À l’aube d’une crise majeure ?
- Par Jean-Michel Chevalier --
- le 23 avril 2026
Donald Trump, qui prend souvent ses désirs pour des réalités, avait annoncé ce week-end la réouverture d’Ormuz. Une grande victoire militaro-diplomatique selon la Maison Blanche, jamais à court d’autosatisfaction, mais aussitôt contredite par Téhéran, qui continue de verrouiller le détroit par lequel transitent 20 % du pétrole mondial et un cinquième du pétrole liquéfié. Si, pour l’instant, les conséquences de ce blocage se limitent pour nous, Européens, à une forte hausse des carburants, la situation est beaucoup plus critique pour la Chine, l’Inde et le Japon, qui dépendent largement des pays du Golfe pour leur approvisionnement en brut.
Un tiers du pétrole importé par Pékin transite en effet par Ormuz. L’Iran était jusqu’à il y a peu son principal fournisseur et son premier partenaire commercial. Actuellement, la Chine puise dans ses réserves stratégiques (un milliard de barils), qui peuvent lui permettre de faire le dos rond quelques mois. Elle s’applique à diversifier son approvisionnement, notamment auprès de la Russie, ce qui contribue à rapprocher ces deux pays liés « par une amitié éternelle » et une détestation commune de l’Occident. En attendant mieux, malgré les sanctions américaines, elle utilise des navires sous pavillon neutre pour contourner le blocus, mais il ne s’agit que d’un expédient.
Sur le Vieux Continent, si le blocage devait perdurer, on peut craindre un choc économique majeur en raison de la hausse des coûts de l’énergie et, par conséquent, des matières premières. Avec des répercussions sur l’activité des entreprises, sur l’emploi et l’inflation. Perspectives peu réjouissantes, que l’on a déjà connues lors des crises précédentes et dont on sait par expérience qu’il faut des années pour s’en relever.
Les Français les plus fragiles, ceux qui jonglent pour ne pas virer au rouge à la banque à chaque fin de mois, prennent de plein fouet la hausse des prix des carburants. Vingt, trente ou quarante euros en plus pour un plein, cela compte lorsque l’on doit rouler pour aller travailler ! Les gilets jaunes sont descendus dans la rue pour moins que cela. Sébastien Lecornu veille sur la cocotte-minute. Mais ses marges de manœuvre sont limitées par nos finances publiques, dont l’état ne permet pas de distribuer des aides « quoi qu’il en coûte », parce que même peu, c’est encore trop. Bercy a encaissé en mars seulement 270 millions supplémentaires de droits et taxes ‘grâce’ à l’envolée des prix à la pompe. Cela ne compense pas les coûts engendrés par cette crise (hausse des intérêts de la dette, ralentissement économique, indexation des prestations sociales, etc.), avec la réduction induite des autres recettes fiscales.
Nos problèmes restent cependant moins aigus que ceux de la Chine et de l’Inde qui, pour nourrir leurs centaines de millions d’habitants, doivent doper leurs productions agricoles avec des engrais et phosphates fabriqués avec le soufre du Moyen-Orient, en particulier en Iran et en Arabie saoudite. Idem pour l’urée et l’ammoniac qui transitent par Ormuz. La sécurité alimentaire de ces deux grands pays est en jeu (le Brésil également, et dans une moindre mesure l’Australie et les États-Unis). Leurs dirigeants savent qu’ils ont tout à redouter d’une production agricole insuffisante et de l’inflation des produits alimentaires.