Banque, finance : plus

Banque, finance : plus rien ne sera comme avant cette crise

Pour le professeur Daniel Haguet, qui enseigne la finance à l’EDHEC Business Scool de Nice, les banques françaises ne sont pas en danger mais quand même fragilisées par cette crise.

Les effets de cette crise sur l’économie peuvent-ils mettre nos banques en difficulté ?

Avant l’épidémie, elles étaient déjà dans un passage délicat pour deux raisons principales. D’abord avec la baisse des taux : les banques centrales européenne et américaine auprès de qui elles se financent prêtent de l’argent à très peu cher. Les banquiers, qui achètent et revendent cet argent à leur clientèle, avaient donc de faibles marges bénéficiaires. Or ils espéraient pour 2020 une remontée des taux pour améliorer leurs performances, mais c’est raté, car la BCE comme la Federal Reserve auront pour stratégie de mettre le niveau des taux d’intérêt tangent à zéro. Ensuite, les banques doivent supporter la digitalisation, et la plupart d’entre-elles se posent la question du maintien des réseaux d’agences physiques qui leur coûtent cher.

Sont-elles fragilisées ?

Ce que vous appelez "les banques" sont en fait des groupes beaucoup plus importants. En France, il n’y a plus une seule banque indépendante mais cinq grands groupes. Ils ne sont d’ailleurs pas que banques de dépôts, car ils font aussi de l’assurance, de la banque privée, de la banque d’affaires. Ils ont des filiales comme Boursorama (Société Générale), des organismes de crédit comme Sofinco (Crédit Agricole) ou Cetelem (BNP-Parisbas). Autre exemple : le Crédit Lyonnais, ancien nom de LCL, n’est plus une banque indépendante puisqu’il a été racheté par le Crédit Agricole. Le CCF, quant à lui, est devenu HSBC. Je ne connais pas par cœur l’état des comptes de tous ces réseaux, mais je pense qu’aucun n’est suffisamment fragile pour sauter.

Ont-elles les moyens de distribuer de la trésorerie et des prêts aux entreprises comme le veut le gouvernement ?

Oui, elles vont le faire, ne serait-ce que parce qu’elles ne veulent pas perdre leurs clients ! Mais elles font avant tout du business. Par exemple, je viens de lire qu’une banque a augmenté les découverts pour tous ses clients, mais elle les facture 8%. Elles ne vont donc pas hésiter à monnayer leurs services. Le contexte actuel risque pourtant de les forcer à accélérer la fermeture des agences physiques parce qu’il leur faudra bien réduire les coûts fixes, et comme de plus en plus d’opérations se font maintenant en ligne...

Quid de la garantie de l’État de 300 milliards ?

Elle ne sert pas à payer des défauts de paiement mais sert de caution pour les entreprises ayant besoin de prêts sans avoir de garanties à offrir. En 2008, Sarkozy déjà l’avait fait pour le système bancaire. Il faut bien comprendre que l’état ne va pas sortir 300 milliards de sa poche ! Bruno Le Maire dit seulement "je mets un fonds de garantie pour les PME-PMI qui auraient besoin de crédits". On peut donc considérer que ces 300 milliards sont assurantiels, un peu comme une maison que l’on donnerait en hypothèque. Cette mesure vise plutôt les petites structures qui doivent démarcher leur banquier. Au bout du compte, la garantie de l’état c’est bien, mais la question est de savoir qui garantit l’état ?

Un effondrement de la consommation peut-il impacter le système ?

Oui, mais cela ne touchera pas que les banques : le retraité qui loue son studio à Cannes à une petite commerçante aura peut-être des difficultés pour se faire payer son loyer vu que depuis trois semaines sa locataire n’a plus de recettes. Même chose pour le propriétaire des murs d’un magasin, etc. Avec cette crise, tout le monde sera en difficulté.

Faut-il s’inquiéter de la baisse brutale de la Bourse ?

Beaucoup d’investisseurs institutionnels sont en chute libre, comme des épargnants individuels. Il faut se souvenir qu’entre septembre et décembre 2019 les assureurs expliquaient qu’il fallait à tout prix sortir des actifs en euros pour aller dans les unités de compte. Les épargnants y sont donc entrés au plus haut des marchés. Ils ont depuis pris la déculottée. Cela veut dire que et les banques et les assureurs vont maintenant prendre des contentieux d’un autre monde ! Le premier réflexe d’un client mécontent sera d’aller voir un cabinet d’avocats spécialisés pour tenter de récupérer le plus possible de sa mise. Je prévois un nombre incalculable de procès autour de la notion de "devoir de conseil"…

Mais les milliards envolés en Bourse faisaient tourner la machine...

