Romain Rognone, président

Romain Rognone, président de RCP France Chemisage, a mobilisé des entreprises niçoises pour soutenir les pompiers dans le Var

Face aux violents incendies qui ont touché le Var, plusieurs chefs d’entreprise azuréens ont choisi de quitter leur activité le temps d’une journée pour venir en renfort des secours. Parmi eux, Romain Rognone, entrepreneur niçois de 37 ans et président de RCP France Chemisage, a pris l’initiative de rassembler plusieurs sociétés d’assainissement afin de mettre leurs camions au service des sapeurs-pompiers.

« En regardant les informations pendant mes vacances, j’ai vu à quel point les pompiers manquaient de moyens humains et matériels face à ce feu qui se propageait de partout  », explique-t-il. Ancien rugbyman, il dit avoir été guidé par « l’entraide » et « l’esprit d’équipe ». Les véhicules de son entreprise, capables de pomper d’importantes quantités d’eau et de les projeter à plusieurs dizaines de mètres, lui paraissent alors pouvoir être utiles sur le terrain.

Trois entreprises répondent à l’appel

En moins de 48 heures, Romain Rognone contacte une dizaine d’entreprises concurrentes du secteur. Dans un message adressé à ses confrères, il les invite à « mettre de côté rancœur et ego » pour former « une chaîne humaine » au profit des habitants du Var et des pompiers. Au final, trois entreprises répondent présentes. En parallèle, l’entrepreneur sollicite plusieurs relais institutionnels afin de coordonner cette initiative avec les services de secours. «  Dans la foulée j’ai contacté Benoît Kandel du cabinet du maire de Nice qui m’a assuré qu’il était derrière moi et me mettrait en relation avec les services sur place si besoin, également Patrick Villardry, ancien pompier pro et étant un habitué du bénévolat mondial par le biais de son association ULIS nous a également suivi à distance en relation avec le PC des sapeurs pompier sur place. » Un point de rendez-vous est fixé sur l’autoroute avant le départ des camions vers le Var. «  Tout s’est bien goupillé  », résume-t-il.

Alimenter les camions de pompiers au plus près du feu

À leur arrivée, les bénévoles sont d’abord dirigés vers Cotignac puis Barjols. Leur mission évolue rapidement en fonction des besoins du terrain. Les camions d’assainissement servent d’abord à pomper l’eau dans un ruisseau pour ravitailler en continu les camions-citernes des pompiers. Puis, avec l’accord du poste de commandement, les entrepreneurs s’approchent des zones les plus touchées afin de remplir de grandes citernes de 30 000 litres et d’alimenter les réserves utilisées par les secours. « Nous avons alterné avec la seule borne incendie encore en fonction et les ruisseaux pour faire des boucles de remplissage. Nous sommes rentrés dans les jardins des maisons évacuées pour remplir les piscines afin que l’hélicoptère Dragon puisse remplir sa réserve et veiller à ce qu’il n’y ait pas d’autres départs de feu ».

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L’engagement des sapeurs-pompiers a profondément marqué Romain. Il raconte avoir croisé un pompier « couvert de suie », mobilisé depuis plus de 24 heures, sans avoir dormi ni mangé. «  J’ai vu dans ses yeux la fatigue », confie-t-il, tout en saluant « une organisation magnifique  » des équipes engagées sur le terrain. « Ils sont formés pour être fort mentalement et physiquement jusqu’à épuisement. Je leur tire mon chapeau. Il faisait chaud, la fumée environnante donnait des maux de têtes. D’ailleurs j’ai sympathisé avec ce pompier Charly de la caserne de Bon Voyage de Nice. C’est lui qui m’a indiqué où me rendre au plus près pour aider sur le terrain avec l’accord de son chef. Et j’ai remarqué qu’il avait un sac Ironman. Étant moi même triathlète, pour cette compétition cela n’a pas fait de doute, il avait le mental pour. On va même s’organiser une petit sortie vélo ensemble.  »

« Il m’a tendu sa lance »

Parmi les moments qui l’ont le plus marqué figure une intervention au cours de laquelle son camion vient alimenter un véhicule de pompiers engagé sur un départ de feu. Alors que les flammes franchissent la route et embrasent un arbre à proximité, un pompier lui tend sa propre lance à incendie. «  Il m’a dit : "Prends ma lance, tu vas l’éteindre toi". À ce moment j’étais tremblant d’émotion et de peur de mal faire quelque chose. C’était incroyable, je le remercierais jamais assez pour ça. Vous savez dans mon entreprise j’ai l’habitude de diriger, là pour une fois cela m’a fait du bien d’être dirigé et de voir quelqu’un me faire confiance pour la tâche confiée. Je ressens ce que mes employés peuvent ressentir. Cela me fera évoluer d’avantage en pensant à ce pompier et à son attitude envers moi. Il m’a expliqué tout le fonctionnement de son camion, c’était un échange exceptionnel. Merci pour ça. », raconte-t-il.

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Vers un réseau d’entreprises volontaires ?

Avec le recul, Romain Rognone estime que la présence de ces entreprises a permis de soulager les pompiers en limitant les allers-retours vers les points d’eau et en apportant un soutien logistique, mais aussi moral. Il plaide désormais pour la création d’un réseau de camions d’assainissement mobilisables en cas de crise. Selon lui, les entreprises volontaires pourraient être recensées et formées afin d’intervenir en toute sécurité aux côtés des secours pour alimenter les camions, arroser les zones sensibles ou aider à la protection des habitations.
«  Je pense que le fait de s’unir avec tous nos camions ferait une grande différence », estime-t-il. « Je souhaite de tout cœur que ce collectif soit mis en place, et je serai ravi d’en être à l’origine. »

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Photo de une : Les camions de la société sont équipés de pompe qui peuvent projeter l’eau à longue distance ©RR