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Quelle place pour le vélo partagé dans les politiques de mobilité ? Entretien avec Simon Le Guern, Lime

Après l’euphorie des premières années de la micromobilité, le marché du vélo en libre-service entre dans une phase de consolidation, où la qualité du service et l’ancrage territorial deviennent déterminants. À Nice, Lime revendique une adoption en forte progression depuis son lancement en 2023, avec plus de 350 000 utilisateurs uniques en 2025. L’opérateur construit un véritable réseau métropolitain, au-delà du seul centre-ville. Extension à Villefranche-sur-Mer, intermodalité avec les transports en commun, maillage des communes périphériques : Lime inscrit le vélo partagé dans une logique de réseau et de complémentarité avec les politiques de mobilité des collectivités.
Quel bilan tirer du déploiement azuréen et comment le modèle du vélo partagé est-il appelé à évoluer ? Entretien avec Simon Le Guern, Responsable des relations avec les collectivités, Marseille et Région Sud chez Lime.

En 2023 Lime a lancé son service de vélos électriques en libre-service sur la Métropole Nice Côte d’Azur. Quel regard portez-vous sur ce déploiement à ce jour par rapport à vos ambitions de départ ?

 Lorsque nous avons lancé le service à Nice, nous avions un objectif clair : proposer un service de mobilité douce, adapté et responsable à l’échelle métropolitaine, pas seulement en centre-ville de Nice. C’est ce que nous avons mis en place dès le départ avec 1 000 vélos, 240 emplacements répartis sur désormais 13 communes de la métropole, avec l’efficacité opérationnelle du leader de la micromobilité qui permet d’assurer une répartition de la flotte sur tout le territoire.
Un peu plus de deux ans après, le bilan est extrêmement positif et démontre que Nice est devenue une grande ville cyclable  : d’année en année, le nombre de trajets réalisé augmente de plus de 60%, au même titre que le nombre d’usagers. En 2025, ce sont plus de 350 000 usagers uniques qui ont utilisé notre service dans Nice et sa métropole : on peut dire que le service est ancré dans les usages quotidiens des habitants, pas seulement chez les touristes, en témoigne le taux d’usage de nos formules d’abonnement (plus d’un tiers des usagers). Notre récent déploiement à Villefranche-sur-Mer est la suite logique de cette trajectoire, un signal territorial fort : la présence des vélos en libre-service devient naturelle et souhaitable, un levier d’attractivité pour les villes avoisinant Nice.

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Qu’est-ce qui différencie Lime sur le marché de la mobilité partagé et explique sa capacité à rester un acteur majeur ?

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 La sélection du marché a eu raison des opérateurs focalisés sur l’expansion quantitative de leur flotte au détriment du lien avec les territoires. Désormais, la pérennité repose sur une double exigence : une excellence opérationnelle infaillible et une solide inscription locale. Ce qui nous distingue, c’est d’abord que nous concevons entièrement nos véhicules en interne. Cela peut sembler un détail technique, mais ça change tout  : on maîtrise la durée de vie de nos vélos, leur maintenabilité, leur recyclabilité. Les vélos Lime sont conçus avec plus de 60 pièces interchangeables. Cette conception permet de prolonger leur durée de vie, qui dépasse 11 ans, en facilitant les réparations, le remplacement des composants et leur recyclage. Elle s’inscrit dans une démarche “Repair, Reuse, Recycle”, au cœur du cycle de maintenance de nos vélos.
Parce que nous concevons nos propres véhicules et développons nos propres technologies, nous pouvons faire évoluer le service à partir des besoins observés sur le terrain. Lorsque les villes demandent davantage de sécurité, nous développons des outils de bridage et de contrôle. Si les usagers demandent davantage de confort, nous adaptons nos véhicules pour être au plus proche des attentes des utilisateurs. Quand les territoires présentent des contraintes particulières, nous faisons évoluer notre technologie pour y répondre.
Mais ce qui fidélise vraiment les métropoles, c’est la façon dont nous travaillons avec les collectivités. À Villefranche-sur-Mer, par exemple, nous avons travaillé en concertation avec la municipalité pour identifier des zones de stationnement adaptées à la réalité du terrain et aux flux de la ville. Nous nous tenons à la disposition de la Ville pour continuer à faire évoluer le service : l’évolution est continue, et nous nous adaptons aux besoins et aux changements que connaît chaque ville, à ses propres spécificités, nous efforçant de toujours mieux les prendre en compte pour garantir le meilleur service.

