Nice : Le procureur communique sur Naruto, Safine et Kick
- Par Jean-Michel Chevalier --
- le 28 janvier 2026
Voici in-extenso le communiqué envoyé aux rédactions par le procureur de la République de Nice Damien Martinelli. Il fait le point sur le réseau Kick et ses deux costreamers Naruto et Safine.
Dans un article diffusé sur Mediapart le 15 décembre 2024, il était fait état de vidéos diffusées sur le réseau Kick, conçues par des individus surnommés Naruto et Safine présentés comme des influenceurs niçois, dans le cadre desquelles des personnes susceptibles d’être vulnérables faisaient l’objet de violences et d’humiliations parfois encouragées par des versements d’argent des spectateurs.
Après examen des éléments, le parquet de Nice diligentait le 16 décembre 2024 une enquête préliminaire, confiée au service local de police judiciaire (SLPJ) de Nice, des chefs de provocation à la haine ou à la violence en raison du handicap, violences sur personne vulnérable avec ITT inférieure à 8 jours et diffusion d’enregistrement d’images relatives à la commission d’infractions d’atteintes volontaires à l’intégrité de la personne.
Les premières investigations confirmaient des éléments présentés dans l’article du 15 décembre 2024.
Le 8 janvier 2025, le SLPJ de Nice procédait à l’interpellation et au placement en garde à vue des deux personnes susceptibles d’être mises en cause et à une perquisition du local de tournage situé à Contes dans le cadre de laquelle l’ensemble du matériel informatique et audiovisuel était saisi.
Parallèlement, les personnes apparaissant comme victimes des violences et humiliations étaient entendues.
Tant les personnes susceptibles d’être mises en cause que les victimes potentielles contestaient la commission d’infractions et indiquaient que les violences étaient simulées et s’inscrivaient dans des mises en scène scénarisées.
Les mesures de garde à vue étaient levées et l’enquête se poursuivait pour procéder notamment à l’exploitation du matériel et des vidéos saisis.
Le 18 août 2025, Raphaël GRAVEN décédait à l’occasion d’un enregistrement live dans le studio de Contes. Une enquête en recherches des causes de la mort était ouverte pour préciser les causes et les circonstances du décès.
L’autopsie réalisée sur la victime concluait à l’absence d’origine traumatique du décès et à l’absence de lien avec l’intervention d’un tiers.
Des analyses complémentaires, toxicologiques et anatomopathologiques, étaient ordonnées pour préciser les causes du décès.
L’expert en charge des analyses toxicologiques concluait que le décès n’était pas d’origine toxique, seule la présence de paracétamol étant détectée. Elles mettaient par ailleurs en évidence une nette hyperthyroïdie au sujet de laquelle il était précisé que les conséquences pouvaient être graves. Cette analyse rejoignait les conclusions du médecin légiste quant aux conséquences de l’hyperthyroïdie susceptibles de provoquer des troubles cardiaques.
Les résultats de l’étude anatomo-pathologique mettaient en évidence des insuffisances respiratoires, des troubles circulatoires, une cardiopathie hypertrophique ainsi que des lésions en lien avec une hépatite chronique et concluaient à un décès en lien avec une fonction cardio vasculaire déficiente et instable.
L’enquête préliminaire initiée en décembre 2024 se poursuivait dans le cadre d’une cosaisine DIPN - 06 et office anti-cybercriminalité de la direction nationale de la police judiciaire, ce dernier étant par ailleurs saisi par le parquet de Paris d’une enquête distincte concernant la plateforme Kick.
Dans le cadre de ces investigations, il était notamment procédé à l’analyse de nombreux enregistrements mais également à l’examen des flux financiers en lien avec le fonctionnement de la chaîne animée par les mis en cause.
Ces investigations permettaient de mettre en évidence plusieurs scènes de violences impliquant des mineurs notamment utilisés dans le cadre de mises en scène dans lesquelles ils se faisaient tirer dessus à courte distance avec un fusil type paintball.
Un enregistrement mettait également en scène un mineur de 10 ans qui était jeté sur Raphaël GRAVEN dans le cadre d’un combat de catch.
Outre les faits de provocation à la haine ou à la discrimination en raison du handicap en lien avec des vidéos impliquant le surnommé Coudoux, il apparaissait notamment que dans le cadre du live d’août 2025 Raphaël GRAVEN était enregistré dans une scène d’humiliation avec la mention PD inscrite sur son front, faits susceptibles de caractériser une provocation à la haine ou à la discrimination à raison de l’orientation sexuelle.
