Raser gratis coûte cher
- Par Jean-Michel Chevalier --
- le 3 septembre 2026
Vous en connaissez beaucoup, vous, des banques qui acceptent de « foutre au feu » (sic) à des remboursements de crédits, capital et intérêts, et de se passer volontairement des dernières annuités encore dues ? Si oui, n’hésitez surtout pas à partager leur contact : cela rendra service à ceux qui ont emprunté pour l’achat de leur logement, voiture, machine à laver…
C’est une caricature, bien sûr. Elle résume à gros traits la proposition de Jean-Luc Mélenchon pour tirer la France d’une ornière patiemment creusée en cinquante ans. Un déficit qui atteint aujourd’hui 3 561 milliards d’euros. Le patron des Insoumis propose d’annuler les 18 % de la dette détenus par la Banque de France, soit 469 milliards de cette colossale ardoise qui va encore se gonfler de 154 milliards à la fin de cette année. Son raisonnement est simple : la France se doit de l’argent à elle-même, elle peut donc passer l’éponge par un simple « jeu d’écriture ». Pour lui, c’est le moyen de retrouver « une marge de manœuvre budgétaire, sans coût réel pour le pays ». Que n’y avons-nous pas pensé plus tôt, tout va bien. Les Français débiteurs vont se réjouir de cet emprunt gratis quand les Français créanciers – souvent les mêmes – vont constater que l’on puise dans leur trésor (public). Embrassons-nous Folleville !
Les spécialistes de la spécialité disent que, techniquement, cette opération qui ressemble quand même à un hold-up des Français envers eux-mêmes serait « techniquement possible ». Mais serait-elle seulement souhaitable et efficace ? Non bien sûr. Ses conséquences sur les marchés – perte de confiance se traduisant par des hausses des taux d’intérêt – sont incalculables. Mais ce n’est pas le propos de « Jean-Luc », tout occupé à sa qualification au second tour de l’élection présidentielle, et qui préfère évidemment faire rêver le chaland que promettre la sueur et les larmes que les autres candidats, plus réalistes, nous pronostiquent pour les mois (et années) à venir.
Dans son élan, Mélenchon va jusqu’à proposer l’extinction de la dette des 27 auprès de la Banque centrale européenne, ce qui réduirait encore la douloureuse… Encore un peu, et l’on ne saura plus quoi faire de notre argent. Pour la France, on ne connaît pas encore les grandes lignes du prochain budget – le gouvernement organise bien sûr des fuites calculées pour tester les réactions de l’opinion et ensuite décider – que déjà LFI annonce qu’il le censurera vraisemblablement. Pour mieux morigéner contre une « loi spéciale » ou des 49.3 qui s’imposeront de facto si la représentation nationale ne réussit pas à trouver le plus petit commun dénominateur pour doter le pays d’un budget ?
S’il n’est électoralement pas payant de promettre des efforts, de la rigueur, des impôts, cela est au moins plus réaliste (j’allais écrire honnête) car nous sommes vraiment au pied d’un mur. Très haut, certes, mais pas infranchissable. Ce n’est pas la première fois que le pays connaît ce genre de situation. Il s’en est toujours relevé, sans avoir besoin d’écouter les sirènes qui promettent de raser gratis.
Les parlementaires de tous bords ont donc une énorme responsabilité, qui dépasse leurs petits intérêts personnels et ceux de leurs partis (comme les réélections après une plus que probable dissolution l’an prochain après la présidentielle). Sauront-ils faire passer le pays et des Français avant toute autre considération politicienne ?
On l’espère, mais rien n’est moins sûr…