BTP : « On arrive à susciter des vocations chez les jeunes »
- Par Sébastien Guiné --
- le 10 avril 2026
Le directeur général du groupe Renaudi aimerait plus d’opérations de sensibilisation comme les Coulisses du bâtiment et des travaux publics pour faire face aux problématiques de recrutement.
« Il y a de moins en moins de jeunes qui débouchent aujourd’hui de ces filières », constate Anthony Renaudi. « On pousse depuis plusieurs années mais on ne voit pas trop d’actions concrètes, à l’exception de ce genre de journées qui sont super intéressantes. On s’aperçoit que les jeunes qui viennent sont très heureux de découvrir des métiers. On voit qu’ils sont attentifs, curieux, et, même si évidemment on ne peut pas englober tout le monde, je pense qu’on arrive à susciter des vocations chez les jeunes. » Le dirigeant plaide pour une collaboration accrue entre l’Éducation nationale et les entrepreneurs afin de « faire remonter nos besoins » et « pour arriver à orienter intelligemment les jeunes, évidemment selon l’envie de chaque étudiant ». Il aimerait qu’il y ait plus d’opérations comme ces Coulisses organisées par la FBTP 06, en partenariat avec l’Inspection académique et le rectorat, et qui ont pour objectif, selon la fédération, de permettre aux élèves « d’appréhender la diversité des métiers du secteur – du gros œuvre aux finitions – et comprendre les enjeux techniques, environnementaux et humains qui structurent aujourd’hui les projets de construction ».
Jeudi 2 avril, pour la 24e édition, 13 élèves de 4e Segpa du collège Les Bréguières à Cagnes-sur-Mer, ont visité l’atelier de réparation du groupe Renaudi. Leur guide, Louis, l’un des mécaniciens de l’atelier, spécialisé dans l’entretien et la réparation d’engins de chantier, est ravi de pouvoir présenter un métier qu’il « adore ».
La théorie et la pratique
Louis se voyait plutôt sociologue mais s’est retrouvé dans la mécanique, poussé par son beau-père à l’âge de 17 ans alors qu’il ne faisait pas grand-chose. « La théorie c’est bien, la pratique c’est important », lance-t-il aux collégiens, qui l’écoutent avec attention. Louis, qui travaille avec trois autres mécaniciens et un chef d’atelier, prend soin d’une soixantaine d’engins de chantier. Du haut de ses 26 ans mais avec une expérience de bientôt 10 ans, dont près de cinq pour le groupe Renaudi, il trouve le temps de prendre sous son aile des stagiaires comme Andrea, en 1re Bac pro Mécanique TP au lycée Don-Bosco de Nice. « En sortant du bac pro on aura forcément du travail car il y a peu de personnes qui pratiquent ce métier »,souligne Andrea à la fin de la visite. Gwenaël Renaud, directeur délégué aux Formations professionnelles et technologiques du lycée Don-Bosco, confirme aux collégiens qu’il s’agit de « métiers en tension » c’est-à-dire pour lesquels il y a « énormément de débouchés ». Anthony Renaudi, notamment titulaire d’un BTS travaux publics obtenu au lycée Leonard de Vinci en 2016 puis chef de chantier et ingénieur travaux avant de devenir directeur général en 2023, vante les avantages de l’alternance et espère que ces métiers vont gagner en attractivité.
Passation
« À mon époque, c’était encore très mal vu. Il faut le faut le reconnaître, c’est Emmanuel Macron qui a favorisé l’alternance et j’ai vu le changement en cours de cursus. Quand on se donne les moyens, on arrive à valoriser des choix d’orientation et des filières. On espère avoir plus de jeunes dans ces métiers-là parce qu’on arrive quand même face à un précipice avec de vraies problématiques dans les 5, 10 années à venir. On a des départs à la retraite inévitables et aujourd’hui cela devient de plus en plus dur de les remplacer. »
Il fait part d’une problématique supplémentaire : « On aimerait que les remplacements se fassent dans la durée, avec une vraie passation des connaissances. Mais comme on a des difficultés à recruter, de plus en plus de passations se font tardivement et quand les jeunes arrivent, les personnes sont quasiment à la retraite, quand elles ne le sont pas déjà, et on perd cette diffusion de connaissances. Dans ces métiers, l’expérience est très importante. Et perdre cette expérience, faute de recrutements, est très dommageable. »