Eric Ciotti : "Nicolas

Eric Ciotti : "Nicolas Sarkozy est le plus apte pour redresser le pays"

Présidentielles, immigration, loi Travail, état d’urgence, sécurité...
Le député des Alpes-Maritimes porte un jugement sévère sur l’action gouvernementale

- Vous avez appelé à la dissolution. A un an des présidentielles et des législatives, est-ce vraiment nécessaire ?
Ce qui s’est passé avec la loi Travail montre clairement qu’il y a désormais à l’Assemblée une majorité contre le couple Hollande-Valls. Le pays sombre progressivement dans la paralysie, le chômage reste sur des records, les déficits se creusent, les grèves se multiplient, la violence de l’extrême-gauche irrigue de plus en plus le débat public... Bref, ce pouvoir, qui n’a plus qu’un an de vie, est frappé par une lente agonie.

- Mais la censure du gouvernement n’a pas été votée...
Si elle l’avait été, la seule solution aurait été la dissolution. Pour ma part, ce gouvernement n’a plus de légitimité et, aujourd’hui, il faut redonner de l’espérance au pays. Une dissolution aurait permis de repartir sur des bases plus rapides et de gagner un an en attendant l’alternance.

- Admettons, mais en cas de victoire des Républicains à une élection légistlative partielle, vous voyez Nicolas Sarkozy dans le rôle de Premier ministre de François Hollande ?
Auquel cas, la majorité sortie des urnes - et en effet je fais le pari que ce serait les Républicains - pourrait se mettre au travail tout de suite pour le redressement du pays. Je pense à la mise en œuvre du contre-choc fiscal pour lequel nous nous sommes engagés, à la réforme indispensable du code du Travail. Il n’y a pas de temps à perdre.

- Avez-vous été choqué par l’utilisation du 49.3 ?
C’est un outil institutionnel qui n’est pas antidémocratique. Mais son usage traduit l’éclatement de cette majorité qui s’est construite sur des mensonges. Elue sur des idées d’extrême gauche, elle veut maintenant gouverner avec des mesures libérales. Ce grand écart est insupportable pour certains parlementaires de la majorité et, quelque part, je peux comprendre leur désarroi d’avoir été trahis intellectuellement.

- Pour reprendre une expression gaulliste, Nuits debout, c’est la chienlit ?
Le gouvernement est trop laxiste. La violence, liée aux débordements de Nuits debout et de la loi Travail, gagne les rues de Paris et d’autres villes. Je rappelle que nous sommes en situation d’état d’urgence, parce que le pays est sous une menace.

- Alors faudrait-il les interdire selon vous ?
Il y a quelques semaines, les rassemblements même festifs et associatifs étaient interdits, mais tout cela est oublié. Aujourd’hui, on tolère des débordements en plein état d’urgence. Trois cents policiers blessés, c’est inacceptable !

- Pourtant le Raid est intervenu à Rennes, des arrêtés d’interdiction ont été pris...
Mais des manifestants passent outre, sans qu’il y ait pour eux de conséquences judiciaires dissuasives. Les violences prennent ancrage sur ces mouvements.

- Loi travail : trop de concessions ont elles été faites ?
Bien sûr. Le texte partiellement débattu à l’Assemblée n’a plus rien à voir avec les intentions originelles. On nous annonçait un allègement du code du travail, davantage de flexibilité, bref on commençait à comprendre que la France devait se moderniser pour s’adapter à la concurrence internationale. Mais à la sortie, c’est quasiment l’inverse qui se dessine : cette loi représente plus un handicap qu’un atout pour nos entreprises et pour l’emploi.

-  Les sondages disent pourtant que, majoritairement, les Français veulent plus de prise en compte du social...
Je ne le crois pas. L’alternative n’est pas posée clairement. La France n’est pas sortie du chômage de masse contrairement à nos voisins allemands, anglais et américains qui ont un taux deux fois inférieur au nôtre. Pour le travail, nous restons enfermés dans un carcan trop rigide.

- Aux Primaires, vous soutenez Nicolas Sarkozy, pourquoi ?
Il porte dans ce débat une dynamique qui me paraît indispensable pour redresser le pays. La France a décroché dans le concert des grandes nations, la situation économique est désastreuse, notre communauté menacée par le communautarisme et le terrorisme. Face à cette situation, il faudra de l’énergie, de l’expérience et du sans froid. Autant de qualités qui lui donnent des atouts essentiels face à ses concurrents.

- Et après les primaires, quel que soit le vainqueur, sera-t-il possible de recoller les morceaux avec les autres candidats ?
Nous avons tous voulu les primaires, c’est la garantie de l’unité. Nous serons donc tous derrière celui qui gagnera.