Oui et non. Le fait que la cote des actions d’une société monte ou baisse n’influence pas la situation financière réelle de l’entreprise. En revanche, une baisse importante des cours, comme c’est le cas actuellement, fait qu’une entreprise devient plus fragile et peut se faire plus facilement racheter...
Les entreprises pourront-elles de financer sur les marchés ?
Pour trouver de l’argent frais, il faut faire une augmentation de capital. Plutôt qu’une nationalisation comme cela est envisagé pour certaines entreprises en difficulté, on pourrait imaginer que l’état intervienne en entrant par une augmentation de capital.

Propos recueillis
par J.-M. CHEVALIER


Nous ne sommes pas forcément des Oncle Picsou qui passons notre temps à compter et recompter notre or. Mais en cette période troublée, certains se demandent si leurs dépôts et leurs économies sont bien en sécurité sur leurs comptes, livrets, plans
Voici donc ci-dessous les réponses de Bercy sur les garanties offertes aux particuliers pour leurs divers comptes.

Y a t-il des filets de protection ?
Oui. Créée en 1999, la garantie des dépôts s’exerce par le biais du Fonds de garantie des dépôts et de résolution (FGDR) qui protège les clients en cas de défaillance de leur établissement bancaire. Sept jours ouvrables sont nécessaires pour obtenir l’indemnisation.

La FGDR peut-elle indemniser à 100% ?
Non, la garantie est limitée à 100 000 € par déposant et par établissement. Ce plafond s’applique quel que soit le nombre de comptes de dépôts ouverts auprès du même établissement.
- Si vous disposez d’un compte joint avec votre conjoint, vous êtes considérés comme des déposants distincts (soit 200 000 € maximum de garantie pour le compte joint).
- Chacun des co-titulaires est couvert par la garantie pour la part des dépôts qui lui appartient, la moitié du solde le plus fréquemment.
- Si vous êtes également titulaire d’un compte bancaire individuel dans la même banque, le plafond de garantie de 100 000 € couvrira la part vous revenant du solde du compte joint et le solde de votre compte personnel.
- La garantie s’appliquant par établissement, vous êtes couvert à hauteur de 100 000 € dans chaque banque ou vous possédez un compte.

Tous les dépôts sont-ils garantis ?
Oui, la garantie couvre tous les types de dépôts : comptes courants, comptes à terme, livrets bancaires, Livrets Jeunes, épargne
logement (CEL et PEL), Livret d’épargne
Populaire (LEP) bancaire et le compte espèces attaché à un compte titres ou à un PEA.
L’épargne placée sur un livret A, sur un livret de développement durable et solidaire (LDDS) et sur le LEP est garantie en totalité par l’État, et non par le mécanisme de garantie des dépôts. Les sommes placées sur ces livrets d’épargne ne sont donc pas décomptées du plafond de 100 000€.

La garantie s’applique t-elle à toutes les banques ?
Oui, à tous les établissements bancaires agréés par l’Autorité de contrôle prudentiel et de résolution (ACPR) qui sont automatiquement
adhérents au Fonds de Garantie des Dépôts et de Résolution (FGDR), qu’il s’agisse de banques françaises ou de filiales françaises de banques étrangères.
Pour les succursales de banques étrangères dont le siège social est situé dans les pays de l’espace économique européen (pays de l’Union européenne ainsi qu’en Islande, en Norvège et au Liechtenstein), la garantie du pays d’origine s’applique. Toutefois, depuis le 1er janvier 2011, le plafond de la garantie de 100 000€ par déposant s’applique dans toute l’Europe.

Et pour les titres, actions ?
Il existe une garantie (70 000€ par client et par établissement) pour protéger les investisseurs contre la défaillance de leur prestataire de services. Mais, aucun filet de protection pour limiter la "casse" à la bourse...

Visuel de Une : Daniel Haguet, Doctorat en science de gestion (Université de Nice). DESS Finances (IAE de Grenoble). Maîtrise sciences économiques.
Professeur de Finance à l’EDHEC Business School Campus de Nice Enseigne en français et en anglais à la fois au sein du programme Grande Ecole (FE Track) et au sein du Bachelor BBA EDHEC. (DR)

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