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3 août 2017

Un chemin bordé d'épines
Un chemin bordé d'épines pour la moralisation en marche
Jean-Michel Chevalier
Les Petites Affiches

Au final, vaut-il mieux avoir des dirigeants qui ont prouvé, avant d’entrer en politique, qu’ils ont été capables de s’enrichir par leur travail, ou faut-il faire avec des personnes transparentes comme du cristal, mais qui ont "seulement" géré une carrière confortable et bien rémunérée sous les ors des ministères ?
En d’autres termes, faut-il des technocrates parfaitement formés et forcément un peu hors-sol, ou des gens qui ont transpiré en
pilotant leur propre affaire ? Comme l’ancien président du Sénat, René Monory, qui fut d’abord garagiste à Loudun dans la Vienne, avant de devenir le deuxième personnage de l’État ?
La question mérite d’être posée.
Pour ma part, je suis prêt à accorder ma confiance à quelqu’un qui a déjà fait ses preuves. En espérant qu’il aura la même baraka pour les affaires publiques que pour ses affaires personnelles. Mais cette théorie, séduisante, se heurte à la réalité, dont la complexité ne peut se satisfaire de vérités
binaires, vrai-faux, noir-blanc.
La moralisation de la vie politique - réclamée de toutes parts jusque et y compris par quelques Tartuffe - vient d’accoucher dans la douleur.
François Bayrou, éphémère garde des Sceaux, est déjà passé à la trappe, son parti étant suspecté de s’être accordé des libertés coupables avec la rémunération de ses assistants. Le couperet est aussi passé près du col de Richard Ferrand, empêtré dans la location d’une boutique, dont les conditions de transparence n’ont, elles, pas vraiment pignon sur rue.
Et voilà maintenant que Muriel Pénicaud, ministre du Travail, chargée de faire avaler leurs chapeaux aux syndicats pour "assouplir" notre droit social, est à son tour attaquée par des esprits fâcheux. Qui considèrent que cette ancienne DRH d’un groupe laitier s’est enrichie à la faveur d’un plan social, qui lui permit de toucher de généreuses stock options.
S’ils ne sont "coupables", ces personnes (Ferrand et Bayrou ne sont plus ministres mais ont fait partie du premier gouvernement Philippe) se retrouvent aujourd’hui dans une position inconfortable. Que les oppositions tirent à travers leurs personnes sur le gouvernement, c’est dans la logique des choses. Le plus embêtant, pour le pouvoir, c’est qu’en très peu de temps trois de ses ténors sont "taquinés" sur leur moralité. L’opinion risque de ne pas admettre qu’à la place de la République exemplaire promise s’installent le doute et la suspicion.
Il y a là un vrai danger.
N’avons-nous donc tiré aucun enseignement des campagnes "tous pourris" savamment orchestrées pendant les dernières élections ?

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