- Le FN, votre principal concurrent au 1er tour ?
Il ne peut apporter de réponse pertinente à cette crise. Certains de nos concitoyens se laissent tenter par des solutions simplistes, qui ne pourraient avoir rien de bon pour le pays. A nous de convaincre.

- La gauche peut-elle espérer l’emporter en cas de grosse désunion à droite ?
Je ne le pense pas. Elle s’est discréditée, son bilan s’assimile à une faillite. Sa défaite sera extrêmement sévère l’an prochain.

- Les relations entre la Métropole et le conseil départemental ?
Elles sont excellentes. Nous avons très vite bouclé la négociation de transfert des compétences sans que le préfet soit obliger d’arbitrer. Au quotidien, nous travaillons dans un bon esprit, nous avons toujours veillé à ne pas être engagés dans une concurrence stérile.

- Et vos relations personnelles avec Christian Estrosi ?
Elles sont basées sur une relation très ancienne d’amitié et de travail. On n’est pas forcément d’accord sur tout, mais nous avons toujours eu la capacité d’unir nos forces pour servir l’intérêt commun.

- Immigration : le contrôle est-il suffisant aux frontières ?
Non, même si le rétablissement du contrôle que l’on réclamait depuis plusieurs années a amélioré la situation. Les contrôles aux frontières internes de l’Europe apportent un progrès appréciable, mais ne répondent pas à toutes les situations. Car aux frontières externes, l’Europe est une passoire, elle a été extrêmement naïve en matière de politique migratoire.

- La Turquie doit-elle être traitée différemment ?
Elle constitue un des sillons migratoires majeurs, avec une attitude ambiguë du président Erdogan et de son gouvernement. Elle a favorisé l’entrée des migrants, notamment en organisant des traversées vers les îles grecques. Elle essaye maintenant de monnayer dans un chantage odieux une plus grande fermeté contre des visas pour ses propres ressortissants...

- La coopération
des polices européennes ? Certains pays n’ont pas assumé correctement leurs obligations. Il y a des failles dans les contrôles d’identité, dans le relevé des empreintes aux entrées de l’Europe : certains auteurs identifiés des attentats de Paris sont passés par la route des migrants sans être repérés alors qu’ils étaient fichés. Nous devons aller beaucoup plus loin sur les dispositifs de coopération.

- L’état d’urgence, on pourra en sortir un jour ?
Pour moi, ce n’est pas un problème tant qu’il est un outil pour nous protéger de la menace terroriste. Ses dispositions peuvent être appliquées sous le contrôle du juge administratif. Il n’y a pas eu de débordement. Tant que la menace est vivace, il est justifié.

SON ACTIVITE PARLEMENTAIRE
L’an passé, Eric Ciotti a posé à l’Assemblée 843 questions écrites, est intervenu à 1063 reprises dans l’Hémicycle, a déposé 21 propositions de loi et en a cosigné 99 autres. Il a également participé à sept rapports parlementaires. Il s’est spécialisé sur les questions de sécurité et de laïcité, il voudrait que ce mot soit rajouté à la devise de la République aux côtés de Liberté, Egalité,Fraternité.Il a présidé la commission d’enquête parlementaire sur la surveillance des filières et des individus djihadistes qui a remis en 2015 un rapport au président du la République dont plusieurs préconisations ont été retenues : renforcement des forces de sécurité, surveillance des sources de financement du terrorisme, création de centres de déradicalisation.
Il est aussi à l’origine de plusieurs dispositions sur la loi de programma- tion sur l’exécution des peines (2011), et de la loi contre l’absentéisme scolaire permettant la suspension des prestations familiales (cette dernière étant abrogée en 2012 par la nouvelle majorité).

SON PARCOURS
1965, naissance à Nice.
- Marié, père de trois enfants.
- Diplômé de sciences- économiques, de Sciences-Po Paris.
1989, conseiller municipal de Saint-Martin-Vésubie.
95-98 : entre au cabinet de Jean-Claude Gaudin à la région.
2003-2007  : directeur de cabinet de Christian Estrosi au conseil général-06.
2007  : élu député de la 1ère circonscription (réélu en 2012).
2008  : élu conseiller général de Saint-Martin-Vésubie, président du conseil général-06 (réélu en 2011).
Responsabilités nationales
- Secrétaire national de l’UMP.
- Vice-président du groupe UMP à l’Assemblée.
- Secrétaire général adjoint Les Républicain.
- Membre de la commission des lois à l’Assemblée.

Photo : DR
Eric Ciotti, député LR et président du conseil départemental.

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