Le modèle du vélo partagé a beaucoup évolué ces dernières années : on est passé d’une logique de simple mise à disposition de vélos à une logique de partenariat avec les territoires. Qu’attendent les collectivités d’un acteur comme Lime lorsqu’elles déploient un service de mobilité sur leur territoire ?

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 Ce que les collectivités attendent d’un opérateur de vélos en libre service a profondément changé. Il y a cinq ans, un opérateur devait surtout prouver qu’il savait déployer des vélos sans créer de chaos. Aujourd’hui, Lime va plus loin et se positionne comme partenaire des villes, pour aider à mettre en place des politiques fortes et cohérentes de mobilité. Et ce positionnement est apprécié, car il y a une réelle attente des villes - et de leurs populations - sur la thématique de la cyclabilité. Concrètement, cela se traduit à travers trois engagements.
Le premier, c’est l’analyse de la demande réelle, que nous livrons en utilisant notre expertise fondée sur 10 années d’existence, et un service actif dans plusieurs centaines de communes, connaissant toutes des spécificités qui les rendent uniques. Avant de placer nos vélos, nous cartographions les flux de déplacement, la densité de population, les pôles générateurs de trafic gares, universités, zones d’activités. Nous créons des solutions accessibles au plus grand nombre pour les trajets courts du quotidien, s’inscrivant dans la logique de la “ville du ¼ d’heure” - autrement dit, une ville pensée pour que chacun puisse accéder aux services essentiels - commerces, écoles, soins ou transports - à moins de quinze minutes de chez soi, à pied ou à vélo.
Le deuxième, c’est l’intermodalité. Nous ne sommes pas là pour concurrencer les transports en commun mais pour les prolonger, les compléter. L’usager du TER qui doit faire ses deux derniers kilomètres : c’est exactement notre cœur de cible. Sur la métropole Nice Côte d’Azur, nous avons articulé nos emplacements vélos autour des nœuds de transport existants, et nous constatons une forte concentration d’usage au départ et à l’arrivée des gares, des arrêts de tramway. Les ambitions très concrètes des maires de la Côte d’Azur de créer des infrastructures cyclables de qualité, continue, nous permet néanmoins d’envisager d’aller plus loin avec un service “intercommunal”. C’est déjà le cas entre la métropole de Nice et la communauté d’agglomération de Sophia-Antipolis, toutes deux couvertes par Lime, et nous constatons avec plaisir que des usagers toujours plus nombreux se rendent, par exemple, d’Antibes à l’aéroport de Nice sur nos vélos !
Le troisième, c’est le respect des règles du jeu locales. Chaque commune a ses propres contraintes réglementaires. Nos vélos sont géo-bridés pour s’adapter aux contraintes des villes : vitesse réduite en centre-ville, vitesse de la marche dans les zones piétonnes. Nous ne négocions pas ces contraintes, nous les anticipons en amont avec les élus et les services techniques, dans l’objectif de garantir l’acceptabilité pour tous de notre service, et, surtout, un espace public apaisé.
Nos priorités sont simples : garantir un maillage équitable entre les communes et pas seulement les centres-villes et faire en sorte que le service s’intègre dans l’espace public sans le dégrader. C’est à ces conditions que le vélo peut réellement devenir une alternative désirable à la voiture individuelle..

