Quand l’espace devient un allié des océans
- Par Manon Laniel --
- le 10 juillet 2026
Réunis le 2 juillet dernier à Monaco, experts du spatial, scientifiques, industriels et décideurs internationaux ont exploré le rôle grandissant des satellites dans la protection des océans et la lutte contre le changement climatique.
« Le spatial permet d’observer de très grandes surfaces, notamment les océans, pour détecter des pollutions ou des activités maritimes illégales. » Pour Olivier Minazzoli, administrateur du Bureau des Affaires Spatiales créé en 2021 à Monaco, l’espace n’est plus seulement un terrain de conquête scientifique. Il devient un outil concret au service de la planète.
À l’Auditorium Rainier III, sous le Haut Patronage de S.A.S. le Prince Albert II, la troisième édition de l’Ocean Space Forum a confirmé cette ambition. Le rendez-vous était organisé par le Gouvernement princier, en partenariat avec le Centre national d’études spatiales (CNES) et Prométhée Earth Intelligence. Il s’inscrit dans la stratégie de la Principauté visant à développer les technologies spatiales au service de la protection de l’océan et de l’action climatique.
Créer des passerelles entre le maritime et le spatial
Au fil des conférences et des tables rondes, un même constat s’impose : les technologies existent, mais leurs utilisateurs potentiels ne les connaissent pas toujours. « L’idée de ce forum, c’est de réunir deux communautés qui ne se parlent que trop peu : la communauté du maritime et celle du spatial, parce que le spatial a beaucoup à apporter au monde maritime », explique Olivier Minazzoli. Les satellites permettent aujourd’hui de surveiller des milliers de kilomètres carrés d’océan, de détecter des nappes d’hydrocarbures, de suivre l’évolution de certaines pollutions ou encore de repérer des activités de pêche illégale. « Beaucoup d’acteurs du maritime ne connaissent pas encore ces technologies qui pourraient pourtant leur être utiles », poursuit-il.
Cette édition a réuni un large écosystème international, des agences spatiales européennes, françaises, italiennes, sénégalaises ou maldiviennes aux agences des Nations Unies, en passant par des chercheurs, des entreprises innovantes et plusieurs organisations engagées dans la protection du milieu marin.
Des applications déjà concrètes
Au-delà des réflexions stratégiques, le forum a mis en avant des solutions déjà opérationnelles. Olivier Minazzoli cite notamment une lettre d’intention signée entre la start-up monégasque Grogenics et l’Agence spatiale sénégalaise afin d’améliorer la détection des sargasses, ces algues toxiques favorisées par le réchauffement climatique. « L’idée est d’utiliser les satellites afin de détecter ces sargasses avant qu’elles n’arrivent sur les côtes, pour pouvoir intervenir immédiatement », explique-t-il. Les nouvelles générations de satellites, équipées d’imagerie multispectrale – avec un haut niveau de détails – permettent désormais de distinguer différents types d’algues, de détecter des hydrocarbures ou de suivre l’évolution d’une pollution quasiment en temps réel.
Les échanges ont également porté sur trois grands défis : la crise climatique et ses conséquences sur les océans, la gouvernance et le respect du droit maritime international, ainsi que les nouvelles opportunités offertes par les technologies spatiales et océaniques. L’édition 2026 s’inscrivait aussi dans la dynamique de l’Alliance Space4Ocean, lancée lors de l’UNOC de Nice en 2025, dont Monaco est membre fondateur.
Pour autant, la technologie ne suffira pas à elle seule. « La priorité absolue reste la réduction des émissions de carbone », rappelle Olivier Minazzoli. Les satellites constituent un formidable outil d’observation et de surveillance, mais aussi un moyen d’accompagner les politiques publiques et d’accélérer la coopération internationale au service de la préservation des océans.

