Economie

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12 avril 2018

Est-ce vraiment utile de
Est-ce vraiment utile de couper des têtes ?
Jean-Michel Chevalier
Les Petites Affiches

Contrairement aux trains, la révision institutionnelle est sur les rails. Elle a débuté il y a quelques mois par des négociations entre les deux assemblées et les groupes politiques. Le Premier ministre vient de détailler les grandes lignes de son projet. En bon chef de gare, il a donné la cadence : une première lecture avant l’été, une adoption en 2019. Il s’agit "ni de revenir à la quatrième République ni de passer à la sixième" selon Édouard Philippe.
Dans ce chamboule-tout programmé, le grand public retiendra surtout un symbole : la diminution à venir du nombre des députés et sénateurs. C’est une mesure réclamée depuis longtemps par une opinion dont on sait, depuis 1789, qu’elle a tôt fait de placer quelques têtes en haut des piques pour exorciser à la fois ses fantasmes et ses frustrations.
Mesure "populaire" donc, pour ne pas dire "populiste". Parce qu’enfin, est-ce que 577 députés sont vraiment de trop pour décider de la vie sociale, économique, politique d’un pays riche et complexe de 65 millions de citoyens ?
Il a donc été décidé de faire plaisir à la base, persuadée par des réseaux sociaux véhiculant pétitions et fake news à longueur de journée, que "l’élite" jouit de privilèges exorbitants. Mais dans le gouffre abyssal des finances publiques - bientôt 100% du PIB - les économies qui seront réalisées compteront évidemment pour peanuts. Les assemblées travailleront-elles mieux et plus vite, en un mot seront-elles plus efficaces ? Cela reste à démontrer...
Ce qui est certain, en revanche, c’est qu’une fois de plus on va éloigner le citoyen lambda de ses représentants. La bouche en cœur, on s’étonnera que le corps électoral se mobilise de moins en moins. Alors que l’on sait pertinemment que les Français ont besoin de proximité avec leurs élus : ce n’est pas un hasard si le maire, qui vit en permanence au milieu de sa population, demeure leur favori. Et s’il y a moins de députés sur le terrain, il y aura aussi moins de relais à Paris pour porter des dossiers et défendre des causes "locales", comme la lutte contre la fermeture d’une usine par exemple.
Sans doute faut-il moderniser notre démocratie, la dépoussiérer d’anciennes (et mauvaises) habitudes, comme le cumul des mandats dans le nombre et la durée. Peut-être même que la dose de proportionnelle sera au final bénéfique pour une représentation nationale plus... représentative.
Mais vouloir nous aligner de manière quasi comptable sur nos voisins européens n’a pas de sens : après tout, les Allemands ont au Bundestag une centaine de députés de plus que nous et n’ont pas l’air de s’en porter plus mal...

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