IA : Bruxelles lance l’appel à projets pour les gigafactories, la France se positionne
- Par Valérie Noriega --
- le 31 juillet 2026
La France confirme sa stratégie de souveraineté numérique en se portant candidate à l’accueil d’une « AI Gigafactory » dans le cadre d’un appel à projets lancé par la Commission européenne via l’entreprise commune EuroHPC. L’objectif est de doter l’Europe de nouvelles infrastructures de calcul de très grande capacité pour soutenir le développement et le déploiement de l’intelligence artificielle.
L’appel à projets européen vise à renforcer la chaîne de valeur de l’IA en Europe en favorisant l’émergence d’infrastructures de calcul performantes, sécurisées et décarbonées. Parmi les critères d’évaluation retenus par EuroHPC figurent notamment la diversification des fournisseurs ainsi que les garanties apportées en matière de sécurité des données.
Pour appuyer sa candidature, l’État français annonce un engagement d’achat de 100 millions d’euros de capacités de calcul auprès du projet qui serait retenu sur le territoire national. Cette capacité sera destinée à répondre, à partir de 2027, aux besoins des administrations publiques, de la recherche et des établissements hospitaliers. Cet engagement porte sur l’acquisition de services auprès d’opérateurs privés et s’ajoute aux investissements déjà réalisés par l’État dans ses propres infrastructures de calcul.
Ce mécanisme de commande publique vise à sécuriser les investissements nécessaires au développement de ces infrastructures tout en favorisant l’effet de levier sur les financements privés. Selon le gouvernement, cette visibilité doit accélérer le déploiement de l’intelligence artificielle dans les services publics, conformément aux objectifs du plan « Notre IA ».
L’initiative européenne complète les investissements déjà réalisés dans les supercalculateurs publics et les AI Factories opérées par le Grand équipement national de calcul intensif (GENCI). Elle introduit un nouveau maillon consacré aux infrastructures privées de très grande échelle, avec une exigence forte de valeur ajoutée européenne dans la composition des consortiums candidats.
La France indique également vouloir explorer, dans les prochaines semaines, des partenariats avec d’autres États membres afin de mobiliser des investissements complémentaires et de renforcer la dimension européenne du projet.
Les candidatures sont ouvertesaux consortiums réunissant entreprises, organismes publics et investisseurs, ou à des entités ad hoc constituées à cette fin. À l’issue de la période de dépôt des dossiers, EuroHPC procédera à la sélection des projets.
Pour Roland Lescure, ministre de l’Économie, des Finances et de la Souveraineté industrielle, énergétique et numérique, la France dispose d’atouts structurels pour accueillir une telle infrastructure. « La France, avec son électricité décarbonée et son écosystème innovant, est la terre d’accueil idéale pour les gigafactories d’IA. C’est ici, en Europe, que se joue l’avenir souverain et compétitif de l’intelligence artificielle », affirme-t-il. Le gouvernement met également en avant les usages attendus dans les administrations. « Déployer l’IA au bénéfice d’un million d’agents publics suppose une puissance de calcul massive, et nous la voulons sur notre sol, sous notre droit. C’est le sens de l’engagement d’achat de 100 M€ que prend aujourd’hui l’État. La souveraineté numérique ne se décrète pas, elle se construit », souligne David Amiel, ministre de l’Action et des Comptes publics.
Du côté de la recherche, Philippe Baptiste, ministre de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Espace, considère que ces nouvelles infrastructures viennent compléter les capacités existantes. « La puissance de calcul est devenue une condition indispensable de la découverte scientifique, au même titre que les laboratoires et les grands équipements. Avec les AI Gigafactories, nous complétons le continuum français et européen qui va de Jean Zay et des AI Factories opérées par GENCI jusqu’aux infrastructures privées de très grande échelle », explique-t-il, estimant qu’elles permettront aux chercheurs, étudiants et jeunes entreprises de développer les prochaines générations d’intelligence artificielle.
La ministre déléguée chargée de l’Intelligence artificielle et du Numérique, Anne Le Hénanff, insiste enfin sur la dimension industrielle et stratégique du projet. « Avec l’initiative AI Gigafactories, la France s’engage aux côtés de l’Union européenne pour développer des capacités de calcul souveraines en IA sur notre sol. Cette initiative permettra de construire une chaîne de valeur européenne sur les centres de données à l’IA », déclare-t-elle, en défendant « une troisième voie, alliant sécurité des données, interopérabilité et excellence environnementale pour les infrastructures de calcul ».