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Rendre à DESPERADOS sa mémoire biker liée à Johnny Hallyday

Un artiste tropézien, SANTIAG, obtient gain de cause pour faire reconnaître l’origine biker de l’identité DESPERADOS, liée à Johnny Hallyday.

Pour des millions de consommateurs, le nom DESPERADOS évoque une bière aromatisée. Mais à Saint-Tropez, une décision de justice remet en lumière une tout autre histoire, celle d’une identité visuelle née dans l’univers biker de Johnny Hallyday au début des années 1990. Au cœur de cette affaire, l’artiste SANTIAG, alias Jean-Philippe Daures, qui a été rétabli dans ses droits de propriété intellectuelle après une bataille judiciaire de près de trente ans. Ce jugement lève le voile sur la genèse d’une marque devenue un géant de l’agroalimentaire, loin des ateliers de cuir et des clubs de motards.

De l’univers Hallyday à la grande consommation

L’histoire, telle que la retrace SANTIAG, commence en 1992. Johnny Hallyday fonde alors son propre Harley Davidson Club et le baptise « DESPERADOS ». Le nom n’est pas encore une marque de boisson, mais l’emblème d’un cercle privé, imprégné de la culture rock et américaine chère au chanteur. C’est dans ce contexte que SANTIAG, artiste graphiste et maître tatoueur reconnu, affirme avoir conçu et protégé les identités visuelles du club. Le point de bascule survient le 27 avril 1993. Selon l’artiste, José Rodriguez, alors vice-président du club, et Gilles Pardon déposent la marque DESPERADOS en y intégrant ses créations graphiques. Cette marque est ensuite cédée à la brasserie Fischer, qui lance la bière qui connaîtra un succès national. SANTIAG soutient que cette opération s’est faite au mépris de ses droits d’auteur. Dès 1993, il demande des comptes à la brasserie, qui aurait alors décidé de n’exploiter que le nom, délaissant le visuel litigieux pour éviter les complications.

Une bataille judiciaire de trente ans

Pour SANTIAG, le combat ne fait que commencer. Il engage une première action contre Fischer mais, faute de moyens financiers suffisants, ne peut la soutenir durablement. L’affaire reste en sommeil pendant des années, jusqu’à ce qu’un événement la réactive. En 2018, après le décès de Johnny Hallyday, José Rodriguez relance le Harley Davidson Club DESPERADOS et, selon SANTIAG, réutilise les créations visuelles originelles.
Ce nouvel épisode pousse l’artiste tropézien à relancer la bataille judiciaire pour faire valoir ce qu’il estime être son droit. Il ne s’agit pas de revendiquer la paternité de la bière, mais bien celle de l’univers graphique et du nom qui ont permis sa naissance commerciale. La procédure interroge un point fondamental du droit des marques : que devient une œuvre lorsqu’elle est absorbée par un dépôt de marque tiers, puis exploitée pour créer un produit de grande consommation ?
Après plusieurs années de procédure, le tribunal judiciaire de Marseille a rendu sa décision le 26 mars 2026. Selon les éléments communiqués par SANTIAG, ce jugement marque un tournant majeur : il le rétablit dans ses droits de propriété intellectuelle, artistique et d’auteur sur ses créations DESPERADOS.
Cette reconnaissance judiciaire a relancé le conflit. Le 2 avril 2026, SANTIAG a déposé une nouvelle marque DESPERADOS avec son logo historique. Une semaine plus tard, le 9 avril, le Harley Davidson Club DESPERADOS a déposé une marque que l’artiste considère comme une copie de celle qui a justement fait l’objet de la condamnation. Le dossier reste donc ouvert. SANTIAG souhaite désormais que les ayants droit de Johnny Hallyday disposent d’un droit de regard sur l’exploitation des marques, estimant que cette histoire appartient aussi à l’héritage symbolique du chanteur.


SANTIAG, l’artisan derrière la légende

Installé à Saint-Tropez depuis près de 25 ans, SANTIAG est une figure de l’artisanat du cuir et de la culture rock. Maître tatoueur depuis 1985, mais aussi peintre, graveur et sculpteur, il revendique la création de plusieurs emblèmes liés à Johnny Hallyday, comme AMERICAN BIKERS ou encore THUNDER EAGLE, le célèbre aigle qu’il a tatoué sur le bras du chanteur. Son travail se retrouve sur des objets iconiques : gilets, casques, et même une sangle de guitare en cobra blanc que Johnny Hallyday aurait utilisée jusqu’à la fin de sa carrière. Pour l’artiste, l’affaire DESPERADOS est emblématique de la manière dont une histoire humaine et artistique peut être effacée par le succès commercial. En défendant ses droits, il cherche à rétablir une chronologie et à rendre hommage à l’origine créative d’un nom qui, avant de remplir les rayons des supermarchés, a d’abord rugi sur les routes avec Johnny Hallyday.

Photo de Une ©DR