Pierre Ippolito : « Dans la métropole Nice Côte d’Azur, 100 hectares de terres vont être réservés aux entreprises »
- Par Olivia Oreggia --
- le 15 septembre 2026
À l’occasion de la Rentrée des Entrepreneurs qui se tenait au Hub de l’innovation ce 15 septembre, Pierre Ippolito a fait le point sur les projets économiques engagés.
Pour celui qui est désormais vice-président de la Métropole de Nice et adjoint au maire délégué aux entreprises, les priorités se déclinent de la croissance à l’emploi en passant par le logement des actifs, l’un de ses chevaux de bataille de longue date, ou encore les ICC, les industries culturelles et créatives.
En ouverture de la Rentrée des Entrepreneurs, vous avez annoncé que 100 hectares allaient être réservés aux entreprises de la métropole Nice Côte d’Azur. Où avez-vous trouvé tout ce foncier ?
– Pierre Ippolito : Courant octobre, nous devrions pouvoir présenter l’étude pilotée par les équipes de la métropole, avec tous les partenaires qui y ont participé. Nous détaillerons ces 100 hectares, selon leur cible, par typologie, par segment économique.
À Nice, il reste des terres, il y en a aussi à Saint-Laurent, bien évidemment autour de la Vallée mais également à l’est. Il ne s’agit pas de 100 hectares créés, j’aimerais bien, mais ce n’est pas le cas., il n’y en entre 30 et 40 créés. C’est beaucoup pour notre territoire mais ce n’est rien pour un territoire comme la métropole.
L’ambition est que ces terres soient réservées à nos entreprises, dédiées à l’économie, à l’industrie, à l’artisanat. Il y aura de nouvelles zones et d’autres existantes qu’il faudra densifier avec plus d’optimisation, afin qu’il y ait plus d’entreprises et d’emplois au mètre carré. Je pense notamment à Carros.
Une fois ces zones identifiées, il faudra encore accompagner les entreprises et simplifier le processus…
– La modification du PLUm (Plan Local d’Urbanisme métropolitain, ndlr) est en cours. Le nouveau devrait sortir en 2028.
Après, on travaillera notamment dans la plaine du Var avec l’EPA et les services de l’État pour sanctuariser des zones pour les entreprises, comme on le fera pour l’agriculture ou pour le logement des actifs.
Vous pensez également pouvoir trouver du foncier pour loger les actifs ?
– Plutôt que de prioriser des tours diverses et variées, oui. On peut peut-être réfléchir avec les entreprises sur le logement saisonnier, le logement des actifs. Nous avons des réunions prévues avec l’UPE06. Le club ETI s’est dit intéressé aussi. J’ai bon espoir.
Il y aura donc des actions dès 2027 sur ce sujet ?
– Oui, et des expérimentations. Je pense qu’il faut co-construire et être très factuel sur des expérimentations locales qui ne dépendent que du local, sur des opérations très concrètes qui ne vont pas changer le monde, mais qui vont montrer qu’on peut démarrer sur le territoire d’une métropole, des choses qui vont dans le bon sens, et qui aboutiront peut-être ensuite à un process industriel au niveau national. Mais on ne va pas attendre que le process industriel arrive.
Il faut fédérer tous ceux qui ont envie de créer localement, qui restent sur le territoire et ne veulent pas en partir.
Pour autant, vous avez souligné l’importance de « l’investissement privé pour les privés »…
– Oui, il y a une vraie responsabilité du privé pour créer aussi cet écosystème favorable. L’argent public doit être plutôt destiné à l’intérêt général et l’intérêt privé doit nourrir le privé. Quand un client et un fournisseur sont deux privés, ça marche très bien, ils s’auto-alimentent et créent une chaîne de valeurs intéressante.
Si on dépend trop de la dépense publique, c’est fragile, d’autant que les finances des collectivités se réduisent.
Nous devons faire en sorte de substituer l’argent public par de l’argent privé. Je pense à des exemples comme Haliotis ou Arianeo, qui sont des investissements portés par le privé qui font ruisseler l’argent dans toute l’économie privée.
« Le but est de créer ce terreau fertile, un environnement favorable pour les entrepreneurs. »
Vous avez fait annonce un autre objectif ce matin, celui de créer 30 000 emplois d’ici 2040 dans la métropole. Sur quoi comptez-vous pour y parvenir ?
