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9 novembre 2017

Comment avoir le beurre
Comment avoir le beurre et l'argent du beurre...
Jean-Michel Chevalier
Les Petites Affiches

Drame absolu dans les cuisines : on va, paraît-il, manquer de beurre ! Comme à l’époque de l’occupation, les cordons bleus devront-elles se passer de cette matière grasse indispensable aux tartines du matin et aux petits plats ? À en croire les titres des journaux et les reportages télévisés ces
derniers jours, qui montrent des rayons quasiment vides dans les supermarchés, on pourrait effectivement le penser.
Mais rassurons-nous : il y a encore de bien belles vaches dans les prés et le milliard et demi de Chinois n’a pas acheté tous nos stocks.
Ce qui se passe en fait, c’est une lutte sourde entre des éleveurs financièrement à bout de souffle, et une grande distribution surtout préoccupée par le tiroir-caisse et les profits immédiats.
Un pot de fer contre un pot de cette terre nourricière, où le travail est plus que jamais mal rémunéré, où les suicides sont fréquents chez des paysans désespérés de ne plus joindre les deux bouts bien qu’ils fassent trois fois les 35 heures en une seule semaine.
Déjà l’an passé, l’Institut de l’élevage enregistrait un prix d’achat du lait en très forte baisse, ce qui eut pour conséquence de mettre dans le rouge près d’un éleveur sur deux.
Depuis, la situation ne s’est pas améliorée, le prix du litre n’ayant continué à augmenter que pour le consommateur, par la grâce des intermédiaires.
La sécheresse n’arrange rien à l’affaire : dans des régions de production aussi "arrosées" en principe que la Normandie, les paysans durent dès l’été nourrir leurs bêtes avec du foin, puisant dans leurs stocks d’hiver.
Il y a pourtant, ici et là, des citoyens qui n’acceptent plus de se faire tondre en passant en caisse. Des collectifs ont imaginé de mettre un peu de beurre dans les épinards des producteurs en leur achetant au juste prix le litre de lait. Donc à le payer un tantinet plus cher - cela se joue à quelques centimes - pour rémunérer correctement le travail des paysans. Les packs "solidaires" sont vendus dans certains hypermarchés, pas tous. Pour l’instant, c’est une goutte... de lait dans l’océan de la consommation, mais ce phénomène traduit une évolution de la société, avec de plus en plus de gens qui prennent le temps de regarder autour d’eux et de ne plus foncer tête baissée en poussant un chariot. Cela se traduit aussi par d’autres opérations, comme la semaine de l’épargne solidaire qui est en cours en ce mois de
novembre, ou par le "parrainage" de vaches pour permettre aux éleveurs d’investir.
La vache, le beurre et l’argent du beurre en quelque sorte...

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