Bardella, second de cordée
- le 24 septembre 2026
Poursuivons notre tour des papabile de la présidentielle avec ce portrait acidulé de Jordan Bardella. Le président du Rassemblement national aurait pour certains le profil du gendre idéal, pour d’autres une parfaite tête à claques. Toujours bien mis de sa personne, les cheveux aussi noirs que courts, le regard aussi tranchant que le verbe. Il ne laisse pas indifférent avec son air de latin lover, à commencer par les gazettes qui commentent ses amours avec Maria Carolina, fille aînée du prince de Bourbon des Deux-Siciles, jusqu’à en faire l’une des romances people de l’été.
À 31 ans, il se voyait déjà « en haut de l’affiche », désigné par son parti pour gravir le perron de l’Élysée, comme semblaient lui promettre les sondages. Mais un caillou s’est glissé dans sa chaussure : le joker numéro 1 d’une Marine Le Pen empêchée de se présenter à l’élection présidentielle reste finalement simple numéro 2 puisque la patronne se prépare à y aller en personne, sauf coup de théâtre judiciaire.
Même pas peur.
Malgré une expérience politique limitée (lorsque l’on est pressenti à tutoyer l’Olympe, à discuter avec Donald, Vladimir, Xi, Sophie Binet de la CGT), le jeune ambitieux avait déjà enfilé le costume-cravate de la respectabilité. Mais l’habit ne fait pas le moine. À son âge, les plus brillants (Chirac, Balladur, Mitterrand…) se satisfaisaient d’un poste de secrétaire d’État de ceci ou de cela, en attendant mieux. Pas lui, qui n’a pu cacher une mine déconfite le jour où « Marine » a annoncé que finalement elle se lançait elle-même dans la grande bataille. Si tel était le cas, « Jordan » devrait se contenter au mieux de Matignon, ce qui est déjà tout simplement énorme.
Pour le moment, la représentante de la dynastie Le Pen n’a pas eu à prononcer les mots attribués à César « tu quoque mi fili » le jour de son assassinat. Anticipant une peine d’inéligibilité, elle avait admis que son poulain reprenne son fonds de commerce. Jusqu’à ce revirement, qui a raboté les espoirs les plus fous du jeune premier (ou deuxième) de cordée.
Au Front National de « Jean-Marie » et de « Marine », les dauphins pressentis se sont échoués sur la plage de leurs ambitions. Stirbois, Philippot, Gollnisch, Aliot et quelques autres furent défenestrés lorsque les vrais patrons sentirent qu’on lorgnait d’un peu trop près sur leurs attributs. Chez les Le Pen, le pouvoir ne se partage pas. On obéit ou on disparaît. Même la petite-fille, Marion Maréchal, n’a pu trouver une place avantageuse dans cette généalogie politique, restant en marge mais pas sans influence sur les troupes les plus radicales.
Jordan Bardella jure, lui, une fidélité absolue à celle qui l’a fait patron du RN. Dans ce système clanique, il sait qu’il ne doit pas faire trop d’ombre. Jusqu’à présent, son parcours a été sans faute dans le parti, même s’il fait quelquefois entendre une partition pas complètement au diapason de la patronne. Il a le temps devant lui, et aucun intérêt à aller plus vite que la musique.
Par son talent, indéniable, son heure viendra bien un jour ou l’autre, à moins que…
Doit-il s’inquiéter d’une plainte d’Anticor et de l’enquête sur des soupçons de détournements de fonds européens (4 millions) par le groupe « Identité et démocratie » dans lequel il pantouflait de 2019 à 2024 ? Il se serait bien passé de cette intrusion de cette Europe honnie qui se livre selon lui « à une nouvelle persécution judiciaire ». Il affirme, outragé, n’avoir rien à se reprocher, comme Marine Le Pen avant lui.
On verra bien.