AFJE - Nathalie dubois :

AFJE - Nathalie dubois : « Mon sens du collectif est le premier axe de mon mandat »

Depuis le 20 mai dernier, Nathalie Dubois est la nouvelle présidente de l’AFJE (Association française des juristes d’entreprise). Elle a succédé à Jean-Philippe Gille, désormais président d’honneur.

General Counsel du groupe Fnac Darty, Nathalie Dubois a longtemps travaillé dans le secteur des médias (TF1 et M6). Durant son mandat, elle s’est fixé plusieurs objectifs, comme notamment donner plus de visibilité au métier de juriste d’entreprise et accompagner les transformations de la profession, en particulier avec l’émergence de l’Intelligence artificielle.

Le métier de juriste manque encore de visibilité selon vous, de quelle manière l’association peut-elle agir pour y remédier ?

©AFJE


 Le métier de juriste reste un métier de l’ombre et c’est précisément ce que nous voulons changer. Dans les fictions, dans les médias, on voit essentiellement des avocats, procureurs, magistrats. Tout l’enjeu de l’AFJE est de mieux le faire connaître. Notamment auprès des étudiants en droit, afin qu’ils puissent s’y intéresser le plus tôt possible dans leur cursus, nous avons un réseau d’ambassadeurs à l’université : des bénévoles qui ont pour mission d’aller dans les amphis, en accueillant les étudiants en début de cursus. Par exemple, je suis allée présenter le métier de juriste d’entreprise à un amphi de Licence 2 à l’école de droit de la Sorbonne, et surtout répondre à leurs questions. Cela permet de commencer à instiller une connaissance du métier au début du cheminement.
Il y a un deuxième enjeu : faire mieux connaître le métier de juriste d’entreprise aux autres professions du droit. Et pour cela, nous nous appuyons sur un rendez-vous important : le Grenelle du droit(1), un espace de dialogue et d’interaction entre tous les métiers du droit. Nous avons l’ambition de développer ce rendez-vous en régions, de faire en sorte que cet écosystème juridique connaisse mieux le métier de juriste d’entreprise.
Enfin, la troisième dimension, c’est de mieux faire connaître notre profession auprès des autres métiers de l’entreprise que sont, par exemple, les directions des achats, les financiers, les RH, les directions RSE, en s’ouvrant aux autres associations professionnelles car du niveau de culture juridique des métiers de l’entreprise dépend la mission du juriste qui sera plus ou moins facile et plus ou moins gratifiante.
Un autre axe d’action est celui d’intervenir dans les formations initiales de ceux qui deviendront nos collègues : à Sciences Po, HEC, dans les écoles d’ingénieurs afin d’acculturer les futurs cadres dirigeants à la place du droit dans le monde économique et au rôle des juristes d’entreprise.

Un autre grand enjeu de votre mandat : les questions sociétales et notamment celle de l’IA. Comment accompagner cette mutation ?

 L’intelligence artificielle rebat les cartes, c’est une évidence. Nous avons créé un groupe scientifique pour relever le nez du guidon, regarder avec plus de hauteur les grandes évolutions, et travailler sur la stratégie et la formation, notamment sur la façon d’intégrer l’IA dans nos process : ce qui relève de l’humain, ce qui relève de l’outil, et comment on garde la maîtrise du contrôle. Car tout le monde n’est pas logé à la même enseigne dans les différentes entreprises. Au niveau de nos délégations régionales, nous avons vocation à venir apporter de l’information, des espaces pour poser des questions et pour rencontrer des juristes d’entreprise spécialistes. C’est tout l’enjeu : permettre de faire du networking et casser la solitude dans laquelle peuvent se trouver certains juristes dans leur propre entreprise. Quand j’ai adhéré à l’AFJE c’était dans ce but
aussi : ne pas rester seul car on est toujours plus fort ensemble. C’est tout le sens du premier axe : dans le collectif se joue l’intelligence collective et l’intelligence artificielle a, plus que tout, besoin de collectif humain.

Comment les directions juridiques peuvent-elles prendre part aux enjeux ESG-RSE ?

 Les juristes sont encore peu présents sur ces questions alors même que nous avons basculé d’une logique de soft law (engagement volontaire) à une hard law avec des règles de plus en plus contraignantes. Prendre la parole sur l’ESG-RSE est une nécessité pour dépasser la simple compliance, car les enjeux sont très différents d’un secteur d’activité à un autre, d’une taille d’entreprise à une autre. J’ai d’ailleurs commencé à structurer le sujet pour pouvoir le présenter lors de nos différents évènements. Il va falloir s’ouvrir aux directions RSE qui ont besoin des juristes, qui n’ont pas toujours été formés sur le sujet. Il y a donc une nécessité d’acculturation et d’ouverture qui pourra s’appuyer sur le partenariat avec l’ORSE (Observatoire de la responsabilité sociétale des entreprises) et un travail avec les autres associations. Car cela touche toutes les fonctions de l’entreprise. C’est un sujet transversal dont le juriste d’entreprise doit s’emparer. La RSE, c’est l’affaire de tous, l’enjeu est bien de transversaliser cette question pour que chacun se pose la question de la RSE dans sa fonction.

Autre enjeu : la géopolitique, un élément important de l’évolution de la profession de juriste d’entreprise avec le nombre croissant de crises, de conflits…

 En effet, les juristes sont aux premières loges notamment sur l’exécution des contrats. C’est un message que nous devons marteler pour que les juristes s’intéressent et comprennent qu’il va falloir avoir une approche des contrats qui intègre de plus en plus ces enjeux. Je pense notamment aux lois applicables, aux attributions de compétences, à des clauses de plus en plus stratégiques comme le hardship, en somme la capacité d’adapter les contrats quand le monde change, quand il y a une crise et quand l’exécution du contrat devient compliquée. Là encore, l’AFJE est là pour accompagner et former les juristes face à ces risques croissants.

Propos recueillis par Marine EINAUDI
(1) La 7e édition du Grenelle du droit se déroulera le 19 octobre 2026 à Paris 1 Panthéon-Sorbonne.

Photo de une ©AFJE