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26 avril 2018

Le nécessaire acharnement
Le nécessaire acharnement juridique autour du cas Vincent Lambert
Jean-Michel Chevalier
Les Petites Affiches

Il reviendra au Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne de se prononcer "définitivement" sur l’arrêt des soins décidé pour Vincent Lambert, un homme de 41 ans vivant en état végétatif depuis 2008 à la suite d’un accident de la route.

Un arrêt des soins qui, ipso facto, entraînera à court terme la mort de ce patient hospitalisé au CHU de Reims et dont la destinée personnelle cristallise les passions entre les tenants de ce que l’on pourrait appeler "la vie à tout prix" et ceux qui sont favorables à une "mort assistée" pour ne pas utiliser le mot d’euthanasie.
La situation dramatique de cet homme ne serait pas venue sur la place publique si sa propre famille n’était pas aussi divisée et même irréconciliable sur son cas. D’un côté les parents et une sœur qui se battent pour qu’il continue à vivre, déniant aux médecins le droit de "débrancher". De l’autre, l’épouse et un neveu, qui ne veulent plus d’un "acharnement thérapeutique" qu’ils estiment aussi inutile qu’inhumain.
Vincent Lambert n’ayant pas laissé, comme beaucoup d’entre nous, de "directives anticipées" et n’étant plus en mesure de dire sa volonté, c’est donc tout l’entourage familial, médical, judiciaire et même politique qui se penche à son chevet. À travers lui, c’est du tabou du droit à une mort "dans la dignité" qu’il est question, vaste sujet philosophique auquel personne ne peut apporter de réponse satisfaisante, en tous cas consensuelle.
Ce que vient de dire la justice administrative, c’est que la décision collégiale de médecins d’arrêter les soins ne constitue pas en l’espèce une garantie "suffisante" pour prendre une décision aussi grave : elle s’appuie sur une
expertise réalisée en 2014, alors que le cas Lambert se trouvait devant le Conseil d’État. Le T.A. de Châlons veut donc savoir si,
depuis cette époque, le tableau clinique a évolué, avant d’autoriser ou pas...
Depuis le début de cette douloureuse affaire, les médecins ne sont pas restés seuls en première ligne face à leur conscience et face aux volontés contradictoires de la famille. Les tribunaux ont été régulièrement saisis, jusqu’à la Cour européenne des droits de l’Homme.
Un "acharnement juridique" qui, pour les parties, relève sans doute d’un supplice chinois lent et cruel, mais qui est nécessaire dans un état de Droit. Les "sachants" ne peuvent et d’ailleurs ne souhaitent - décider seuls du haut de leur science de la vie ou de la mort d’un individu.
Vincent Lambert va donc faire l’objet d’une nouvelle expertise. Espérons que ce sera la dernière.

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