Au TJ de Nice, fermeté et

Au TJ de Nice, fermeté et refus de l’impunité

À Nice, les chiffres présentés, quelques heures avant l’audience de Grasse, illustrent toute la fermeté de la politique pénale.

Le procureur de la République a d’abord fait un état des lieux des ressources humaines de la juridiction : 51 magistrats du siège et 17 du parquet. Les moyens restent insuffisants même si deux nouveaux magistrats viendront renforcer les effectifs d’ici à 2027. Des postes restent à pourvoir au greffe ou chez les agents administratifs. En cause notamment le manque d’attractivité de la région en raison du coût de la vie. « Les besoins restent importants, nous partons de loin et restons loin des standards européens. Aligné sur ces derniers, l’effectif du parquet de Nice serait multiplié par 3 ou 4. Il m’arrive d’en rêver la nuit... Mais nous sommes dans la bonne direction. »


Damien Martinelli ©ME

Damien Martinelli tient à rester optimiste notamment au regard du travail accompli en 2025 : 11 000 réponses pénales ont été apportées soit une hausse de 10 % par rapport à 2024. Cette progression s’explique en partie par le recours encore accru aux procédures simplifiées. Une tendance forte est à prendre en compte : l’augmentation de la mise en cause des femmes dans la criminalité organisée : « En août dernier, nous sommes passés à un taux d’occupation de 159 % au quartier des femmes de la maison d’arrêt de Nice alors que pendant longtemps nous étions à 100%.  » Autre fait marquant : en augmentation de 42 %, près de 300 mineurs ont été déférés en 2025. Et sur ces 300 mineurs, 40 % sont des mineurs étrangers isolés, contre 8 % en 2021. «  Leur prise en charge dès l’arrivée sur le territoire national constitue un défi alors même qu’ils représentent une grande part de la main d’œuvre de base des réseaux de trafic de stupéfiants », a assuré Damien Martinelli.

Narcotrafic et ultra violence

« La lutte contre les stupéfiants restera une priorité centrale au cœur de notre action en 2026  », a-t-il poursuivi. Au sujet du démantèlement des réseaux il a cité l’exemple du quartier des Moulins, avec 12 points de vente en 2023 contre trois encore actifs aujourd’hui. « L’objectif de supprimer les derniers est un résultat que nous devons aux habitants de ce quartier. »
Une attention très forte se porte également sur les consommateurs. Interpelés et placés en garde à vue, ils sont pris en charge par des professionnels de l’addiction. Du côté de l’approvisionnement, Nice poursuit son étroite collaboration avec Marseille. Évoquant les récentes affaires d’ultra violence et de féminicides, le procureur a assuré que les violences faites aux femmes restaient un combat du quotidien. Il y a eu 117 faits graves, soit un tous les trois jours. Enfin, Damien Martinelli a martelé la nécessité de protéger le pacte démocratique contre toutes les atteintes à l’intégrité des valeurs de la République. Des réponses rapides et fermes continueront d’être apportées pour tous les propos qui, sur les réseaux, dans les stades, véhiculent la discrimination, la violence, la haine de l’autre, l’antisémitisme et le racisme, a-t-il indiqué.

Défiance à l’égard des juges

Pascale Dorion ©ME

La présidente, Pascale Dorion a, quant à elle, insisté sur les coups portés à la justice et aux magistrats. Elle a rappelé que dans de nombreuses audiences de rentrée il avait été question de l’État de droit et de sa fragilité. « Les menaces personnelles et violentes régulièrement proférées à l’égard des magistrats nécessitant quelquefois leur mise sous protection. A été dénoncé un prétendu gouvernement des juges. Mais les juges ne gouvernent pas, ils appliquent la loi votée par le parlement et cette loi s’applique à tous, y compris aux plus puissants, au nom du principe d’égalité.  » Et de rappeler que ces critiques ont une conséquence : une défiance croissante des citoyens à l’égard de leur justice. Il faut donc expliquer mieux les décisions de justice, se fixer des objectifs de haute performance pour restaurer la confiance. Pascale Dorion a souhaité souligner la fermeté du tribunal en 2025, à l’opposé des accusations de laxisme : 41 % de peines fermes et une hausse importante des peines de plus d’un an ferme. En 2025, le tribunal a prononcé 1 649 années d’emprisonnement contre 1 291 en 2024.

Photo de Une : ©ME