Jean-Christophe Caffet analyse les fragiles équilibres de l’économie mondiale devant les adhérents du MEB
- Par Valérie Noriega --
- le 11 février 2026
Mardi 10 février, le Monaco Economic Board (MEB) organisait au Novotel Monte-Carlo une conférence économique en partenariat avec Gramaglia et la Banque Populaire Méditerranée. À cette occasion, Jean-Christophe Caffet, économiste en chef de Coface, était invité à présenter en avant-première monégasque les grandes lignes de son analyse macroéconomique, quelques jours avant le Colloque Risque Coface de Paris.
Devant près d’une centaine de dirigeants et décideurs économiques de la Principauté, l’économiste a dressé un panorama complet de l’économie mondiale dans un contexte qu’il qualifie de « calme pendant la tempête ». Un paradoxe qui illustre, selon lui, un environnement marqué par une incertitude exceptionnelle : « Je ne peux pas encore vous dire si on a évité les tempêtes ou si on est dans l’œil du cyclone », a-t-il déclaré, soulignant la fragilité d’un équilibre susceptible d’être remis en cause par de nouvelles surprises économiques ou géopolitiques.
Ancien cadre de TotalEnergies, Jean-Christophe Caffet a longuement abordé les enjeux liés à la transition énergétique. Si l’objectif de neutralité carbone à l’horizon 2050 lui semble difficilement atteignable - « même à horizon 2100, ça ne me paraît pas complètement gagné » - la transformation est bien engagée et continue de peser durablement sur les politiques industrielles et économiques.
Pour l’Europe et la Chine, fortement dépendantes des importations d’hydrocarbures, cette transition constitue également un enjeu majeur d’indépendance stratégique. Contrairement à certaines idées reçues, les acteurs du secteur énergétique y trouvent aussi un intérêt économique, l’électricité verte étant aujourd’hui moins coûteuse à produire.
La politique commerciale américaine a également été passée au crible, notamment l’impact des mesures protectionnistes. Selon l’économiste, celles-ci se révèlent globalement peu efficaces, leur coût étant majoritairement supporté par les entreprises et les consommateurs américains, même si certains exportateurs étrangers ont consenti à réduire leurs marges.
Dans un contexte de découplage croissant entre les États-Unis et la Chine, l’Europe pourrait par ailleurs faire face à un afflux de produits chinois, conséquence directe d’une surcapacité industrielle en forte progression. Une situation susceptible d’exercer une pression supplémentaire sur le tissu industriel européen.
Les dynamiques inflationnistes demeurent contrastées selon les régions. Aux États-Unis, l’inflation devrait rester supérieure aux objectifs des autorités monétaires jusqu’à la fin de l’année 2026, tandis qu’en Europe, les tensions se sont nettement atténuées. Jean-Christophe Caffet a toutefois rappelé qu’« au cours des dix-huit derniers mois, il y a eu soixante baisses de taux des banques centrales des pays développés », indiquant que le cycle d’assouplissement monétaire touche désormais à sa fin.
Prévisions 2026
Le scénario central présenté par Coface anticipe un léger ralentissement de la croissance mondiale, attendue à 2,6 % en 2026, soit une baisse de 0,2 point, principalement imputable à la Chine. Les risques pesant sur cette trajectoire restent clairement orientés à la baisse. « Si vous identifiez des risques géopolitiques haussiers de toute nature, faites-moi signe, moi je n’en ai pas trouvé », a ironisé le conférencier. Cette fragilité économique se manifeste déjà par une augmentation significative des défaillances d’entreprises dans de nombreuses économies.
La conférence s’est conclue par un échange nourri avec le public, permettant d’aborder la situation spécifique de plusieurs pays et d’évoquer le risque d’un éclatement de la bulle de l’intelligence artificielle. Un scénario qui pourrait toucher en particulier les entreprises pure players ayant multiplié les applications basées sur l’IA, un sujet qui, selon Jean-Christophe Caffet, mérite à lui seul un débat approfondi.