition énergétique. En fait, la force de PVD, elle est de nous rendre autonomes pour mettre en place les solutions. »
Dans la même veine, la commune travaille également sur l’alimentation durable avec la création d’une Maison de l’alimentation et du développement durable (MADD). « On a fait un gros travail sur l’alimentation durable parce que nos cantines sont passées Ecocert Bio, on a une parcelle agricole avec deux maraîchères, une épicerie bio… » précise le maire.
Tous les secteurs de la vie de la cité ont été passés à la loupe de PVD et la population, elle aussi, est associée à ces évolutions.
La feuille de route a toujours été soumise aux Saint-Valliérois. Des réunions publiques sont organisées pour les faire participer, pour les informer. « Ça a permis de renforcer le lien avec les citoyens. On présente régulièrement les avancées sur toutes les thématiques. » confirme Valérie Bandecchi. Et Jean-Marc Délia de poursuivre : « Lorsqu’on faisait les travaux pour la transition énergétique, on était confronté aux mêmes problèmes qu’eux en termes de recherche d’aides ; du coup, on pouvait partager les informations, les accompagner. »
Lancé à l’automne 2020 pour les communes de moins de 20 000 habitants, Petites Villes de Demain était pensé jusqu’à décembre 2026. Françoise Gatel, ministre de l’Aménagement du territoire et de la Décentralisation, a annoncé la poursuite du programme en 2027 mais, pour l’instant, les modalités de poursuite du dispositif et les conditions de financement des postes de chefs de projet restent à définir.
*La low-tech s’inscrit dans une réflexion sur la technologie pour développer une innovation utile, accessible et durable.
Marine Einaudi