Cinémas indépendants : des salles qui cultivent leur différence
- Par Manon Laniel --
- le 31 août 2026
Face aux multiplexes et aux plateformes, les petites salles continuent de défendre leur modèle. À Beaulieu-sur-Mer, un cinéma associatif mise sur sa programmation et les rendez-vous avec le public.
Un seul écran, mais entre 22 000 et 25 000 entrées par an. À Beaulieu-sur-Mer, le cinéma associatif affiche même une fréquentation en hausse en 2026. Xavier Vaugien, qui participe à sa codirection, l’estime entre 10 et 15 % supérieure à celle de l’année précédente et espère retrouver cette année les niveaux d’avant-Covid.
La salle évolue pourtant dans un environnement très concurrentiel. Multiplexes, plateformes, mais aussi nouvelles habitudes prises depuis la crise sanitaire : les alternatives ne manquent pas. À cela s’ajoute une contrainte bien connue des petites salles. « Quand un film sort un mercredi, nous, on l’a souvent le troisième, voire le quatrième mercredi », explique Xavier Vaugien. Les plus jeunes, observe-t-il, attendent moins volontiers et se tournent plus facilement vers les grandes salles. Avec un seul écran, la programmation devient forcément un choix. L’équipe sélectionne les films parmi les sorties disponibles, en tenant compte du projet de la salle et d’un public qu’elle connaît, après plus de dix ans d’exploitation.
Une salle, mais aussi des rendez-vous
Autour des projections, le cinéma multiplie les occasions de faire venir les spectateurs autrement : séances accompagnées, débats, cycles réguliers, retransmissions d’opéras ou de spectacles de la Comédie-Française, séances scolaires et actions d’éducation à l’image. « Notre force, si j’ose dire, c’est la salle de quartier incarnée par des gens [...] et par un projet », résume Xavier Vaugien. L’équilibre économique impose toutefois d’aller chercher des recettes ailleurs. L’équipe organise notamment du cinéma en plein air et travaille comme prestataire pour des communes, des associations ou des projets à Monaco. « Si on n’avait que le cinéma pour rentabiliser notre activité, ça serait compliqué. C’est un modèle économique qui ne marcherait plus. »
Tout un écosystème autour des salles
La vitalité du cinéma indépendant passe aussi par les acteurs qui gravitent autour des salles et de la création. Camille Feret, responsable de la Commission du Film Alpes-Maritimes Côte d’Azur, insiste sur le rôle joué par plusieurs associations du département.
À Nice, elle cite notamment La Bande Passante, Regard Indépendant et Héliotrope. Cette dernière mène des actions d’éducation à l’image, organise Un Festival C’est Trop Court !, consacré au court métrage, et organise La Résidence du Sud, une résidence d’écriture dédiée au court métrage. À Cannes, Cannes Cinéma intervient également dans l’éducation à l’image, la diffusion et l’organisation de rencontres. « Ce sont des associations qui font vraiment un travail important pour la filière », souligne Camille Feret, tout en évoquant leurs difficultés à fonctionner avec des bénévoles et un manque de subventions. Elle constate aussi une structuration du milieu professionnel ces dernières années, avec le développement dans les Alpes-Maritimes d’antennes d’associations régionales représentant notamment techniciens, comédiens, auteurs, réalisateurs et scénaristes, jusque-là davantage centralisées à Marseille. La Commission du Film accompagne elle-même la création locale. Lors de la dernière édition de son appel à projets destiné aux auteurs originaires des Alpes-Maritimes ou y résidant, 65 candidatures ont été reçues et huit projets sélectionnés afin d’être présentés devant des producteurs. Une autre facette de cette vie cinématographique locale… qui repose sur tout un réseau d’acteurs bien au-delà des seules projections.