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Le déploiement dans la Métropole Nice Côte d’Azur est donc intéressant car il ne concerne pas uniquement le centre-ville mais un ensemble de communes aux profils très différents. Comment Lime pense-t-il le maillage métropolitain ?

- Nous le constatons partout en France : là où des pistes cyclables existent ou sont en projet, l’adoption est nettement plus forte. C’est pourquoi nous contribuons aussi aux réflexions sur l’aménagement. Nos données d’usage permettent d’identifier les axes où une infrastructure cyclable aurait le plus d’impact. Le centre ne se suffit pas à lui-même, et la périphérie sans le centre n’a pas de sens. Ce que nous apprenons à Nice, c’est que la vraie valeur d’un service métropolitain, c’est la continuité. C’est d’ailleurs la logique qui a guidé l’extension à Villefranche-sur-Mer. Avec ce nouveau maillon, nous créons une continuité littorale inédite : les utilisateurs peuvent désormais relier Cagnes-sur-Mer à Beaulieu-sur-Mer sur 20 kilomètres sans jamais sortir du réseau Lime.
Et en périphérie plus lointaine, un habitant de Carros peut rejoindre la plage en 30 minutes à vélo Lime, contre 1h30 en bus. Ce sont ces connexions-là qui créent de la valeur réelle pour les habitants. Cela n’empêche pas le maintien de la qualité de service et l’optimisation dans les zones déjà denses.

Lime est disponible à Villefranche-sur-Mer depuis début août ©Ville de Villefranche-sur-Mer

La Côte d’Azur a des caractéristiques particulières : forte attractivité touristique, saisonnalité, relief, densité variable entre littoral et arrière-pays. Est-ce un territoire laboratoire intéressant pour imaginer les mobilités partagées de demain ?

 Oui et c’est l’une des raisons pour lesquelles ce territoire nous intéresse vraiment. La Côte d’Azur réunit des paramètres combinés que l’on ne trouve nulle part ailleurs : une forte attractivité touristique mais des villes dynamiques à l’année, un linéaire côtier très dense mais un arrière-pays rapidement contraint en termes de relief, et une hétérogénéité extrême entre les communes. Gérer un service de mobilité partagée ici, c’est apprendre à calibrer finement l’offre, à adapter les flottes, à gérer les pics de demande touristique sans dégrader le service pour les résidents.

Nice est linéaire le long du littoral, mais elle est aussi marquée par des dénivelés importants (collines). Avez-vous observé que l’assistance électrique permet de toucher des publics ou des trajets qui n’existaient pas avec un vélo classique ?

 C’est l’une des transformations les plus visibles. L’assistance électrique jusqu’à 25 km/h et les pneus larges du LimeBike, conçus pour toutes les surfaces, changent complètement la donne. Le dénivelé niçois était clairement un frein. L’assistance électrique l’efface pratiquement et cela ouvre un territoire entier à des usages qui n’existaient pas.

Le vélo partagé apporte beaucoup de données sur les déplacements quotidiens. Comment Lime travaille avec les collectivités pour transformer ces données en décisions d’aménagement urbain ?

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- Nous travaillons main dans la main avec les collectivités qui cherchent à réduire la congestion, améliorer la qualité de l’air et encourager des modes de vie plus actifs. Chez Lime, nous sommes convaincus que l’avenir des transports passe par une mobilité partagée, accessible et sans émission carbone, concret dans la réponse à ces enjeux. Chaque trajet réalisé en vélo ou en trottinette électrique est une opportunité de remplacer un déplacement individuel motorisé par une alternative plus sobre, plus efficace et mieux intégrée à l’espace urbain.
Depuis le début de notre collaboration, nous partageons les données d’usage avec la Métropole Nice Côte d’Azur. Concrètement : horaires d’utilisation, flux par zone, points de départ et d’arrivée, zones sous-utilisées. Ces données permettent d’identifier les trajets que les habitants veulent vraiment faire, pas ceux que les planificateurs imaginent. En croisant nos données avec les plans de déplacements urbains, nous pouvons repérer des besoins en aménagements cyclables.

