La mise en garde du président de la FBTP 06 face à l’imprévisibilité
- Par Sébastien Guiné --
- le 31 mars 2026
Avec la hausse des prix qui pourrait se poursuivre, Patrick Moulard appelle les entreprises de BTP qui le peuvent à ne pas signer de contrats n’intégrant pas une clause d’imprévision.
Président depuis 2021, Patrick Moulard a beau être habitué à gérer des crises, il affiche, face aux nouveaux bouleversements liés à la guerre au Moyen-Orient, beaucoup de prudence, voire même du pessimisme. Après une année 2025 très compliquée et au cours de laquelle il déclarait en janvier que le secteur avait sans doute « touché le fond », il entrevoyait une embellie pour 2026, avec déjà une reprise des mises en chantier de +13,9 % à fin janvier (sur un an glissant). Mais la hausse généralisée des prix de l’énergie et des matières premières pourrait remettre en cause cette fragile reprise dans la construction de logements. Patrick Moulard rappelle la dépendance au pétrole, pour le transport évidemment mais aussi pour les matériaux fabriqués à base de plastiques. Il y a également une dépendance au gaz « pour les vitrages, les aciers, la terre cuite… Tous nos métiers seront impactés », prévient-il. « Avec les fournisseurs, on a l’impression de revivre le conflit en Ukraine où on nous annonçait ne maintenir des prix que pour 48 heures et de ne pas s’engager au-delà. C’est une vraie interrogation pour nos devis car un certain de nombre de nos clients ne se décident pas en 48 heures… ».
« Se préserver »
Pour contrer cette instabilité des prix, la fédération nationale du bâtiment (FFB) a demandé il y a quelques jours « la mise en place urgente de l’observatoire d’établissement des prix des matériaux » qui « permettrait de prolonger ce qui se pratique pour certains marchés du BTP, avec des révisions de prix calées sur les index BTP calculées par l’INSEE ». De son côté, la Fédération nationale des travaux publics (FNTP) indiquait déjà il y a quelques semaines être « très vigilante à l’évolution des index TP publiés par l’INSEE ».
Localement, Patrick Moulard, président d’une fédération qui regroupe bâtiment et travaux publics, appelle les entreprises « pour des contrats naissants ou en cours de négociation à ne pas s’engager avec un client qui n’est pas en mesure d’appliquer la clause d’imprévision ». L’imprévision permet à l’une des parties signataires d’un contrat d’exiger une nouvelle négociation lorsque survient un événement imprévisible (comme ce fut le cas pour la guerre en Iran) et qui permet de « réindexer un certain nombre de tarifs ».
Patrick Moulard précise que cette clause a commencé à être supprimée de certains contrats après la crise du Covid. Il a toutefois bien conscience qu’il « faut avoir le carnet de commandes suffisant pour pouvoir refuser un projet ». « Le mieux est d’avoir des clauses de révision des prix dans les contrats privés mais c’est difficile à faire passer », souligne Ludovic Patti, secrétaire général de la FBTP 06. « L’idée est de se préserver par rapport à des choses qu’on ne peut pas maîtriser. »
Quels projets avec les JO ?
À cette situation, liée au contexte international, s’ajoutent le risque de la hausse des taux d’intérêt et des incertitudes liées au contexte local après les élections municipales. Il y a d’abord les projets liés aux JO d’hiver 2030. Sans être contre les Jeux, le nouveau maire de Nice Éric Ciotti – et vraisemblablement futur président de la métropole Nice Côte d’Azur – a fait part de divergences avec le projet de son prédécesseur, Christian Estrosi. « On peut se poser des questions sur ces gros projets d’infrastructure. Il faut être prudent », avance Patrick Moulard à ce sujet. Parmi l’héritage des Jeux espéré pour Nice : la construction de logements, qui permettraient de répondre à une grande partie des besoins liés à la réindustrialisation de la métropole niçoise et de la communauté d’agglomération de la Riviera française (CARF), estimés à 1 000 logements. Sur le bassin Grasse – Cannes – Sophia, ces besoins sont estimés à 2 650 logements. La FBTP 06 et l’UIMM 06 craignent le risque de recréer des emplois dans l’industrie sans pouvoir loger les salariés. Les autres interrogations post-élections concernent le projet de ligne 4 du tramway vers Cagnes-sur-Mer. Même si, comme l’indique le président de la FBTP 06, des entreprises ont déjà « reçu des ordres de service pour le dévoiement des réseaux de la ligne 4 ».