– En accompagnant les entreprises déjà présentes à se développer et en attirant de nouvelles entreprises, on crée de l’emploi. Le but de la Métropole et d’Éric Ciotti est de créer ce terreau fertile, un environnement favorable pour les entrepreneurs. 30 000 emplois à 2040, c’est ambitieux mais tout à fait réaliste. Si on arrive à créer 500 à 1 000 emplois dans les années difficiles, ce sera un bon levier. Et dans les bonnes années, 3 000 à 5 000 emplois.
Pour ce faire, il faut donc aussi doper l’attractivité. Que proposez-vous ?
– Je crois beaucoup aux écosystèmes : l’écosystème de l’industrie, celui du tourisme, celui de la santé ou des ICC, les industries culturelles et créatives.
Grasse l’a très bien fait sur les arômes et parfums. Aujourd’hui, si vous avez une activité dans les arômes et parfums, vous vous devez d’avoir un site à Grasse. Nous, il faut qu’on fasse la même chose dans les écosystèmes qui nous paraissent stratégiques et qui méritent d’être agrandis. Ce peut-être dans la santé où nous avons des locomotives comme Virbac, Arkopharma ou Horus Pharma.
« C’est la Côte d’Azur qui doit primer dans l’intérêt de chacun des territoires. »
Vous avez aussi parlé d’un secteur encore peu ou mal connu, celui des ICC. Quels sont vos objectifs pour ces industries créatives et culturelles ?
– Les ICC seront notre grand cheval de bataille de l’année prochaine. Nous investirons massivement dessus car nous avons un écosystème favorable. On connaît tous les studios de la Victorine, un site emblématique et à fort potentiel, mais nous avons aussi Isart, la première école de jeux vidéo, implantée au Hub de l’innovation, ou encore de l’événementiel.
Nous accueillons par exemple LEC (la plus haute ligue professionnelle européenne du jeu vidéo League of Legend du 18 au 20 septembre 2026, NDLR) et EVO (l’Evolution Championship Series, le plus grand tournoi de jeu vidéo de combat au monde, du 9 au 11 octobre 2026, ndlr) qui sont deux gros événements équivalents à des grands événements sportifs puisqu’ils attirent des dizaines de milliers de spectateurs sur le territoire.
Et puis nous avons Cannes avec qui nous allons pouvoir désormais rediscuter et travailler. Les liens sont resserrés dans l’ensemble du département : notre territoire, c’est la métropole évidemment, mais elle fait partie de la Côte d’Azur et c’est la Côte d’Azur qui doit primer dans l’intérêt de chacun des territoires.
Nous allons aussi travailler avec Sophia Antipolis et la Fondation sur l’attractivité, la complémentarité des entreprises entre l’Ouest et l’Est, pour qu’il n’y ait plus cette concurrence interdépartementale qui n’a pas de sens et qui a détruit de la valeur ces dernières années. J’aimerais ainsi que Team Côte d’Azur soit membre de la Fondation Sophia Antipolis, et inversement.
Je pense qu’il faut travailler une marque territoriale au-delà de nos territoires géographiques, avec Cannes, avec Grasse, avec Menton.
Dans un sondage récent du Medef, il ressort que 40% des entrepreneurs ne conseilleraient pas aujourd’hui à des jeunes d’entreprendre, ce qui est un indicateur à la fois terrible et compréhensible dans la conjoncture actuelle. Pour autant, cette édition 2026 de la Rentrée des Entrepreneurs a attiré un record de 700 inscrits. L’entrepreneuriat séduit toujours selon vous ?
– Je pense déjà qu’à Nice, on a plus d’envie et plus de résilience que dans le reste de la France, ça c’est certain. Néanmoins, cet élément du sondage est un indicateur catastrophique, car si les entrepreneurs eux-mêmes ne croient plus au monde de l’entrepreneuriat, c’est un vrai problème. Mais on aurait peut-être dû leur poser la question « Et si c’était à refaire, le referiez-vous ? » Je pense qu’ils répondraient oui.
Même dans la conjoncture actuelle ?
– Même aujourd’hui, je suis convaincu. Il y a un message qui est important, c’est l’espérance, il faut avoir l’espoir. Quand il croit en l’avenir, un entrepreneur ose.