Dans les faits, mesurez-vous réellement un effet de report modal : des utilisateurs qui auraient pris leur voiture ou un deux-roues motorisé et qui choisissent désormais un vélo Lime ?

 Ce que nous pouvons dire avec certitude, c’est que nos données d’usage sur Nice indiquent que la majorité des trajets couvrent des distances inférieures à 8 km, précisément le créneau pour lequel la voiture est la moins efficace et le vélo électrique le plus pertinent. Concrètement, un trajet type en Lime dans la métropole de Nice, c’est 13 minutes et 3,3 km. Depuis la mise en place en février 2026 de notre nouvelle formule d’abonnement “LimePrime”, nous avons constaté une très forte progression des usagers réguliers voire fréquents, indiquant une appropriation bien au-delà de l’usage touristique ou occasionnel.

Quelle est la prochaine ambition pour Lime dans la Région Sud ?

 Nous venons d’être sélectionnés par la communauté d’agglomération Estérel Côte d’Azur pour assurer un service de VLS dans 5 communes, très diverses, de ce territoire : Saint-Raphaël, Fréjus, Puget-sur-Argens, Roquebrune-sur-Argens, et les Adrets-de-l’Esterel. C’est une grande fierté pour nous, qui va surtout nous permettre de concrétiser une ambition claire de maillage territorial, en créant une continuité progressive de ville en ville. L’approche reste la même : étendre le périmètre d’utilisation de la flotte existante de manière maîtrisée, en concertation avec les collectivités qui nous font confiance. C’est comme ça qu’on construit un service qui dure.
Ensuite, au sein de chacun de ses territoires où nous sommes, où nous serons bientôt, nous avons à coeur de bâtir des partenariats plus structurés avec les acteurs économiques locaux : entreprises, universités, acteurs du tourisme. Je pense bien sûr au pôle d’attractivité de Sophia-Antipolis, sur le territoire de Valbonne, où les dynamiques s’intensifient entre la ville centre et cet espace marqué par une forte présence étudiante et une importante attractivité économique. Nous avons des offres dédiées qui permettent à ces acteurs d’intégrer Lime dans leur logique de mobilité. C’est un levier qui doit être plus exploité ici, et qui peut changer concrètement les habitudes de déplacement de beaucoup de salariés et d’étudiants.

Si l’on se donne rendez-vous dans cinq ans, avec l’explosion des possibilités offertes par l’IA, comment imaginez-vous l’évolution du vélo partagé d’ici là ?

 L’IA va changer deux choses fondamentales pour nous. La première, c’est l’anticipation. Aujourd’hui, nous positionnons des vélos en fonction de ce qui s’est passé. Demain, nous les positionnerons en fonction de ce qui va se passer en croisant météo, événements, flux de transport, comportements passés. Une flotte vraiment prédictive, c’est une disponibilité bien meilleure au profit des villes et des usagers, et des coûts d’opération réduits.
La deuxième, c’est la personnalisation. L’IA permettra de proposer à chaque utilisateur les itinéraires les plus adaptés à leur niveau, leurs préférences, leur destination en intégrant les conditions du moment. Ce ne sera plus un service standard mais un service qui s’adapte à chaque trajet.
Mais il y a une chose qui ne changera pas : la relation humaine avec les collectivités, sur laquelle nous sommes particulièrement investis. L’IA peut optimiser les opérations, elle ne remplace pas la confiance construite sur le terrain, commune par commune. C’est ce sur quoi nous continuons à travailler au quotidien, qui nous a conduits à Villefranche-sur-Mer aujourd’hui, en Estérel demain, et on l’espère bientôt dans plus encore de ces magnifiques villes qui font la fierté de la région.

Photo de une ©DR