Avec le temps, va, tout

Avec le temps, va, tout s’en va...

Au sens propre comme au sens figuré, Vladimir Poutine poursuit son lent travail de sape. Il est persuadé que le chronomètre tourne en sa faveur. À cet égard, on ne peut pas lui donner tort, à court terme du moins. Ses troupes continuent de pilonner l’Ukraine, en frappant prioritairement des habitations et les installations électriques du pays, pour casser le moral des civils qui vont entrer dans la quatrième année de cette « opération spéciale ». Pour parvenir à ses fins, il compte au moins autant sur l’usure à l’arrière que sur l’épuisement au front des troupes défensives de Zelensky.
Poutine attend beaucoup de son « ami » Donald Trump et du plan de paix américain, outrageusement favorable à Moscou, pour obtenir sur le tapis vert ce que ses troupes ne réussissent pas à conquérir sur le terrain : faire main basse sur les oblasts convoités (Donetsk, Kherson, Louhansk et Zaporijjia). Il veut que l’Ukraine n’entre pas dans l’OTAN, ce qui serait pour lui davantage un camouflet qu’une menace. Il rêve de renvoyer Volodymyr Zelensky dans ses foyers pour installer à Kiev un pouvoir plus docile, façon Biélorussie. Il s’emploie donc à diviser les Européens qui restent les meilleurs alliés de l’Ukraine, et des empêcheurs d’annexer en rond. Pour éviter un KO militaire et financier, les 27 viennent de consentir un nouveau prêt sans intérêt à Kiev. Mais n’ont pas réussi à s’accorder sur l’utilisation des avoirs russes gelés, la Hongrie d’Orban, proche de Moscou, s’y refusant.
Mais il n’est pas dit que l’horloge de Poutine tournera toujours en faveur du maître du Kremlin. Les sanctions économiques se font ressentir sur l’économie russe, avec un ralentissement de -1 % de la croissance cette année selon le FMI. L’effort de guerre pèse lourd. Le pays rencontre des difficultés d’investissement avec un taux directeur élevé. L’inflation y est vigoureuse. La main-d’œuvre manque, obligeant à « importer » des travailleurs étrangers, des Chinois pour la plupart. Les nouvelles sanctions américaines et européennes sur la flotte fantôme vont, sinon tarir, du moins réduire les rentrées de devises provenant de l’or noir qui financent l’effort de guerre.
Avec une presse aux ordres, des oppositions emprisonnées (dans le meilleur des cas), le Kremlin n’a pas à composer avec l’opinion publique versatile des démocraties. Cela lui laisse les coudées franches. Cela étant, il se trouve dans une fuite en avant, entouré de personnages va-t-en-guerre comme Medvedev, qui n’hésiteraient pas, tel Iznogoud, à devenir calife à la place du tsar actuel si celui-ci venait à mollir...
C’est une situation (très) dangereuse pour l’Europe. Poutine la présente toujours comme quantité négligeable, méprisable, opposée à la paix, belliqueuse, quand bien même ce sont ses avions et ses drones qui violent les espaces aériens des pays voisins, ses garde-frontières qui se permettent des incursions (en Lituanie la semaine dernière), ses boutiques de l’ombre qui mènent des cyberattaques et des opérations de désinformation, ce que l’on appelle « guerre hybride ». Les dégâts sont d’autant plus importants que ce sont les fondements de nos valeurs qui sont dans son collimateur.
Il est à tout le moins prudent de se réarmer pour contenir cette agressivité qui se manifeste, pour l’instant, sur la pauvre Ukraine. Elle risque bien un jour de déborder, à en croire les services de renseignements (France, Allemagne, Italie etc.) dont les analyses pessimistes sont convergentes.