Alerte caniculaire sur les finances
- Par Jean-Michel Chevalier --
- le 27 août 2026
J’imagine très bien chaque matin notre ministre de l’Économie, des Finances et de la Souveraineté industrielle, énergétique et numérique desserrer sa cravate et s’éponger le front lorsqu’il prend connaissance des derniers chiffres de la dette française. Depuis le début de cette année, le trou s’est creusé de près de 97 milliards et l’on devrait arriver au 31 décembre à 152 milliards. Des chiffres qui ne tiennent pas encore compte de la hausse des taux d’intérêt que notre pays supporte désormais (4 %), supérieurs à ceux de l’Italie et de la Grèce, ni des aides – indispensables – qui seront apportées aux départements des Landes, de la Gironde et du Var ravagés par les incendies cet été, ni du soutien – indispensable lui aussi – à la filière agricole dont les récoltes sont victimes de la sécheresse.
Et pourtant, craché-juré, tout est fait paraît-il pour contenir le déficit à 5 % cette année, affirme sans rire Bercy. Un objectif qui devient intenable. Il reste très éloigné des 3 % synonymes de bonne gestion. Des paroles aux actes, le pas est d’autant plus large que les marges de manœuvre sont étroites. Elles se rétrécissent encore à chaque dégradation de la note de la France par les agences. Pour emprunter trop, on inquiète les « marchés » et il nous faut donc rembourser plus, sachant qu’un point de taux d’intérêt revient entre trois et quatre milliards par an pour un prêt à dix ans. Le calcul est vite fait et assez vertigineux.
Il n’y a pourtant pas de fatalité. L’Italie de Giorgia Meloni a ramené le déficit de la Péninsule de 8,6 % du PIB en 2022 à 3,1 % du PIB en 2025. Rien de miraculeux : la dirigeante d’extrême droite a mis en place un plan de rigueur (mot tabou en France) qui a réduit fortement la dépense publique. Mais cela s’est aussi traduit par la cession de participations de l’État italien dans de grandes entreprises (autrement dit : la vente des bijoux de famille) et par des coupes douloureuses dans les budgets. La dette de Rome reste malgré tout élevée, à 136 % du PIB, le pari n’est pas encore gagné.
Athènes, longtemps présentée comme le cancre de la classe, a réussi à ramener son déficit de 15,2 % en 2009 à… 1,6 % en 2023. Elle pourrait donner à son tour des leçons à Paris. Sauf que la Grèce a taillé sans ménagement dans le nombre et les salaires des fonctionnaires et agents publics (parfois licenciés par un simple mail), transformé son système fiscal pour faire payer davantage d’impôts aux contribuables, réduit ses services publics. Sa dette culmine encore entre 140 et 150 % du PIB malgré ce régime drastique, qui a mis une partie de la population dans la pauvreté.
Et en France ? Sébastien Lecornu et Roland Lescure se préparent des lendemains difficiles avec le budget 2027 qui devra concilier les inconciliables, attentes et besoins d’un côté, réalisme ‘budgétaire’ de l’autre. Il y a quelques années, Nicolas Sarkozy, alors président, avait tancé son Premier ministre François Fillon pour avoir déclaré qu’il se trouvait à la tête d’un « pays en faillite ». L’expression était forte, pas dénuée d’arrière-pensée politique (on sortait du quinquennat Hollande), mais pas totalement inexacte. On aurait pu tenir compte de cet avertissement. Il n’en a rien été.