Tetou : Comment une institution centenaire de la Côte d’Azur relance son activité après huit ans d’interruption
- Par Valérie Noriega --
- le 24 juin 2026
Implanté depuis plus d’un siècle sur le domaine maritime, le restaurant n’a pas échappé aux contraintes liées à l’application de la loi Littoral, qui encadre strictement les constructions et occupations du bord de mer. Cette décision avait mis un terme à l’activité d’une adresse emblématique de la Côte d’Azur, fréquentée pendant plusieurs générations et devenue l’une des références gastronomiques de la Riviera. Huit ans après la fermeture de son établissement historique de Golfe-Juan, le restaurant Tetou a fait son retour à Cannes. Histoire d’une renaissance.
L’institution, fondée en 1917 par le pêcheur Ernest Cirio, dit « Tetou », renaît sur la Pointe Croisette à Cannes sous l’impulsion de Pierre-Jacques Marquise, arrière-petit-fils du fondateur, et de son fils Paul-Loup, représentant de la cinquième génération familiale.
Cette réouverture met un terme à une parenthèse ouverte en 2018, lorsque la maison avait été contrainte de cesser son activité à Golfe-Juan en raison des contraintes liées à la loi Littoral. Une fermeture qui avait marqué la disparition d’une des adresses emblématiques de la Riviera française, réputée pour sa bouillabaisse et son histoire intimement liée au développement touristique de la Côte d’Azur.
Une saga familiale vieille de plus d’un siècle
L’histoire de Tetou débute en 1917 lorsque Ernest Cirio, ancien marin devenu pêcheur, ouvre une modeste cabane sur la plage de Golfe-Juan. Il y sert les poissons de sa pêche du jour et une soupe de poissons dont la recette contribuera à la renommée de l’établissement.
Après son décès en 1940 et les destructions de la Seconde Guerre mondiale, sa fille Estelle Prins reconstruit le restaurant. La réouverture coïncide avec la naissance du Festival de Cannes en 1946, inscrivant durablement l’établissement dans l’histoire de la Riviera.
Au fil des décennies, Tetou devient une adresse prisée d’une clientèle internationale. Artistes, chefs d’État, industriels et grandes familles européennes s’y succèdent, participant au rayonnement de cette maison familiale au-delà des frontières françaises.
Préserver une marque patrimoniale
Après la fermeture du site historique, Pierre-Jacques Marquise a consacré plusieurs années à rechercher un nouvel emplacement capable de préserver l’identité de l’enseigne. L’opportunité se présente avec la reprise de l’ancien restaurant L’Écrin, situé près du port Canto, à l’extrémité est de la Croisette.
L’objectif affiché est celui de la continuité. L’établissement conserve ses codes historiques : le célèbre auvent rayé bleu et blanc, la vaisselle d’origine récupérée à Golfe-Juan, une partie des équipes historiques et surtout la recette de la bouillabaisse transmise depuis plusieurs générations.
« L’adresse change, mais l’âme du lieu demeure », résume la famille.
Miser sur la tradition tout en modernisant l’offre
Le nouveau Tetou dispose d’une terrasse d’environ 70 places et d’un espace de plage aménagé face aux îles de Lérins. Si les grands classiques de la maison demeurent au centre de l’offre (bouillabaisse, langoustes, poissons de Méditerranée et desserts traditionnels) quelques évolutions ont été apportées avec l’ajout d’un bar à cocktails et d’une offre élargie pour le déjeuner.
L’établissement continue par ailleurs de s’approvisionner auprès de pêcheurs méditerranéens et met en avant les producteurs régionaux, notamment pour sa carte des vins largement tournée vers la Provence.
Une nouvelle étape pour la cinquième génération
Avec l’arrivée de Paul-Loup Marquise aux côtés de son père, cette réouverture marque également une nouvelle étape dans la transmission familiale. Plus d’un siècle après sa création, Tetou demeure une entreprise indépendante dont la stratégie repose sur la valorisation de son patrimoine et de son ancrage local.
Dans une destination où les ouvertures de concepts éphémères se multiplient, la renaissance de Tetou illustre une autre tendance du secteur : celle du retour des maisons historiques et des marques patrimoniales, devenues des actifs à part entière dans l’économie du tourisme haut de gamme.
La loi Littoral : un cadre strict pour l’aménagement du littoral
Adoptée en 1986, la loi Littoral est une législation française visant à protéger les espaces côtiers contre l’urbanisation excessive et la dégradation environnementale. Elle s’applique à toutes les communes riveraines de la mer, des estuaires et de certains grands lacs.
Son objectif principal est de concilier développement économique, accès du public au littoral et préservation des espaces naturels. Pour cela, elle impose plusieurs règles strictes :
– L’urbanisation doit se faire en continuité des zones déjà urbanisées (principe de continuité de l’urbanisation).
– Les constructions sont fortement limitées dans les espaces proches du rivage.
– Les espaces naturels remarquables doivent être protégés et, dans de nombreux cas, rester inconstructibles.
– Le libre accès du public au littoral doit être garanti, notamment via des servitudes de passage.
Dans la pratique, cette loi peut entraîner des contraintes importantes pour certains projets ou établissements déjà existants. Des bâtiments ou activités considérés comme non conformes peuvent se voir refuser toute extension, régularisation ou parfois devoir cesser leur activité, lorsque aucune solution d’adaptation n’est possible.
1917 : création de Tetou à Golfe-Juan ;
1946 : reconstruction du restaurant après la guerre ;
1996 : Pierre-Jacques Marquise prend la direction de l’établissement ;
2018 : fermeture du site historique ;
2026 : réouverture à Cannes, sur la Pointe Croisette.