L’analyse des flux financiers mettait par ailleurs en exergue des montants très significatifs en lien avec l’activité des protagonistes.
Ainsi, Raphaël GRAVEN au travers d’une société créée en 2020, avait perçu près de 140000 € entre 2021 et 2025 provenant de différentes plateformes avec des liens financiers réguliers avec Owen C. Ses comptes personnels étaient également régulièrement alimentés par des virements provenant de plateformes et de sociétés pour un montant d’environ 125000 € sur la même période. Aucune déclaration de revenus n’était effectuée.
Owen C. ne déclarait pas davantage de revenus alors qu’il percevait également des ressources conséquentes venant de différentes plateformes, directement ou au travers d’une société. Ainsi entre 2022 et 2025, il percevait près de 460000 €.
Safine H., également inconnu des services fiscaux, percevait plus de 200000 € entre 2021 et 2025.
Les flux financiers en direction de Stéphane G. surnommé Coudoux apparaissaient en revanche quasi inexistants, ses revenus principaux provenant de la caisse d’allocations familiales et de quelques missions d’interim.
Dans le cadre d’une action coordonnée entre le parquet de Paris, le parquet de Nice et les différents services saisis, il était procédé à la convocation et à la reprise de garde à vue le 27 janvier 2026 de Safine H. dit Safine et de Owen C. dit Naruto des chefs de violences en réunion sans ITT, violences en réunion avec arme sans ITT, violences en réunion avec arme sans ITT sur mineurs de 15 ans, violences sur mineur de 15 ans sans ITT, abus de faiblesse, provocation à la haine et à la discrimination en raison du handicap, provocation à la haine et à la discrimination en raison de l’orientation sexuelle, enregistrement et diffusion d’images de violences.
Dans le cadre des mesures de garde à vue, Safine H. se présentait comme animateur de la chaîne, Owen C. gérant l’aspect technique et la gestion. Il admettait qu’avec le recul certaines scènes n’auraient pas dû être tournées en concédant la violence et l’humiliation qui pouvaient y être attachées. Tout en indiquant qu’il y avait une scénarisation partielle des enregistrements, il reconnaissait que certaines actions comportaient des humiliations verbales, physiques ou psychologiques.
À la différence de Safine H, Owen C. contestait le caractère violent et humiliant de certaines scènes enregistrées. Il reconnaissait en revanche des propos insultants à raison du handicap ou de l’orientation sexuelle. Au final tout était mis sur le compte d’un humour sans limite et d’un amusement rémunérateur.
S’agissant des scènes de violences impliquant des mineurs, les mis en cause les reconnaissaient en indiquant qu’ils étaient volontaires pour y participer.
Owen C. était également entendu sur des faits d’outrages ayant visé le maire de la commune de Drap qu’il reconnaissait en exprimant des regrets.
Les deux mis en cause sont déférés ce mercredi 28 janvier dans le cadre d’une convocation par procès-verbal devant le tribunal correctionnel de Nice le 6 juillet 2026 pour les faits de :
– Violences en réunion sans ITT (victime Raphaël GRAVEN)
– Violences en réunion sans ITT sur personne vulnérable (victime Stéphane G.)
– Diffusion d’enregistrement d’images de violences
– Provocation à la haine ou à la violence en raison du handicap
– Provocation à la haine ou à la violence en raison de l’orientation sexuelle
– Violences sans ITT sur mineur de 15 ans
– Violences sans ITT sur mineurs avec arme
– Abus de faiblesse
– Outrages à personne dépositaire de l’autorité publique
Le juge des libertés et de la détention est saisi aux fins de placement sous contrôle judiciaire des intéressés comportant l’obligation de verser un cautionnement à hauteur de 30000 € pour Owen C et 15000 € pour Safine H, l’interdiction de quitter le territoire national, des interdictions d’entrer en contact, l’interdiction de se livrer à des activités d’enregistrement et de diffusion de vidéos en ligne, l’interdiction d’exercer une activité impliquant un contact habituel avec des mineurs et l’interdiction d’utiliser des comptes d’accès à des services de plateforme en ligne en lien avec les infractions poursuivies.