Le Crédit Agricole consacre 500 millions d’euros à l’IA et crée une « Entreprise IA »
- Par Valérie Noriega --
- le 10 juin 2026
Le Crédit Agricole accélère sa stratégie dans l’intelligence artificielle. Le groupe bancaire prévoit d’investir près de 500 millions d’euros sur la période 2026-2028 afin d’industrialiser le déploiement de l’IA au sein de l’ensemble de ses métiers.
Au cœur du dispositif figure la création d’une « Entreprise IA », une structure chargée de développer et d’exploiter les infrastructures et services d’intelligence artificielle pour toutes les entités du groupe. L’objectif est de mutualiser les capacités technologiques tout en laissant chaque métier conserver son autonomie dans l’utilisation de ces outils. Cette nouvelle organisation doit permettre au Crédit Agricole d’accéder aux technologies les plus avancées tout en limitant les risques de dépendance vis-à-vis des fournisseurs extérieurs. Le groupe met également en avant la protection des données sensibles et le partage des ressources IA entre ses différentes filiales.
Un enjeu de souveraineté européenne
Au-delà des gains de productivité attendus, la banque inscrit son projet dans une logique de souveraineté technologique. Dans un contexte géopolitique marqué par la montée des tensions et la domination des acteurs américains de l’IA, le Crédit Agricole souhaite privilégier l’écosystème européen. L’« Entreprise IA » s’appuiera sur CA-GIP, la structure informatique du groupe, pour répartir les charges de calcul entre son cloud privé, des partenaires européens et d’autres solutions selon la sensibilité des usages. Elle sera également chargée d’exploiter la future « Data Marketplace » annoncée dans le cadre du plan stratégique ACT 2028 afin de faciliter le partage des données au sein du groupe.
Le Crédit Agricole entend par ailleurs mobiliser ses différents leviers de soutien à l’innovation, notamment son réseau des 47 Villages by CA, ainsi que ses capacités d’investissement et de financement pour favoriser l’émergence d’acteurs technologiques européens.
Une approche centrée sur l’humain
Le groupe revendique une stratégie de déploiement « maîtrisée » reposant sur quatre principes : la personnalisation de la relation client, la complémentarité entre l’humain et l’intelligence artificielle, un encadrement éthique et la recherche d’autonomie technologique. Un comité scientifique multidisciplinaire sera ainsi mis en place pour accompagner le passage à l’échelle des usages de l’IA.
En parallèle, le Crédit Agricole souhaite associer l’ensemble de ses collaborateurs à cette transformation à travers un programme baptisé « AI For All ». La banque estime que l’intelligence artificielle doit renforcer l’efficacité opérationnelle sans se substituer au discernement humain.
« Au-delà de la seule performance économique, l’intelligence artificielle pose une question de souveraineté décisive pour l’Europe », souligne Olivier Gavalda, directeur général de Crédit Agricole S.A. Selon lui, le déploiement de ces technologies doit contribuer à maintenir la création de valeur sur le continent tout en préservant un modèle économique durable.
Pour Raphaël Appert, premier vice-président de la Fédération nationale du Crédit Agricole et vice-président du conseil d’administration de Crédit Agricole S.A., cette transformation constitue une opportunité de création de valeur pour les clients du groupe, grâce à des services plus personnalisés. De son côté, Olivier Biton, directeur de la transformation technologique de Crédit Agricole S.A., estime que la création de cette « Entreprise IA » représente « la seule option crédible » pour concilier déploiement industriel et maîtrise des dépendances technologiques.