Éric Roy, l’élégance niçoise d’un homme de devoir
- Par François-Xavier CIAIS --
- le 18 juin 2026
Il y a des parcours qui ne se résument pas à un palmarès, à une carrière ou à une suite de clubs.
Il y a des hommes qui portent avec eux une ville, une manière d’être, une fidélité silencieuse à leurs racines.
Éric Roy faisait partie de ceux-là.
Niçois de naissance, Niçois de cœur, Éric Roy aura incarné cette génération d’hommes forgés par le sport, par le travail, par l’exigence, mais aussi par une forme rare de pudeur. Une pudeur toute méditerranéenne, faite de retenue, de dignité et de courage. Sa disparition, à seulement 58 ans, touche profondément le monde du football, mais elle touche aussi notre région, parce qu’Éric Roy fut l’un de ces ambassadeurs que la Côte d’Azur n’a peut-être pas assez célébrés de son vivant.
Son histoire commence à Nice. Elle commence dans une famille où le sport n’est pas un simple loisir, mais une culture. Son père, Serge Roy, ancien footballeur international, avait lui-même connu le très haut niveau. Éric grandit dans cet héritage, mais il ne s’y réfugie pas. Il construit son propre chemin, avec cette énergie des enfants de Nice qui savent que la lumière est belle, mais que rien ne se gagne sans effort.
Avant le football, il y eut aussi le tennis. Au Parc Impérial, dans ce lycée qui domine la ville et qui a formé tant de jeunes Niçois, Éric Roy suit un parcours en tennis-études. Il connaît les entraînements, les tournois, la chaleur des courts, les journées où il faut recommencer encore et encore. Cette formation sportive multiple dit déjà beaucoup de l’homme qu’il deviendra : un compétiteur, mais jamais un homme de posture ; un passionné, mais jamais un homme d’esbroufe.
Le football finit par devenir son territoire. Milieu de terrain, Éric Roy appartient à cette famille de joueurs qui ne cherchent pas à capter toute la lumière, mais qui donnent une équipe à ceux qui les entourent. Il joue à Nice, Toulon, Lyon, Marseille, Sunderland, Troyes, au Rayo Vallecano, avant de revenir à l’OGC Nice, son club de cœur, pour y terminer sa carrière de joueur. Ce retour dit tout : Éric Roy a voyagé, il a vu d’autres stades, d’autres villes, d’autres cultures footballistiques, mais son ancrage niçois n’a jamais disparu.
À Nice, il aura presque tout connu. Joueur, dirigeant, directeur sportif, entraîneur. L’OGC Nice n’a pas été pour lui une ligne sur un CV, mais un morceau de vie. Il y a mis son énergie, son franc-parler, parfois son caractère, toujours sa connaissance du football et son attachement au territoire. Ceux qui l’ont croisé gardent le souvenir d’un homme direct, entier, exigeant, mais profondément loyal.
Puis il y eut Brest.
À première vue, tout semblait opposer le Niçois et la pointe bretonne. La Méditerranée et l’Atlantique. La lumière de la Promenade et le vent du Finistère. Mais il y avait, entre Éric Roy et Brest, quelque chose de plus profond : la culture du combat, la simplicité, la fidélité aux gens, le goût du collectif. À Brest, Éric Roy n’a pas seulement entraîné une équipe. Il a accompagné un club, une ville, un vestiaire, une histoire.
Lorsqu’il arrive en janvier 2023, le Stade Brestois lutte pour rester en Ligue 1. Rien n’est facile, rien n’est acquis. Éric Roy revient alors sur un banc après plusieurs années loin du rôle d’entraîneur principal. Beaucoup auraient hésité. Lui accepte. Il prend la mission comme elle vient, sans bruit, sans effet d’annonce. Il travaille. Il structure. Il rassemble. Il maintient Brest dans l’élite.
La saison suivante devient l’une des plus belles histoires du football français récent. Brest, club populaire, modeste dans ses moyens, immense dans son cœur, grimpe jusqu’aux sommets de la Ligue 1. Sous la direction d’Éric Roy, l’équipe joue, lutte, surprend, avance. Elle ne triche pas. Elle finit par obtenir une qualification historique pour la Ligue des champions. Pour Brest, c’est un événement. Pour Éric Roy, c’est une consécration. Pour le football français, c’est la preuve qu’un club peut encore écrire une grande histoire sans renier son identité.
Ce qui rend cette trajectoire encore plus bouleversante, c’est ce que l’on a appris après sa disparition. Pendant ces années d’accomplissement, Éric Roy se battait contre la maladie. Il ne l’a pas exposée. Il ne l’a pas utilisée. Il n’en a pas fait un récit public. Il a continué à travailler, à entraîner, à parler football, à protéger son groupe, à porter son club. Dans une époque où tout se montre, où tout se raconte, cette discrétion impose le respect.
Éric Roy n’a pas cherché à inspirer par des discours. Il a inspiré par l’exemple.
Son combat silencieux donne à sa réussite brestoise une dimension particulière. Il n’a pas seulement mené une équipe vers l’Europe. Il a offert à ses joueurs une leçon de courage, de pudeur et de fidélité au métier. Il a montré que l’autorité ne vient pas du bruit, mais de la cohérence. Que le respect ne se décrète pas, mais se construit. Que le leadership véritable se mesure dans les jours difficiles.
Pour notre région niçoise, Éric Roy doit rester plus qu’un ancien joueur de football. Il doit rester l’image d’un homme qui a grandi ici, qui s’est formé ici, qui a porté en lui une part de notre territoire, et qui a su la faire rayonner bien au-delà de la Côte d’Azur. Il appartient à cette lignée d’ambassadeurs discrets que nous ne mettons pas toujours assez en avant : ceux qui ne revendiquent pas leur origine comme un argument, mais qui la portent dans leur manière d’être.
Les Petites Affiches se devaient de lui rendre hommage.
Parce qu’Éric Roy rappelle que Nice n’est pas seulement une ville de lumière, de tourisme et de paysages. Nice est aussi une terre de travail, de sport, d’effort, de transmission. Une terre capable de faire naître des personnalités solides, droites, profondément humaines. Une terre dont les enfants peuvent partir loin, réussir ailleurs, et continuer pourtant à porter en eux quelque chose de cette ville.
Éric Roy s’en est allé trop tôt. Mais il laisse une trace forte : celle d’un homme qui a aimé le sport comme une école de vie, le football comme un langage collectif, et ses clubs comme des familles de combat.
À Nice, à Brest, et partout où il est passé, il restera le souvenir d’un homme debout.
Un Niçois. Un sportif. Un entraîneur. Un homme de devoir.
Et surtout, un exemple.
Nous adressons nos plus sincères condoléances à l’ensemble de sa famille, à ses proches, ainsi qu’à tous ceux qui l’aimaient et l’ont accompagné tout au long de son parcours.

