Patrimoine : la « grande transmission » pourrait représenter 6 200 milliards d’euros d’ici à 2040 selon le CSN
- Par Valérie Noriega --
- le 22 septembre 2026
Le patrimoine transmis aux générations suivantes pourrait atteindre environ 6 200 milliards d’euros entre 2025 et 2040, selon une estimation publiée mardi par le Conseil supérieur du notariat (CSN). L’institution souligne toutefois les incertitudes qui entourent un phénomène qui dépasse largement le seul cadre des successions.
La France entre-t-elle dans l’ère de la « grande transmission » ? C’est l’une des questions auxquelles le Conseil supérieur du notariat tente d’apporter des éléments de réponse dans une étude rendue publique ce mardi 22 septembre.
En croisant des données de l’Insee et de la Direction générale des finances publiques (DGFiP) avec une enquête menée auprès des notaires en mai 2026, le CSN estime à environ 6.200 milliards d’euros, dans son scénario médian, le patrimoine susceptible d’être transmis entre 2025 et 2040.
Ce chiffre doit toutefois être interprété avec prudence. Il ne correspond ni au montant des successions effectivement déclarées, ni à celui du patrimoine qui sera soumis aux droits de succession. Aucun dispositif statistique ne permet aujourd’hui de mesurer de façon exhaustive l’ensemble des patrimoines transmis, qui comprennent les successions, les donations et l’assurance-vie.
Donations, successions et assurance-vie
Pour établir son estimation, le CSN est parti d’un montant de 159,3 milliards d’euros de capitaux transmis au décès en 2018, calculé à partir d’un modèle de la DGFiP. En faisant évoluer cette base selon les projections de décès de l’Insee et différentes hypothèses d’évolution du patrimoine, l’institution aboutit, dans son scénario médian, à 3 096 milliards d’euros de patrimoine transmis au décès entre 2025 et 2040. Le CSN considère ensuite que les capitaux transmis au décès représentent environ la moitié du flux global de transmission. D’où son estimation d’environ 6 200 milliards d’euros sur quinze ans.
Cette approche intègre les différentes formes que peut prendre la transmission du patrimoine. Selon l’enquête réalisée par le CSN entre le 5 et le 16 mai 2026, 27,2 % des successions ont été précédées d’une ou plusieurs donations. Le montant moyen de la première donation s’établit à environ 300 000 euros, pour un âge moyen du donateur de 64 ans.
Autre caractéristique mise en avant par les notaires : plus de 60 % des successions qu’ils traitent ne donnent pas lieu au paiement de droits au décès. Le patrimoine transmis ne se confond donc pas avec le patrimoine taxable. Les abattements fiscaux, mais aussi les transmissions réalisées avant le décès, réduisent l’assiette effectivement soumise aux droits de succession.
L’assurance-vie constitue par ailleurs un autre canal de transmission, dont les modalités spécifiques font qu’elle est souvent traitée en dehors des déclarations de succession.
Un effet limité sur les recettes fiscales
L’ampleur annoncée du phénomène ne signifie pas pour autant que les droits de succession et de donation vont devenir une source majeure de recettes pour l’État.
À législation inchangée, le CSN estime que la « grande transmission » entraînerait une augmentation de moins de 30 % du flux annuel de successions par rapport à celui observé entre 2018 et 2024. Les droits de donation et de succession représentent aujourd’hui environ 4,5 % des recettes fiscales de l’État. Selon le CSN, même une progression de ces recettes ne serait donc pas de nature à contribuer de façon significative à la réduction du déficit public.
Le coût de la dépendance pourrait réduire le patrimoine transmis
L’estimation à 6 200 milliards d’euros constitue par ailleurs un ordre de grandeur et non une prévision certaine. Le CSN souligne notamment l’incidence potentielle du financement de la dépendance et des soins de fin de vie. Ces dépenses pourraient réduire le patrimoine finalement transmis aux héritiers. Elles peuvent aussi modifier en amont les comportements des générations qui souhaitent organiser leur succession, en les incitant à conserver davantage de liquidités ou à anticiper certaines dépenses futures.
Au-delà de la question fiscale, le notariat met ainsi en avant la question du calendrier des transmissions. Pour le CSN, le développement des transmissions anticipées constitue un enjeu important, à la fois pour les familles et pour l’économie.