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15 février 2018

La majorité numérique (...)
 La majorité numérique n'attend pas le nombre des années...
Jean-Michel Chevalier
Les Petites Affiches

De la même façon que les radars n’empêchent pas les gens pressés de
dépasser la vitesse autorisée, il est à craindre que le texte adopté par les députés sur l’âge "légal numérique" ne change pas grand chose dans les faits.
Il y a eu débat sur la nécessité de porter à 13, 15 ou 16 ans l’âge de la majorité virtuelle derrière les écrans. Mais les gamins et les ados d’aujourd’hui ne sont pas tombés de la dernière pluie.
À l’aise avec les nouvelles technologies qui se sont développées en même temps qu’eux, les "digital natives" savent bien mieux que leurs aînés passer outre les interdits que le net essaie - timidement - de dresser devant eux. En bidonnant avec une facilité déconcertante les garde-fous existants sur les réseaux sociaux, en détournant les parades sensées les empêcher de télécharger par exemple des films "olé olé".
En principe, jusqu’à présent, il faut avoir 16 ans révolus pour pouvoir s’inscrire sur Facebook. Mais les garnements bidouillent évidemment leur année de naissance, ce qui leur permet de se passer de l’autorisation
parentale pourtant exigée.
Il va sans dire que le géant américain, qui se repaît tel un ogre de nos données personnelles pour les utiliser à ses "faims" publicitaires, n’a pas les moyens techniques de procéder à des vérifications.
Si tant est, d’ailleurs, qu’il en ait la volonté...
Avec cette loi, comme avec bien d’autres, on se sera sans doute fait plaisir en pensant protéger d’abord les jeunes contre eux-mêmes et contre les dangers des réseaux sociaux, mais les résultats concrets sont incertains.
Seule certitude : les gendarmes du net - il paraît qu’il y en a... - disposeront avec ce texte d’un moyen légal supplémentaire pour tirer les oreilles aux sites peu regardants qui acceptent sans barguigner les inscriptions. Du moins ceux qui seront accessibles, c’est-à-dire basés en France ou en Europe. Pour les autres...
En tout cas, il ne faudra guère compter sur "la force injuste de la loi" comme le disait naguère François Mitterrand - une formule surprenante venant d’un président de la République qui fut avocat... - pour terroriser les ados boutonneux qui veulent surfer sur des terrains marécageux.
Ils ne risquent évidemment rien d’autre qu’une remontée de bretelles parentale si leur "forfaiture" est mise à jour.
Quant aux sites qui pourraient être incriminés, ils ont encore de beaux jours devant eux . Car s’ils risquent des poursuites aussi terribles que celles engagées envers ceux qui publient au grand jour des appels à la discrimination raciale ou sexuelle, des considérations oiseuses ou des "fake news", ils peuvent continuer à dormir tranquille.

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